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Karin Park : “Je crois que les scandinaves ont de plus en plus confiance en leur son”

Karin Park, une artiste dont on vous parlait en 2013, une inconnue pour d’autres. Lors de l’avant-dernière édition du Festival Les Femmes S’en Mêlent, la jeune suédoise faisait ses premiers pas sur la scène parisienne. Un franc succès. Plus électronique et punchy, c’est avec son troisième album, Highwire Poetry, qu’elle exporte pour de bon sa musique en dehors des côtes scandinaves. À l’occasion de la sortie de son nouveau single, Shine, focus sur notre rencontre, dans les coulisses du Silencio.

Karin Park porte fièrement le flambeau de l’électronica nordique d’une voix à la douceur froide et d’un charisme tout en classe et en magie. Quand on la compare à Björk, Karin Dreijer Andersson (chanteuse de The Knife) ou encore Robyn, pas de crispation, sa réponse est simple : « je peux comprendre (…), il y a quelque chose de spécial dans la manière que l’on a de réutiliser l’anglais et de le chanter ». Rencontre.

BBX : Superworldunknown le premier album que tu as sorti en 2003 était beaucoup plus rock que Ashes To Gold en 2009 et Highwire Poetry en 2012, tu peux m’expliquer ce revirement vers l’indietronica?

Karin Park : On va dire que mon premier album comportait beaucoup de chansons à texte. Tu sais, en 2007 on m’a diagnostiqué un cancer. Enfin, c’était une fausse alerte, au final, ce que j’avais n’était pas encore déclaré donc j’ai juste eu à me faire opérer, mais soit, en premier lieu, on m’a annoncé que j’avais un cancer. Quand on te dit ce genre de chose, tu te mets obligatoirement à réfléchir à ton existence et à ce moment de ma vie, j’avais l’impression de ne pas faire exactement la musique que je voulais faire. J’ai réalisé alors que je voulais faire quelque chose de plus physique, j’adore danser, la « musique à beats ». Je ne savais pas exactement comment j’allais faire ça mais j’ai enfin su vers quoi je voulais tendre. J’ai fait des recherches et j’ai travaillé sur un nouvel album, plus basé sur le rythme que sur un riff de guitare.

Les recherches dont tu parles, elle ont consisté en quoi ?

J’ai réécouté toute la musique que j’aimais, Depeche Mode par exemple et j’ai commencé à travailler avec des gens dont j’aimais la musique, des choses plus dansantes, je me suis mise à construire mes chansons à partir de rythmes, de synthés, plutôt qu’à partir d’un piano par exemple.

Tu aimes quoi en dehors de Depeche Mode ?

Quand j’étais ado j’écoutais beaucoup Prince ou encore Whitney Houston, ce genre de musique. Puis il y a eu les Cure ; Kraftwerk est venu plus tard.

Quand as-tu commencé la musique ?

Quand j’avais 16 ans je crois. Je viens d’une famille chrétienne donc j’avais l’habitude de chanter à l’église. Puis quand j’ai eu 16 ans j’ai commencé à jouer de la guitare et à composer des chansons pour moi.

 Tu as vécu au Japon c’est ça ? Tu gardes quoi en tête de ta vie là-bas ?

Quand on a déménagé au Japon j’avais 7 ans, j’ai intégré une école missionnaire, du coup tu sais tous ces trucs qu’on a en Suède ou même en France, la mode, les magazines, la musique, tout ça, je n’ai pas connu, il n’y avait même pas Internet à l’époque ! On a créé nos propres styles, nos manières de penser, et c’est comme ça que j’ai appris très jeune à penser par moi-même plutôt que de suivre les tendances. On était un peu marginaux du coup quand on est rentrés en Suède, se réadapter à la société n’a pas été mince affaire. J’ai parfois l’impression de n’avoir jamais vraiment réintégré le système.

 Tu as ensuite vécu en Norvège ? Pourquoi ?

Oui pendant 12 ans ! J’avais cette K7 d’un poète norvégien qui écrivait ses textes dans un dialecte très spécial qui vient de la côte norvégienne et je suis tombée amoureuse de la langue. J’avais quelques amis là-bas, j’avais 22 ans à cette époque, du coup je suis allée les voir et une fois là-bas j’ai senti que je voulais rester. Je viens tout juste de rentrer en Suède en fait. Maintenant je vis là où je suis née, à Djura, dans une vieille église, à la campagne.

Tu n’aimes pas la ville ?

Ce n’est pas ça, mais le truc c’est que je voyage énormément, presque toutes les semaines, je dois me rendre dans les grandes capitales européennes, du coup quand je rentre à la maison j’ai besoin de me retrouver et cet endroit est très spécial, calme, magnifique.

Et quand tu écris ta musique, tu as besoin de conditions particulières ? 

Ça dépend des chansons en fait, parfois ça vient tout seul, ça tombe du ciel, puis à d’autres moments tu as besoin de plus creuser pour sortir quelque chose de vraiment bon. Ça dépend aussi des instruments que tu utilises, des gens avec lesquels tu travailles. Mais en principe j’ai juste besoin d’un tout petit truc, un signe, pour construire mes chansons.

C’est quoi ton meilleur souvenir de scène jusqu’à maintenant ?

Peut-être quand on a donné ce concert en Angleterre, pour la sortie du dernier album… Il y avait beaucoup de fumée partout sur scène, la salle était blindée et toute petite. Et tout d’un coup, on avait même pas encore commencé, une coupure d’électricité ! Donc moi et David on se retrouve sur scène devant tous ces gens. David à la batterie et moi au micro. On se lance quand même… On a du faire les deux premières chansons comme ça. Tout le public nous a aidés en chantant avec nous et au bout de la troisième chanson, le courant est revenu, ça a été comme une explosion sur scène, c’était vraiment cool ! Tu sais c’est le genre de truc qui aurait pu tourner au désastre… (rires)

Tu penses quoi de la scène nordique ? Il y a quelques années on en entendait peu parler, et aujourd’hui on a l’impression qu’elle grandit de jour en jour…

Tout à fait d’accord. Je crois que les scandinaves ont de plus en plus confiance en leur son. On a une identité très forte et je crois que la scène nordique s’épanouit de plus en plus.

Adeline

Adeline

Caution musicale de la team et rédactrice en chef du mag Heeboo, Adeline est amatrice de sonorités brutes et de soirées sans façons. Elle aime : le bleu / ponctuer ses interventions de points / râler. Ses soirées à elle (et à tout le monde) : Sneaky Sneaky.

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One Comment

  1. timide says:

    <3

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