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Cupcakes, kitsch et paillettes à Tel-Aviv

Cupcakes, le nouveau film d’Eytan Fox, est une comédie presque musicale et totalement kistchissime et sur l’univers des concours de chansons. De quoi vous réconcilier avec l’eurovision.

À Tel-Aviv, Anat, Keren, Ofer, Yael, Dana et Efrat sont six amis et voisins, qui se retrouvent chaque année chez Anat, une patissière reconnue du quartier afin de regarder tous ensemble le concours international de la chanson, Universong. Or, cette année, son mari vient de la quitter. Alors que la déprime guette, ses cinq amis improvisent une chanson et se filment. Ofer décide de l’envoyer au comité de sélection du concours et contre toute attente, ils sont choisis pour représenter l’Israël. Entre les préparatifs et les envies de chacun, Cupcakes présente une comédie portant  le kitsch à son plus haut niveau.

Ouvertement gay, Eytan Fox, le réalisateur, a toujours pris soin de laisser la place à l’homosexualité au sein de ses films. Cupcakes, son septième long-métrage (The Bubble, Yossi et Jagger…) n’échappe pas à la règle. Dans cette curieuse bande, Ofer est un professeur des écoles, gay, qui divertit ses élèves par des shows pailletés. Coiffé d’une perruque et serti d’un fourreau à sequins, il n’hésite pas à danser au milieu de sa jeune classe parmi les rires et les regards admiratifs des jeunes enfants.

À l’opposé, Efrat, “la lesbienne du groupe” est une musicienne, au look de rockeuse cliché -slim, débardeur et boots noirs- fumant des cigarettes d’un air négligé et méprisant quelque peu ses charmants voisins. Tous deux sont outés au sein de leur immeuble -c’est possible visiblement- mais si l’une vit en couple avec sa copine, l’autre ne peut présenter son petit ami, une célébrité de la télévision qui ne peut se permettre ce type de révélation. Les trois autres personnages sont des femmes, Anat la pâtissière, véritable business-woman qui ne vit que pour son commerce puis Yaël, ancienne Miss Israël reconvertie en avocate. Dana est attachée auprès de la ministre de la culture, elle vit avec son père, obsédé par la réussite de sa fille. Enfin, Keren est une jeune femme célibataire qui n’aime rien tant qu’à écrire sur son blog, ses pensées sentimentales.

Les personnages semblent tout droit sortis d’un livre de clichés, à tel point, qu’Eytan Fox leur a attribué à chacun une couleur. Pendant tout le film, Yaël sera vêtue de jaune, Keren, de vert etc. Comme si chacun d’entre eux était une touche de couleur sur une palette de caractères. Eytan Fox se joue et s’amuse avec ses personnages colorés pour mettre un place un ton décalé où les répliques fusent. Les personnages féminins rappellent ceux des films tout aussi bigarrés de Pedro Almodovar, des femmes au fort caractère qui ne se laissent ni abattre ni faire par leurs compagne/ons.

Tout aussi kistch que l’ambiance d’Universong avec ses paillettes, strass et maquillages outranciers, ce sont les chansons entonnés par les candidats. De l’électro du fin fond de l’URSS en passant par les ballades grotesques, Eytan Fox torture nos oreilles poussant la parodie à son paroxysme, le tout sublimé par une scénographie digne des plus beaux gifs mêlant arc-en-ciel, chats et cosmos.

Alors que le concours se déroule à Paris, le réalisateur nous sature d’images les plus gniangnian : des personnages qui regardent par la fenêtre d’un taxi à la Tour Eiffel en passant par les petits restaurants et le jambon au petit-déjeuner. Et puis, surtout, la présence (ATTENTION SPOILER DE FOU) d’Edouard Baer ! Certainement étiqueté comme “typically french”, le comédien joue du charme à la française, au sourire enjôleur et jolis mots.

Cupcakes semble presque avoir deux niveaux de lecture. Si le public saisit cette charmante fable au premier degré, il n’y verra qu’une histoire d’amitié, légèrement larmoyante et une surtout, une “happy end” hollywoodienne. Or, en y regardant de plus près, accentuer sur le kitsch de cette manière semble, pour Eytan Fox, une façon de saisir les stéréotypes, de les mettre en avant afin de les bousculer, de les renverser.

Cupcakes d’Eytan Fox, Israël-France, 2013, 88 min. En salles aujourd’hui.

Angie

Angie

Caution bisexuelle de BBX, Angie écrit sur le cinéma et les arts. Mais en vrai, elle aime surtout les paillettes et les sequins dorés. Twitter : @angelinaguiboud

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One Comment

  1. GUIBOUD says:

    L’article fait envie . à voir éventuellement. Bien Angie…

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