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Tribune : PMA, de la possibilité d’un mensonge

L’adoption de la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe n’a pas suffit à éteindre toute la haine de ses opposants. Aujourd’hui encore, il est important d’apporter des réponses à leurs slogans pétris de mauvaise foi, pour ceux qui n’ont jusque là pas trouvé les mots pour y répondre et qui sont simplement traversés d’un profond sentiment de rage.

Sentiment de rage d’autant plus accentué par l’insolence avec laquelle le gouvernement même qui a reconnu nos droits, revendique maintenant ouvertement de ne pas mettre à l’ordre du jour la question de la PMA et ce jusqu’à la fin de son quinquennat, en 2017. Le premier ministre, devant les catholiques à Rome il y a trois semaines, cache à peine son dégoût de l’adoption de la loi votant le mariage pour tous et traite les citoyens homosexuels comme des quémandeurs à qui l’on aurait déjà attribué trop d’attention; dissimulant ainsi les raisons pour lesquelles la société cherche à s’éviter avec tant d’efforts.

On nous rétorque que ce combat pour la justice que nous cherchons à mener n’est pas une question prioritaire pour les français. D’une part, la question de la priorité par rapport à d’autres sujets plus importants est tout simplement irrecevable. Il y a, et il y aura toujours une urgence du présent, qui sera balayée par un autre présent et d’autres urgences toujours plus pressantes. Mais un pays qui ne se bat pas pour une idée plus grande que ce qu’il est est un pays mort. C’est parce que la France existe aussi comme idée, hors de ce qu’elle est dans le présent, que nous pouvons mener des combats qui ne touchent pas seulement au quotidien le plus direct mais aussi à la recherche d’idéal, de justice et de raison, pour la construction de ce que nous sommes et de ce que nous serons dans le futur en tant que nation.

Aujourd’hui, le vote de la PMA est essentiel car il doit être la preuve que le vote du mariage n’est pas dû au hasard mais à une reconnaissance fondamentale et à une compréhension profonde, non pas des homosexuels mais de la société elle-même et de l’ensemble des évolutions et des comportements qui sont déjà les siens. C’est un signal d’intelligence que nous attendons.

Le bouclier invariable des détracteurs du mariage homosexuel n’a pas cessé d’être «Tous nés d’un homme et d’une femme» et la seule chose à répondre à cela est : « Oui, évidemment, mais en quoi est-ce remis en cause ? ». Ce slogan qui n’a d’ailleurs rien d’un argument révèle une violence extrême, un désir d’écrasement et un dénigrement d’office de quelconque argument rationnel. Même la raison est déconcertée devant tant de mauvaise foi et d’incohérence. En réalité, ce que réclament ceux qui continuent à le scander, c’est le maintien d’un mimétisme rassurant, qui dissimule que l’on est sorti du schéma « classique ». Ils ne demandent même pas que la PMA cesse d’exister entièrement, mais simplement que l’on puisse continuer à croire qu’elle n’a pas lieu. Les mêmes arguments de mauvaise foi qui étaient mis en avant au sujet de la possibilité pour les couples homosexuels d’avoir accès à l’adoption sont de nouveau avancés pour refuser la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules.

Notre système de pensée repose encore sur un mimétisme pathétique et se cache derrière la rassurante figure d’un homme et d’une femme fondant une famille et élevant leurs enfants ensembles jusqu’au bout. Mais il ne faut pas confondre reproduction et parentalité. Se reproduire ne signifie pas élever des enfants. Jamais ces deux choses n’ont été confondues. En attestent les parents qui élèvent leurs enfants seuls, les familles recomposées, les enfants abandonnés, adoptés par des parents qui ne sont pas leurs parents biologiques. La parentalité est une construction, la reproduction est un acte factuel.

