tumblr_n39rksoPpd1rp21yfo8_1280

Back to the 80′s : Lene Lovich

Parce qu’il n’y a pas prescription en matière de musique, nous avons cette semaine décidé de vous parler de Lene Lovich. Pourquoi aujourd’hui ? Parce que demain, elle sera sur la scène de La Java.

Qui se souvient de Lene Lovich, au juste ? Pas grand monde. Au regard des Nina Hagen, Anne Clark, Lydia Lunch ou encore Danielle Dax et Anita Lane, Lene Lovich représente tout ce qui a été effacé, salement oublié de la musique post-punk faite par des femmes, du début des années 1980. Pourquoi ? Parce que ça reste de l’indé, et que l’indé, l’underground d’une époque, est souvent enseveli sous le poids des plus grosses pointures, et ici en l’occurence, par les gros godillots des névrosés du synthé, je cite The Cure, Joy Division, Bauhaus et compagnie. Parlera-t-on dans cinquante ans, de Light Asylum, de Beach House ou encore de The Do ? Se souviendra-t-on des Kate Wax, Wild Beast, des Little Dragon ? Qui seront les rares à encore écouter dans trente ans les albums de Soap&Skin, Trust ou encore Girls ? Voilà, l’indé d’aujourd’hui n’est pas encore mort. Mais il s’agit aussi de savoir faire revivre l’indé d’hier et celui d’avant-hier. Revenons-on en donc à nos moutons. À Lene Lovich, donc.

Née en 1949 à Detroit d’une mère britannique et d’un père serbe, c’est très jeune que Lene, de son vrai prénom Lili-Marlène (le nom d’une chanson romantique allemande, ceci expliquant cela..), suit sa mère pour vivre à Hull, en Angleterre. Petite, Lene enregistre déjà ses idées, projets, envies, sur des K7 qu’elle réécoute à souhait et recycle à mesure que les idées prennent vie. S’ensuit un véritable parcours initiatique : de groupes de rock en écoles d’Art étouffantes, Lene enregistre des cris pour des films d’horreur, joue du saxo pour The Balloon and Banana Band, de Bob Flag, part en tournée avec un groupe de musique antillais en Italie, s’exile en Espagne rendre visite à Dali, écrit des paroles pour Cerrone (Supernature, son tube, si si), apparaît dans diverses pièces de théâtre, go-go ou danseuse orientale dans des bars à ses heures perdues. Lene Lovich est un électron libre qui va là où il veut, quand cela l’enchante.

C’est très jeune, encore, qu’elle rencontre le musicien Les Chappell et ses potes. « À l’époque, on s’amusait à faire du stop au beau milieu de la nuit (…), on attérissait dans des endroits qu’on avait jamais vus, on avait pas beaucoup d’argent, et c’était cool de faire ça comme ça » confie-t-elle dans une interview à Jason Gross en 2005. Puis un jour, le déclic. « Les et moi, on était enfin prêts, on ne pouvait plus attendre ». Un coup de fil à Charlie Gillett, animateur radio reconnu de l’époque, à l’origine des succès d’Elvis Costello, Dire Straits ou encore Ian Dury suffira. Ce dernier fait écouter la reprise de Lovich de la chanson I Think We’re Alone Now à Dave Robinson, tête du label Stiff Records. Bon, et puis là, tout va très vite. Trop vite ? Un peu. « C’était à l’époque de cette espèce de révolution punk où tout allait très vite. Un jour tu gratouillais ta guitare au fond de ta chambre, le jour d’après tu te retrouvais propulsé dans Top of The Pops (ndlr : show TV tremplin musical de l’époque). C’était dingue. ».

Punk dans l’âme, mais pas à la scène, Lene Lovich se contentera de se nourrir des diverses portes qui s’ouvriront. Puis il y aura Lucky Number. Le tube. La consécration avant l’heure, et à laquelle personne ne s’attendait à l’époque. Pas même les studios de Stiff Records. « C’était juste une chanson qui était bien passée en live et qu’on avait décidé d’enregistrer » explique-t-elle dans la même interview. Quelques mois plus tard sort le premier album, Stateless, habile combinaison entre new wave, disco et musique punk. De son air faussement délirant, Lene Lovich, jamais sans ses immenses nattes et chapeaux de tissu-totem (Diane Pernet n’a qu’à bien se tenir), ses yeux peinturés et sourcils sur-dessinés, joue de l’imagerie post-surréaliste et séduit les foule. Et pas seulement les foules britanniques.

Lene Lovich, à contrario de ses compères de l’époque, veut s’exporter et repousser les frontières anglo-saxonnes de la scène punk. Suivent deux nouveaux albums et autant de tubes. Flex, à peine un an plus tard avec la triste et désenchantée Bird Song, puis l’hystérique Angels. Puis No Man’s Land en 1982. Lovich quitte Stiff Records. Monte une pièce/comédie musicale avec Les Chappell, toujours dans l’ombre, Mata Hari. En 1986, sort son célèbre duo avec sa copine Nina Hagen, Don’t Kill The Animals. En 1989 sort March, un quatrième album sorti sur un petit label de jazz, album qui ne remporte pas le succès attendu. Pour le reste, Lene Lovich se tournera vers sa famille, soucieuse de donner à ses enfants la vie de famille qu’elle n’a elle-même jamais connue. Un nouvel album, Shadows and Dust, d’une veine, disons, plus moderne, signe son grand retour en 2005. Après Lydia Lunch en novembre dernier et Anne Clark il y a quelques semaines, c’est donc à son tour de fêter le revival indé de la transition 1980, en direct de scène de La Java, demain samedi 17 mai à 20 h 30. Alors pour celles qui auraient par mégarde oublié de prendre leur billet pour Bruxelles, il vous reste encore une petite chance de vous amuser et de rêver un peu ce weekend !

Adeline

Adeline

Journaliste musique bipolaire, Adeline est amatrice de son brut, un peu sombre à tendance viol-des-oreilles. Aime jouer sur/avec les mots, voir la vie en bleu et en points. Site pro : adeline-journet, site perso : L'amourfou

Plus d'articles

One Comment

  1. gazuit says:

    Il y a une erreur en fin d’article : il faut prendre son billet pour Paris si on veut voir ce soir Lene Lovich en concert à la Java!!!

Leave a Comment

*