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Ebony Bones ou le swag engagé made in London

SWAG. Ce mot, Ebony Thomas, alias Ebony Bones aurait pu l’inventer. Depuis 2009 , la jeune chanteuse et actrice londonienne amène fraîcheur et engagement, à coups d’ongles et de paupières peinturés. MIA sous ecsta ou Santigold épileptique, Ebony Bones fait partie de ces rares chanteuses sans étiquette apposable. Elle revenait en fin d’année avec un nouvel opus, Behold a Pale Horse. Attention les yeux. Changement d’ambiance. La figure clownesque a laissé place à une reine sombre et minimaliste. Nous avons donc décidé de l’inviter en dj set pour célébrer la messe de la Wet For Me Full Moon Édition du 13 juin prochain. Portrait.

Gare du Nord. Douanes passées. Premier train pour Londres. Eurostar qu’on l’appelle. Direction Londres la frénétique. Londres la schizo. Londres la fruitée. Londres la grise aussi parfois. Le paysage change. Et tout ressemble à Bones. Ebony Bones. Originellement Thomas. Et Tout Bones ressemble à Londres. Bones. Ebony Bones. Fille d’un vendeur de vinyles de Brixton. Depuis Paris, elle est la reine du swag côté bon goût. Changement de paysage. À Londres. De l’autre côté de la Manche. À seulement deux heures de notre taciturne parisienne, Ebony Bones est… chez elle, duelle et le pétillant mélancolique.

On l’avait laissée il y a quelques années, l’excentricité lisse, le cheveu fou, le maquillage rieur, avec un premier album bricolé au Do It Yourself. Rappellez-vous. Été 2009. Bone Of My Bones fait fureur dès sa sortie. Pourquoi ? Parce qu’une chanteuse afro qui ne fait ni soul, ni rap, ni reggae, évidemment ça intrigue. Puis si ça intrigue, c’est aussi (et surtout), parce que l’album, sorte de pot-pourri d’émotions diverses, est bipolaire, furieux et d’une qualité surprenante. Amateurs et connaisseurs se jettent sur le bébé. Qu’est ce que c’est que ce son qui, l’air de ne pas y toucher, survolté entre punk, dub et électroclash, réussit à dire beaucoup en peu d’accords ? « Ce sera trop tard demain matin, eux ils seront prêts ce soir, et quand ils nous prendront ce qui est à nous, on sera prêts à se battre » déclame-t-elle dans W.A.R.R.I.O.R.. À l’instar de ses collègues, MIA ou Santigold, Ebony Bones joue habillement la carte du mainstream pour faire passer des messages conquérants et cohérants. On appelle ça à l’époque de l’afro-punk. Un peu donné. Mais soit. Ebony Bones envahit cet été là, et ceux qui suivront, toutes les scènes un peu indé d’Europe et des États-Unis, au côté de Tricky, Battant, Ghinzu ou encore The Bloody Beetroots. La folie avec un grand F pour cette ancienne camarade de classe d’Emma Bunton (Spice Girls) et Amy Winehouse de la Sylvia Young Theatre School. Mais dans un noyau aussi composite que décomposé que celui de la société britannique, cette résurgence du punk, version swag et rainbow, est-elle vraiment surprenante ?

Rappellez-vous. 2008. La crise. Tout le tintouin. Pour la première fois depuis plus de dix ans, le Royaume-Uni passe derrière la France et l’Allemagne, dans le classement des grandes puissances économiques européennes. Fin d’année 2008. Le pays entre officiellement en récession. La première fois depuis 1991. Alors évidemment. Qui dit récession dit chômage. Qui dit chômage dit récession. Et c’est ainsi que les britanniques plongent sans masque ni tuba vers des eaux noires et laiteuses. Raz-de-marée sur lequel la chanteuse dessinera des arcs-en-ciel, maquillage théâtral et costumes d’homme de toutes les couleurs assumés.

Presque cinq ans plus tard, Ebony Bones réapparaît. Et lorsqu’on lance sa dernière production, quelle n’est pas notre surprise. Sorti en décembre dernier, Behold a Pale Horse, est tout bonnement interloquant. Si le titre d’intro reprend les cordes de Don’t Fart On My Heart, dernier morceau de l’album de 2009, il est certain que ce nouvel opus ne part pas combattre dans les mêmes tranchées. Embrayant direct sur I See I Say, Behold a Pale Horse annonce la couleur, ou l’obscurité soudaine, dirons-nous. Inquiétant, entre dub et trip-hop tourmenté, I See I Say tourbillonnne comme un mauvais trip sous excta. « Désinformation, sur toute la Nation, Endoctrination, sans Éducation » tourne en boucle comme une mauvaise annonce publicitaire. Plus sombre, adulte, sophistiqué, peut-être aussi plus engagé. La représentation clownesque a disparu, les couleurs et cotillons sont tombés.

En interview, la toute jeune trentenaire britannique arrive plus sobre, non pas moins souriante, mais il est évident que beaucoup de choses semblent avoir changé, dans sa vie, mais aussi dans son appréhension de la musique. Depuis 2009, Ebony a voyagé à Rome, première étape de l’inspiration, puis en Inde où elle enregistra avec des orchestres locaux ; elle qui se cherchait, semble s’être trouvée. Évidemment, l’Inde, ça marque au fer rouge. Behold a Pale Horse est l’album de l’évolution, de la maturité, la fin de l’adolescence, la fin de l’innocence aussi. Premier album produit sur son label, 1984 Records (en référence au livre de G. Orwell), Behold a Pale Horse, ce sont aussi les larmes des émeutes londoniennes de 2011. « La liberté d’expression doit être sauvée et perpétuée, mon album est le reflet des sujets qui nous tracassent dans la société d’aujourd’hui, moi et mes amis » explique Ebony Bones dans une interview accordée à 106TV.

Plus punk, Ebony Bones a troqué son rouge à lèvres grenadine pour un noir ritualiste, ses extravagances vestimentaires quasi caricaturales pour de longs drappés, des tailleurs d’adulte, des unités de couleurs, disons, moins dispersées.

Vendredi 13 juin prochain, laissez-vous donc charmer par Ebony Bones en dj set à l’occasion de la Wet For Me Full Moon Édition !

Adeline

Adeline

Caution musicale de la team et rédactrice en chef du mag Heeboo, Adeline est amatrice de sonorités brutes et de soirées sans façons. Elle aime : le bleu / ponctuer ses interventions de points / râler. Ses soirées à elle (et à tout le monde) : Sneaky Sneaky.

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One Comment

  1. timide says:

    #musickeepsuswarm <3

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