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Bisexuality is the new black

Cette saison, vous n’y échapperez pas, elle est partout, s’affiche dans tous les sens, s’invite à la radio et alimente nos sites préférés. Oui, vous l’aurez reconnue, il s’agit de la bisexualité !

Après l’outing de certaines célébrités en tant que bisexuelles (Cara Delevingne, Miley Cyrus et autre Megan Fox…), la multiplication des shootings mettant en scène des mannequins aux poses lascives avec des filles et des garçons, la bisexualité devient un sujet brûlant d’actualité ! Véritable tornade médiatique, ce “nouveau phénomène” (oui, oui, apparemment, la bisexualité existe uniquement depuis deux ans) s’empare même des hebdomadaires d’actualité générale tels que L’Express qui affichait en une, la semaine dernière : “La tendance bi”.

La bisexualité, c’est tellemeeeent 2014

Premier constat à la lecture de l’article sur “la tendance bi”, trois jeunes femmes témoignent pour un seul jeune homme qui, par ailleurs, entre beaucoup moins dans le détail que ses paires. La bisexualité serait donc l’apanage des femmes ? Non. Mais l’on attribue à la bisexualité une forme d’inconstance et d’indécision, deux caractéristiques que l’on assigne également à la “constitution naturelle” des femmes. De telles absurdités et généralités grotesques semblent malheureusement bien ancrées et éclairer les lecteurs – le rôle, pourtant des journalistes – n’est visiblement pas la priorité.

Ainsi vont les métaphores douteuses lues sur le site du NouvelObs: “C’est le modèle de l’auto-entrepreneur. D’un contrat à l’autre, sans stabilité, la vie n’est plus qu’une succession de phases. L’organisation du temps, dictée par le couple hétérosexuel – le mariage, le CDI, la maternité -, ne fonctionne plus.” BAH VOYONS ! La bisexualité synonyme d’instabilité et d’immaturité, ce bon vieux leitmotiv rétrograde. Les bi-e-s, c’est bien connu, passeraient leur temps à voguer d’un homme à une femme puis d’une femme à un homme, sans jamais vouloir “s’établir”. La bisexualité rendrait libre de toute contrainte amoureuse, de tout sentiment et toute envie de former un couple. Bien sûr.

Dans l’article de L’Express, la bisexualité apparaît comme une forme de lubie adolescente, un peu bêta. Comme on fume ses premières cigarettes le mercredi après-midi. Ainsi, témoigne, Joséphine qui, je cite, “n’a pas échappé à cette nouvelle tendance qui consiste à faire glisser les frontières de ses préférences sexuelles. “Même mes copines, en boîte, n’hésitent pas à s’embrasser à pleine bouche… Pas nécessairement pour aller plus loin. Une partie d’entre elles le font pour séduire les garçons, toujours prêts à fantasmer sur deux nanas”, précise la jolie brune qui, elle, se revendique, “to-ta-le-ment et vrai-ment bi!” “Et je ne dis pas ça pour me donner un style”, insiste-t-elle, agacée par cette exploitation marketing du phénomène.” 

Contradiction, bonjour. Si la jeune femme de 19 ans  est bel et bien “agacée” par la récupération d’une orientation sexuelle au profit du simple commerce, l’hebdomadaire ne se gêne pas pour la qualifier de “tendance” et même plus loin, de “phénomène de mode spectaculaire”. Sans en être inquiétée, la journaliste se permet de décrédibiliser et de tourner en ridicule la bisexualité ! Une orientation sexuelle qui ne serait rien de plus qu’une passade, comme les jeans taille haute, le dernier rooftop de Paris ou encore le mascara bleu outremer.

Je vous passe les phrases à métaphore hautement obsolète  et aux précisions grotesques telles que : “De son parcours amoureux, oscillant entre le rose et le bleu à l’image de ses ongles manucurés, Laurène ne fait aucun mystère au quotidien.” 

