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[Tribune] Rouge A, une langue qui fourche.

Marine, elle dit que, de l’autre côté de la mer, les femmes sont voilées, battues et violées. Elle dit aussi que les hommes sont lâches, pieux et violents. Elle dit que, de l’autre côté de la mer, les petites filles sont abusées, cachées et trahies. Elle dit, de sa voix sombre que, là-bas, les âmes et les peaux sont noires. Elle dit aussi que ces hommes-là devraient rester là-bas, avec ces femmes et ces petites filles. Pour elle, la bêtise est une notion géographique. La mer de Marine, déboussolée, n’avorte qu’au Sud.

Pourtant elle aime un petit brun innommable, un brun du bon côté de la mer. Il y a trop peu de temps, lui aussi croyait pouvoir déboussoler la mer. Comme le brun maussade qu’elle vénère, Marine a l’haleine fétide et le doigt instigateur. Elle oublie que, bien avant elle, une autre avait compris cette mer. Cette mer-là a accouché de la Grèce, de Rome, de l‘Egypte et de Carthage. Sensuelle, colorée, et visionnaire, Marianne avait embrassé la mer dans toute sa splendeur. Bien que dénudé, son poing avait guidé la nation vers la mer. Marianne avait en son sein cette mer. Elle ne la contrôlait pas, elle l’aimait comme on aime une mère ; entière. Bien que muette, Marianne avait triomphé du petit brun de Marine, et elle triomphera d’elle aussi.

Moi, qui vient de l’autre côté de la mer, on m’a dit que les femmes ici étaient blondes. On m’a dit aussi qu’elles étaient libres, fières et froides. On m’a dit que les hommes aimaient les femmes ainsi. On m’a dit qu’ ici, une femme avait fondé un temple de justice, une cité de solidarité et, surtout, une perspective de vie. J’ai cru ce qu’on m’a dit, là-bas. J’y ai tellement cru que la mer m’a porté jusqu’aux bras de toutes les blondes que j’ai aimées, ici. Contrairement à Marine, je ne pense pas que la peau et l’âme s’harmonisent en couleurs. Et malgré Marine, je continuerai à aimer les blondes. Pourtant, elle me ferait presque haïr les blondes, à corps défendant. Cela fait dix ans que Marine s’engraisse sous mes yeux noirs. Joviale mais bancale, elle sourit pendant que je la vomis. Comme une envie de voir Marine au fond de cette mer s’empare de moi. Marine ferait rougir Marianne de colère.

Marine ferait mieux de rendre la France aux Françaises. Moi, je crois ce qu’on m’a dit là bas, de l’autre côté de la mer. Blondes ou pas, les Françaises sont libres, fières et froides. Peut-être qu’en ce moment, elles ont juste un problème de prononciation. Marine n’aimerait pas que je parle aux Françaises. Mais c’est en amie et amante que je m’adresse à elles : On dit, fièrement, « Marianne », et non pas, honteusement, « Marine ». Toute la justesse est dans la finesse. Les Françaises le savent mieux que quiconque. Un « A » rouge relèverait le sinistre « marine » de la France de Le Pen.

Si Marine aime tant la géographie, moi, comme mes Françaises adorées, je préfère la météo. Je dirais ceci à Marine : on ne cache pas le soleil avec un tamis. Quand aux Françaises, je leur rappellerais que certaines personnes sont comme des nuages, lorsqu’ils dégagent, l’horizon se dégage aussi. Ainsi, on verra mieux la mer.

 

Affectueusement,

 

Kahina.

 

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4 Comments

  1. Claire says:

    Merci Kahina pour tes mots!
    Pendant que la France vomit sa haine, tes paroles sont comme un onguent dans l’existence fade de ma ville.
    Que souffle à nouveau le vent et que vite le soleil brunisse toutes les peaux, ça lui fera les pieds à la marine.

    ps: deux petites erreurs dans le 1 er paragraphe : “avait embrassé…avait triomphé” ;)
    pps : Merci de ne pas faire l’amalgame entre blonde et facho ! :)

    No Pasaran.
    Signé : une blonde dysorthographique . :)

  2. timide says:

    Joli billet poétique, romantique et exotique.
    Voici un merci littéraire !

  3. Naruua says:

    Merci!

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