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Chloé Robichaud : «Il n’y a pas assez de femmes au cinéma »

« Sarah préfère la course », premier long-métrage de Chloé Robichaud sort aujourd’hui en France. La réalisatrice québécoise nous raconte son film et revient sur l’aventure Féminin/Féminin, la websérie lesbienne made in Montréal dont nous vous parlions ici.

 

Pourquoi Sarah préfère-t-elle la course ?

Sarah est obsédée par la course. Je crois qu’elle est obsédée parce que c’est la seule chose dans sa vie qui la fait se sentir bien. Elle contrôle, quand elle court. Alors que dans sa vie sociale, c’est toujours un peu plus difficile. Elle est un peu en découverte d’elle-même. On comprend dans le film qu’elle est aussi en quête d’identité sexuelle. Elle se dit qu’elle a peut-être du désir pour une fille. Mais c’est quelque chose qu’elle a de la difficulté à s’avouer. J’avais envie de parler d’une jeune femme qui était discrète, plus renfermée. Ce sont des personnages féminins qu’on voit moins à l’écran. Pourtant, il y en a plein de jeunes femmes comme ça, et de jeunes hommes, qui sont en plein questionnement dans leur vie et qui parfois se referment. Et cette obsession-là pour la course mais qui pourrait être une obsession pour autre chose, je crois qu’il y a beaucoup de jeunes qui peuvent s’y identifier.

Tout au long du film, on sent planer une ambigüité sur la relation qui lie Sarah à Zoé…

Oui, c’est une trame qui est subtile. Parce que les sentiments de Sarah vis-à-vis de cette fille ne sont pas très clairs. Sarah est quelqu’un de très pudique. Je crois que l’écriture et la mise en scène sont également pudiques. Je trouve important que ma mise en scène soit à l’image de mon personnage. Je dis souvent que s’il y avait un « Sarah préfère la course 2 », probablement que là, Sarah serait beaucoup plus épanouie dans sa relation avec une femme mais le film est vraiment sur cette phase même pas encore d’acceptation, mais juste de réalisation. C’est pour ça que ça reste quelque chose de subtile.

Vous travaillez en ce moment sur un second long métrage, qui lui aussi met en scène des femmes. Pourquoi est-ce important pour vous de porter des personnages féminins à l’écran ?

Je n’en fais pas non plus une mission ! On parle de ce qu’on connait. En étant moi-même une femme, je connais ce vécu et cette expérience. Je trouve intéressant de parler de personnages féminins dont on parle peu. Dans mon prochain film, je vais parler de femmes politiques. Parce que je trouve intéressant de parler de ces femmes-là qui ont accès à la sphère du pouvoir et qui doivent aussi apprendre à conjuguer leur vie personnelle avec ce nouveau job. Je trouve qu’il l n’y a pas encore beaucoup de personnages féminins au cinéma qui, en étant des personnages principaux, traversent le film du début à la fin. Souvent les actrices que je côtoie me disent qu’il n’y a pas beaucoup de rôles pour elles. Même en audition, il y a beaucoup moins de choix pour les femmes. Alors comme je le disais, je n’en fais pas une mission mais je trouve ça quand même important.

Parallèlement, vous continuez à travailler sur Féminin/Féminin. Où en est le projet ?

On va sortir tous les épisodes à la mi-juin, il va y en avoir huit en tout. Le premier est déjà sorti en janvier. Là, je suis en montage des autres. C’est vraiment un beau projet dont je suis très fier. Ce sont des épisodes comiques, légers parfois mais en même temps je pense que ça dit quelque chose. Ca parle du quotidien des lesbiennes, le quotidien comme moi je le vois dans mon entourage. On n’est pas dans une série à punch, c’est vraiment un portrait de femmes. Chaque épisode va se concentrer sur un nouveau personnage. Par contre les deux derniers épisodes font un genre de topo de tous nos personnages pour apporter un côté un peu plus linéaire. Mais ce qui fait l’originalité de la série, c’est que chaque épisode est comme un nouveau portrait. On entre dans une nouvelle réalité de lesbiennes. Evidemment, j’aimerais pouvoir représenter toutes les lesbiennes du monde. Je ne pourrai pas. Mais en même temps je trouve qu’en huit épisodes de 15 minutes, je peux quand même aborder différentes réalités. C’est ça qui me plaît beaucoup.

FÉMININ/FÉMININ – épisode 1 from Lez Spread The Word on Vimeo.

Propos recueillis par Rania

Crédit photo : Alexis Gagnon

 

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One Comment

  1. Anémone says:

    Surprenant dans l’acception une délicieuse surprise.
    L’épisode est un peu plus appuyé sur le portait de l’une des femmes mais on la voit également évoluer dans son univers, on connait un peu son contexte et c’est ce qui fait tout l’intérêt. Et les quelques moments de “questions/réponses” ou la réalisatrice se prête a un exercice de l’ordre de la métafiction apportent aussi énormément, elle filme et des questions sont posées mais on se rend compte du côté ubuesque de certaines mais les filles prennent plaisir a y répondre pour mettre cela en lumière. Une lesbienne doit, à ce jour encore malheureusement, toujours expliquer, prouver. La fille la plus à droite du champ aurait envie de reformuler la question et ce sont ces questions qui sont singulières, l’action du questionnement, et non leurs réponses.
    Rien n’est manichéen, beaucoup de sensibilité se dégage et énormément d’humour accentué par ma part par les expressions quebecquoises qui me font craquer.
    Le court métrage est un format parfaitement adapté. Le ressenti provoqué est naturel et intense.
    Il ne fait nul doute que l’esprit derrière Féminin / Féminin est brillant car paradoxalement pour provoquer un ressenti naturel et intense l’idée est forcément aboutie et travaillée.
    Merci de faire quelque chose de différent, différent et rare.

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