“La bisexualité progresse”

Mercredi dernier, l’émission  Service Public sur France Inter s’interrogeait : “To bi or not to bi – la bisexualité en question” en posant ainsi les termes du débat : “Si l’on en croit de récentes études, la bisexualité progresse au sein de la société. S’agit-il d’une mode ou bien d’un changement réel dans nos vies intimes ? Si l’on ne choisit pas son homosexualité ou son hétérosexualité, choisit-on sa bisexualité ?” 

Effectivement, un sondage Ifop-CAM4 révèle que 20% des Françaises et 11% des Français de 18 à 24 ans disent avoir déjà été attirés sexuellement par des personnes des deux sexes en 2013. En 2006, ils n’étaient que 7,4% et 4,8%. Il semblerait que même des journalistes dont on apprécie, par ailleurs, le travail ne prennent pas en compte la libération de la parole dans cette apparente “progression” : Certes, on ose plus affirmer que l’on est bisexuel-le aujourd’hui mais on ne peut certainement pas évoquer une “évolution”, un “changement” de nos vies intimes !

Sans refaire une histoire de la bisexualité, la Grèce Antique la considérait comme la norme (au moins chez les hommes) et plus d’une personnalité historiques s’est éprise d’hommes et de femmes (Alexandre Le Grand, Gustave Flaubert…). Il est clairement impossible de hiérarchiser chronologiquement les orientations sexuelles ! L’homosexualité ne date pas des années 1970 et la bisexualité, des années 2010 !

Et d’ailleurs, comment et selon quels critères définit-on la bisexualité ?!

 Souvent incomprise, la bisexualité se retrouve sur le devant de la scène, décortiquée par ceux qui ne sont pas concernés et qui tentent d’expliquer, de vulgariser, les attirances diverses que peut ressentir un-e bisexuel-le. En 2012, SOS Homophobie avait lancé au côté de trois autres associations, la première enquête nationale sur la bisexualité. Les résultats de cette enquête sont consultables ici.

Angie

Angie

Caution bisexuelle de BBX, Angie écrit sur le cinéma et les arts. Mais en vrai, elle aime surtout les paillettes et les sequins dorés. Twitter : @angelinaguiboud

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19 Comments

  1. Morgane says:

    Comment espérer que l Express y comprenne quelque chose quand même les lesbiennes et (pire) les blogs lesbiens n’y comprennent rien ! Et puis quand aux images véhiculées… Barbieturix ferait bien de faire le ménage de beaucoup de vos articles…
    A quand un article archi hypocrite sur la biphobie ?
    J’attends de voir, j’attends de rire =)

    Morgane

  2. above says:

    “De son parcours journalistique, oscillant entre connerie et condescendance, l’Express ne fait aucun mystère… “

  3. kat says:

    T es du genre “jamais contente”, Morgane hein !

  4. Artemisia.g says:

    Dans le milieu gouine franco-français (je ne sais pas ailleurs) la bisexualité est toujours considéré avec méfiance et condescendance. Ce n’est pas une identité politique considérée à l’égal des autres. A la limite, il vaut mieux se dire pansexuel, c’est plus respecté (même si je sais que cela ne recouvre pas exactement la même orientation sexuelle).

  5. Boisjoli says:

    Oh lalala merci pour cet article !

  6. Karlyn says:

    Très bon article.

  7. moumoutte says:

    Je rejoins Artemisia.g, c’est vrai que dans notre “milieu” (je n’aime pas du tout ce mot là beurk beurk beurk), les bi-e-s ont du mal à être crédibilisé-e-s. Quand on drague une nana et qu’elle nous apprend qu’elle est bi ça fait “oula, méfianceee” dans notre tête. Je ne sais pas à quoi c’est du, est-ce parce qu’elles peuvent jouer sur plusieurs terrains et c’est la peur/jalousie qui nous taraude ou c’est l’image que la société en donne ? Justement je pense qu’il y a un peu des deux, la peur que l’autre se lasse de toi et se barre avec un mec ou une nana et là ça fait mal, mais aussi l’image de l’instabilité. C’est horrible de penser ainsi et finalement les bi-e-s ont [peut-être] plus de difficultés à trouver leur place et sont eux-mêmes victimes de discrimination de la part des hétéros et des homos. En tous cas sujet très intéressant qui mériterait qu’on s’y penche un peu plus.