À l’heure actuelle, la PMA n’est ouverte qu’aux couples hétérosexuels infertiles ou dans certains cas particuliers, pour éviter de transmettre une maladie à l’enfant par exemple. L’impossibilité d’avoir des enfants de façon naturelle est perçue comme une injustice et rendrait donc la démarche de la PMA valide. Ainsi, un couple hétérosexuel dans lequel l’homme est stérile, peut avoir recours à un donneur extérieur. La réalité de cet acte, c’est que dans ce cas, le conjoint stérile a un statut purement symbolique mais n’a aucun rôle dans la procédure de procréation. On continue à vouloir imposer la présence symbolique de l’homme, même quand il n’a pas de rôle. Les couples hétérosexuels infertiles n’ont pas plus le droit à l’adoption ou à la PMA, sous prétexte que leur condition le leur aurait permis biologiquement dans le cas où ils auraient été “fonctionnants”. La nature n’a pas de justice. Si la morale trouve la PMA acceptable, elle doit l’accepter toute entière car ce n’est pas l’identité des couples qui change la nature intrinsèque de cet acte. Aujourd’hui, refuser la PMA aux couples de même sexe et aux femmes seules revient à dire que l’illusion et donc la possibilité du mensonge sont les seules justifications à la PMA.

La différence est qu’il sera impossible aux lesbiennes et aux femmes seules de jouer à cette illusion car la vérité se verra, elle sera même évidente. Bien loin d’être niée, elle sera vue par tous, elle devra être assumée par tous. Se cacher derrière le mimétisme nous sera impossible, et c’est peut-être finalement cela qui dérange, parce que cela met dans le même temps tout le reste de la société en face d’elle-même et que cela lui impose de s’accepter toute entière. On estime que 70% des enfants conçus par procréation médicalement assistée, par des hétérosexuels, ne connaissent pas l’histoire de leur conception et le système actuel reposant sur le mimétisme n’encourage certainement pas les parents à être honnêtes non seulement avec eux-mêmes mais aussi avec leurs enfants.

Ce que le débat prouve en réalité c’est que les progrès scientifiques et médicaux qui sont aujourd’hui à notre disposition ne sont en aucun cas assumés. Le geste se cache derrière le mimétisme du « naturel », derrière la réparation de ce qui est perçu comme une injustice de la nature en empêchant d’en réaliser les enjeux réels et de réfléchir à la nature même de ce que l’on met en oeuvre. C’est par faiblesse et par mauvaise foi que l’on se justifie dans le simulacre. Ces illusions, plutôt que de nous apprendre à nous connaître, empêchent l’Homme de se penser, de penser son rapport au monde et de se réaliser en y substituant une image établie, fixe et rassurante.

Oui, la procréation médicalement assistée désacralise la reproduction, force à repenser les rôles fondamentaux de chacun des partenaires et déstabilise un ordre qui se croyait établi et que les hétérosexuels ont été les premiers à bousculer. Ce combat lorsqu’il sera mené à bout, sera un bien pour la société entière qui ne vivra que mieux, avec plus d’assurance et de fierté, ces changements qui sont déjà les siens.

 

Clara Prioux

 

 

 

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3 Comments

  1. Artemisia.g says:

    “nous pouvons mener des combats qui ne touchent pas seulement au quotidien le plus direct”. Certes, je n’envisage pas moi-même d’effectuer une PMA, mais il me semble évident que ce sujet concerne tout au contraire le quotidien le plus direct de nombreuses familles de lesbiennes. Ce n’est pas juste d’une vision de société qu’il s’agit, c’est une urgence pour beaucoup de femmes et leur famille.

  2. Arty says:

    désolée mais je n’ai même plus envie de leur répondre ils n’ont qu’à pas être cons, sinon les arguments sont, évidemment, justes

  3. tail says:

    je ne suis ni lesbienne. ni contre. juste une femme. mon amie d’enfance m’a appelée un jour pour me dire “qu’elle faisait un bb toute seule”. pour pleins de bonnes raisons qui étaient les siennes. Elle est décédée quelques mois plus tard, peut-être d’une conséquence de cette célèbre merde de chlamydia. son bébé est resté seul. je ne condamne rien. mais c’est mathématique : à 2 on est 2 fois plus nombreux que tout seul. (et bordel, c’est juste sincère).

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