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Daenerys, le voyeurisme et moi

Depuis un mois, la nouvelle saison de la série ultra-bankable d’HBO, Game of Thrones, occupe nos écrans. Episode après épisode, le sempiternel débat du « spoilera/spoilera pas » envahit les réseaux sociaux, mais je ne peux m’empêcher d’être tracassée par une tout autre question  : quand est-ce que Daenerys Targaryen se remet toute nue ?

L’année dernière, Oona Chaplin (petite-fille de, Talisa dans la série) laissait entendre qu’une des actrices de Game of Thrones ne tournerait plus jamais de scènes de nu dans la série. PLUS JAMAIS. Après un furetage en règle dans les médias américains, la présumée coupable se trouve être Emilia Clarke, ladite Daenerys, lassée que la plèbe se concentre sur son 90C plutôt que sur ses, je cite, « talents d’actrice ». Oui, en plus de nous priver de ses courbes gourmandes en signant une close de « non-nudité », mademoiselle estime avoir droit aux oscars depuis qu’elle déclame un charabia imaginaire sur fond vert. Redescend Emilia, tu prends les melons.

Plus de Daenerys nue ? Plus de chutes de reins, de jolis seins fermes, de fesses rebondies ? Mais quel étrange pêché peut bien me pousser, moi spectatrice féministe, fervente défenseur du test Bechdel, à me comporter comme un mufle primaire face à la censure corporelle ? Le féminisme est-il soluble dans le voyeurisme télévisuel ?

A ma décharge, dès ma plus tendre enfance, l’anatomie partielle, voir complète d’un grand nombre d’actrices m’était offert sur grand et petit écran. Les années 90/2000 surfaient sur la vague de la nudité décomplexée. Ainsi dès l’âge de 12 ans, je fantasmais régulièrement sur les seins de Sophie Marceau. Cette époque bénie où la femme actrice laissait tomber sa petite culotte devant une caméra aussi facilement qu’elle apprenait ses répliques a profondément marqué la jeune lesbienne que j’étais.

je n’ai donc pas attendu les scènes « intimes » de La Vie d’Adèle pour faire briller mes canines dans le noir. Se mettre les fesses à l’air fait tellement partie du cinéma « à la française » que l’anatomie de certaines actrices m’était plus familière que leur talent en lui-même.

Outre-Atlantique en revanche, ce phénomène de nudité est quelque chose de plus récent chez les actrices américaines. Mentalités différentes, sans doute, il n’empêche que certaines d’entre elles quittent désormais leur soutien-gorge lors des scènes de sexe. Hourra ! D’autres, en revanche, refusent catégoriquement de montrer la moindre parcelle de leur corps. Par pudeur, elles font appel à des doublures lors de scènes explicites, estimant que leur nudité est quelque chose de personnel, point.

Je ne peux que respecter cette position. Attendre d’une actrice qu’elle montre ses seins à chaque nouveau projet revient à ne la considérer que comme un objet. Sachant qu’un grand nombre de féministes luttent avec acharnement pour une équité dans le milieu du septième art, râler contre une actrice qui ne souhaite plus montrer ses seins, même au second degré, revient à se comporter aussi salement qu’un requin masturbateur derrière son écran. Et pourtant, malgré moi, je me réjouis des qu’apparait un téton sur le trône de fer. Le constat est dur, la conscience est lourde et pourtant, on se dit qu’il est assez effrayant de mieux connaître l’intimité des actrices que celle de sa propre petite amie.

Cependant, voir des femmes nues dans un contexte public n’est pas propre aux attentes de notre génération, en particulier si l’on se base sur des supports artistiques tels que la peinture ou encore la photographie.

Mais le cas des actrices, fantasmes ambulants depuis l’invention du cinématographe, est bel et bien à part. Etre attirée sexuellement par une actrice a beau être un péché de luxure, il n’en reste pas moins un plaisir banal. Ce qui devient inquiétant c’est cette surcharge érotique. Que ce soit avec des unes aguicheuses et pseudo-provocatrices comme celles du magazine LUI ou des affiches de films soft porn comme Nymphomaniac 1&2, nous en voulons toujours plus. Et in fine, que nous reste-t-il ? L’impression d’être submergé par une avalanche de seins, de fesses et de chattes dont nous nous délectons avec une grâce inexistante.