  8. line says:

    @moumoute Cette défiance que tu décris, c’est assez intéressant (plutôt triste en fait) de voir que ça vient surtout des préjugés des hétéros (slutshaming entre autre), qui laisse à croire qu’une fille qui se dit bie le fait toujours pour les mecs, parce qu’évidemment en tant que femme on peut ne s’intéresser qu’à eux, etc.. En tout cas je vois plutôt ça comme du sexisme intériorisé, ou quelque chose comme ça.

  9. Bon article ! Il se trouve que j’ai été témoin pour cet article, je savais que la journaliste faisait un article sur la “tendance bi” et j’ai essayé de lui expliquer pendant une heure pourquoi ce n’était pas une tendance… résultat elle a retenu ma manucure. Même si mes propos sont exacts, le ton de l’article est un peu étrange, comme si la journaliste ne savait pas si elle devait rester sur sa ligne directrice de départ “la tendance bi” ou si elle devait écouter tout de qu’on lui avait dit. Par contre pour le fait qu’il n’y ait qu’un garçon, c’est juste que c’est le seul qu’elle a trouvé qui a bien voulu lui parler donc voilà c’était plus faute de témoins.

  10. Morgane super contente says:

    Si si, je suis plutot du genre super contente en faite =)

    (mais de toute evidence Mououtte et Artemesia sont d’acoord avec moi…)

  11. slash says:

    @Artemisia En effet, c’est un peu triste et ce n’est pas un phénomène uniquement français, je vois la même chose en Angleterre même si les réactions un peu “fraiches” sont plutôt minoritaires. J’ai demandé à certaines personnes qui avaient l’air mal à l’aise à la mention de bisexualité la raison de cette réaction et les arguments qui revenaient toujours étaient:

    a) les bi peuvent te tromper avec 2 fois plus de monde donc méfiance (raison quand même bien bidon – si tu pars sur ce genre de postulat c’est qu’il y a un petit problème de confiance à la base)

    b) les bi aiment des trucs que les filles “ne peuvent pas leur donner” => d’où une crainte de ne pas pouvoir les satisfaire

    c) les bi sont des gays qui ne s’assument pas – soit pour ne pas trop offenser la société hétéronormée et dans ce cas là ce sont des vendus, bouh! – soit parce qu’ils n’ont pas fini leur coming out interne et personne n’a envie de sortir avec quelqu’un qui ne sait pas qui il est.