Encore une fois, la société prime sur l’individu et si nous pouvons remercier notre pays de privilégier une certaine liberté d’expression et de mœurs (dans la limite d’une certaine ouverture d’esprit bien sûr), exciter le spectateur à profusion au point de lui faire quémander ce qu’il peut voir dans un porno ne serait-t-il pas un poil inquiétant ?

Et vous, lassée ou excitée par l’avalanche de seins et de fesses à la TV ?

An Si

An Si

Sbire candide de BBX, An Si s'intéresse à la culture queer, porn et mainstream. Ré-invente la langue française avec ses fautes d'orthographe.

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5 Comments

  1. timide says:

    “Cela fait même tellement partie du cinéma « à la française » de se mettre les fesses à l’air sur un écran que l’anatomie de certaines actrices devient plus familière que leur talent en lui-même.”

    Mouaaahaha !

    “on se dit qu’il est assez effrayant de mieux connaître l’intimité des actrices que celle de sa propre petite amie.”

    Ohohoh ! hahaha !

    “(…) exciter le spectateur à profusion au point de lui faire quémander ce qu’il peut voir dans un porno ne serait-t-il pas un poil inquiétant ?”

    @An Si :

    Assurément !

  2. Apollodore says:

    Moi je veux ma Daenerys avec ses jolies courbes, on ne peut pas le dissocier de son personnage.

    Actrice et personnel non je trouve que ça ne va pas trop ensemble, tu interprètes un rôle tu mets tes tripes sur la table (merde !) mais c’est encore mieux quand sa viens de la personne; le problème qui est toujours le même, c’est la commercialisation du sexe … qui devient lassant, quand on voit ces midinettes dans des clips vulgaires on n’apprécie moins un bon rôle d’actrice se dévoilant nue de corps et d’âme dans un film.
    Faudrait-il être intelligent pour apprécier un bon nuage de nue envoûtant ? sous toute ces formes artistiques

    (oui ouii oui le nue c’est tellement beau :)

  3. Yanek says:

    J’ai grandi face à la nudité décomplexée des années 80; ce n’est pas la nudité racoleuse d’HBO.
    La nudité est belle avant d’être excitante. Je trouve qu’ils confondent les styles; les séries grand publiques ne devraient pas ressembler à des vitrines pornos.

  4. Artemisia.g says:

    Moi j’aime beaucoup voir des meufs (et des mecs) à poil au cinéma mais pas n’importe comment, je trouve que c’est une question de “justesse”. Je m’explique: je trouve rageant et ridicule tous ces films mainstream hollywoodiens qui se targuent de parler de cul de manière “décomplexée” (soupir) mais dans lequel les scènes de fesses sont chastement filmée et où, après le sexe, les actrices ont soit gardé leur débardeur soit ont un drap très opportunément placé pour cacher les nibards… En revanche, les films franchouillards où t’as des meufs à poil (et que des meufs bien sûr) sans aucune raison scénaristique particulière, juste pour satisfaire le “male gaze” de référence, ça me saoule un peu. J’aime quand le sexe et la nudité font l’objet d’une démarche esthétique et narrative approfondie, quand ils ne sont ni instrumentalisés ni stéréotypés mais apportent quelque chose d’unique à l’œuvre. En fait, j’aime le voyeurisme au cinéma quand il est partie prenante d’une esthétique.

  5. Mini says:

    L’exposition des corps jusqu’à l’overdose dans les séries d’HBO finissent par me les rendre transparents au mieux, au pire me font lever un sourcil narquois quant à l’intérêt de la nudité dans telle ou telle scène.

    On remarque en général ce qui est différent. Ici, pas de surprise à voir une femme nue, et rien à relever particulièrement puisque les corps correspondent toujours à la même norme ( ce qui change : ici une blonde, ici une rousse, ici une brune …) On pourrait presque se demander si les actrices ne sont pas recrutées au tour de poitrine et à la taille du bonnet comme les danseuses du Crazy Horse le sont au poids et à la taille.

    Lorsque les corps n’ont rien à dire, ils ne suscitent rien et l’œil finit par s’y habituer.

    Est ce vraiment le rôle d’une actrice que d’être déshabillée “pour rien” ? Se donner corps et âmes à un rôle est une chose, mais ce n’est pas le rôle qui demande ça. Selon mon point de vue, c’est davantage la circonstance, le rôle, l’univers qui susciteront le fantasme. Rien à demander / rien à attendre / rien à imaginer = rien à désirer.

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