  12. L says:

    Personnellement, j’ai du mal à comprendre qu’une femme dont les désirs pouvaient à la base être dirigés vers les deux sexes indifféremment, qui par la suite a accepté qu’elle aimait les femmes, a assumé des relations avec des femmes, puisse encore vouloir, au final, avoir affaire à des hommes, avec qui, par définition, dans cette société, elle a objectivement beaucoup de chances de se retrouver dans des schémas sexistes (et potentiellement d’autant plus oppressants qu’elle aura par ailleurs à y assumer une identité non hétéro).
    MAIS (et ce “mais” a toute son importance) : je considère que si je ne comprends pas, si ça me travaille, c’est mon problème, et uniquement le mien, je n’ai pas à plaquer ces interrogations sur les filles bies que je rencontre.
    On se débrouille toutes comme on peut avec nos contradictions, on passe toutes nos vies à se chercher, à se débattre comme on peut avec les normes, je ne suis pas à leur place et je ne me considère en aucun cas supérieure à elles… C’est seulement en apprenant à les connaître que je peux comprendre si leur fonctionnement à chacune est compatible avec le mien, et jamais je ne me permettrais de les juger uniquement sur le fait qu’elles sont bies (si au final la place qu’elles accordent aux hommes dans leur vie ne me convient pas, ce sera cette configuration là qui sera problématique, pas le fait qu’elles soient bies en soi).
    Ce n’est pas parce qu’elles peuvent profiter à certains moments de leur vie de privilèges hétéro qu’elles ne subissent pas aussi le revers de la médaille.
    Je pense qu’on peut déplorer que ce soit encore beaucoup plus difficile pour une femme que pour un homme de s’affirmer en tant qu’exclusivement homo (une femme qui aime les femmes est quasi obligée de “vérifier” qu’elle n’aime pas les hommes, l’inverse est beaucoup moins vrai pour les hommes qui aiment les hommes), je pense qu’on peut déplorer le système qui veut ça, sans pour autant plaquer cette réflexion critique sur les personnes qui se trouvent leur compte comme elles peuvent dans ce système.
    Je comprends que beaucoup de lesbiennes soient déconcertées par les bies parce que pour elles mêmes, être bies, c’était une phase plus ou moins imposée par la pression sociale, avant de réussir à s’affirmer définitivement en tant que lesbiennes, mais encore une fois c’est leur histoire, elles devraient réussir à ne pas à plaquer ça sur les filles qui restent bies en y trouvant leur compte

  13. Eleonore says:

    Suis-je la seule a considérer que comment je ME considère ne regarde que moi ? C’est l’histoire personnelle qui fait le/a bi, pas l’instant présent.
    Si je suis en train de draguer une fille je ne pense pas aux mecs, juste la. Donc je suis homo. Et si un mec m’intéresse, je lui parle de lui et de moi, les femmes que j’ai eu avant, celles que j’aurai peut-être après sont totalement hors-sujet (tout comme les autres mecs que j’ai eu/aurai d’ailleurs).

    La bisexualité n’est rien d’autre que cela : une potentialité. Mais de même qu’être hetero ne veut pas dire qu’on est prete à se taper TOUS les mecs qui passent (cf culture du viol), de même un(e) bi n’est pas constamment à l’affut… Mais dire “je suis bi” c’est s’exposer à ces fantasmes (tout comme dire “je suis homo” d’ailleurs… en fait il n’y aurait que les heteros à ne pas être obsédés par le sexe, à se demander comme notre espèce perdure encore…)

    J’ai cessé depuis longtemps de dire “je suis homo” ou “je suis bi” car cela me mettait toujours dans des positions avec lesquelles je ne me sentais pas en phase. Socialement il n’y a que deux positions réellement indispensables : “je suis avec Machin(e)” et/ou “Toi, tu me plais”. Le reste n’est que pose…

  14. timide says:

    Putain, l’article de BBX m’donne envie de lire l’article de l’Express … mais il n’est plus en vente … Dommage !

  15. angie says:

    Il est en ligne ici :

    Bonne lecture :) !

  16. Chatdegouttière says:

    Richard (bi) fait de super vidéos sur la bisexualité – en anglais :
    http://www.youtube.com/watch?v=GwpcqmPDkYA

    Enjoy :) !

  17. soo fille says:

    100 % d’accord avec Eléonore ! Souvent, j’ai l’impression d’être face à une “police” pas très complaisante : vos papiers svp ! Signez la case, la bonne et… il n’y a qu’une seule croix. C’est comme le gaydar, la question – quand on se la pose de manière insistante – c’est pas “est-ce que tu kiffes ton/mon genre ou pas ?” c’est “est-ce que tu me kiffes moi ?”

  18. simon says:

    des baaaaaaarres, au secours ! Ceci dit, ont sens vraiment que le fait de se définir “bi” est un courant de mode pour certains et certaines !
    c’est vraiment nawac, by the way je pense aussi qu’être homos n’est qu’un courant de mode, d’ailleurs vous me préviendrez quand ce sera finit que je puisse redevenir hétéro tranquillement !

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