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Les Petits Oiseaux D’Anaïs Nin

Publié deux ans après sa mort, en 1979, le second recueil de nouvelles érotiques, Les Petits Oiseaux (suite de Venus Erotica) d’Anaïs Nin poursuit son observation du plaisir féminin.

Ouvrages de commande, Venus Erotica et Les Petits Oiseaux ont été écrits dans les années 1940 à raison de un dollar la page… Pourtant, Anaïs Nin se réjouit de dépeindre la sexualité de son époque et ces nouvelles, textes courts et efficaces, lui donnèrent l’occasion de s’exprimer sur le désir et le plaisir, au féminin.

Bisexuelle, mariée, entretenant des relations amoureuses et sexuelles avec des couples, multipliant amants et maîtresses, Anaïs Nin affichait une sexualité des plus décomplexées pour la première moitié du vingtième siècle !

Les quatorze nouvelles qui composent le second volume de ses écrits érotiques (impubliables de son vivant) s’inspirent de ses origines européennes (la sulfureuse est tout de même née à Neuilly-sur-Seine et le vieux continent apparaît comme le comble de l’exotisme et des mœurs légères) et brossent autant de portraits de jeunes femmes qui n’ont plus de gêne à prendre du plaisir sexuel.

Kiki de Montparnasse par Man Ray, 1922.

“À mon grand étonnement, j’avais découvert en rentrant à la maison, que j’étais mouillée entre les cuisses. Je n’en avais rien dit à ma mère. J’en avais conclu que je devais être une grande sensuelle et que cette humidité entre les cuisses annonçait de grands dangers pour l’avenir. En réalité, j’avais l’impression d’être une prostituée. ”

Extrait de Un Modèle.

Pourtant, Anaïs Nin dénonce l’ignorance des jeunes femmes quant aux choses du sexe ainsi que le refus de leur offrir une éducation de ce type.

“Je croyais que le sexe de la femme était intérieur et j’ignorais l’existence du clitoris.” Extrait de Un Modèle.

L’effarouchement décrit ci-dessus est vite effacé au profit du plaisir sans honte. Les personnages d’Anaïs Nin n’ont que les craintes et la gêne transmises par leur époque et leur éducation mais lâchent toute convention dans les bras d’un-e partenaire audacieux-se.

Rappelons qu’il n’y a pas si longtemps, les jeunes mariées devaient combler leur époux sans prendre de plaisir puisque ce dernier était associé aux maîtresses, aux femmes de petite vertu.

Dans Hilda et Rango, Anaïs Nin met en scène un couple hétérosexuel au sein duquel, l’homme laisse la jeune femme faire ce qu’elle souhaite de lui afin qu’elle prenne du plaisir. Perturbée, la jeune femme n’y parvient pas, s’acharnant à le faire jouir plutôt que d’écouter son corps.

Photo : Julia Restoin-Roitfeld

Lina évoque un personnage lesbien, qui ne sait assumer son désir pour son amie et devient brute avec elle. Ce personnage touchant se refuse pourtant à se dire homosexuelle et dans ce dialogue criant, avoue son désir de changer de sexe :

“-Mais que veux-tu, Lina, que veux-tu ? -Je ne veux pas que tu aies des amants. Je déteste te voir avec des hommes. -Mais pourquoi détestes-tu autant les hommes ? -Ils possèdent quelque chose que je n’ai pas. J’aimerais avoir un pénis pour pouvoir te faire l’amour. -Mais il y a d’autres façons de faire l’amour avec une femme. -Mais je ne le veux pas. Je le refuse.”

Extrait de Lina.

La nouvelle suivante, Sirocco, décrit un couple lesbien dans une ouverture fallacieuse pour laisser choir le lecteur vers une situation toute autre sur le passé hétérosexuel de celle au “physique de Viking”. L’écrivaine aime à piéger son lectorat, jouer de la tension sexuelle instaurée, suggérer puis tout montrer. On salue son audace d’offrir une voix féminine à la littérature érotique avec un style ravissant où il n’est ni question de romantisme, ni de fidélité ni d’orientation sexuelle. Du plaisir, juste, du plaisir.

Angie

 Les Petits Oiseaux d’Anaïs Nin, Éditions Stock, 1980

Angie

Caution bisexuelle de BBX, Angie écrit sur le cinéma et les arts. Mais en vrai, elle aime surtout les paillettes et les sequins dorés. Twitter : @angelinaguiboud

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2 Comments

  1. GUIBOUD says:

    Toujours aussi bien écrit, donne envie de le lire.

  2. Artemisia.g says:

    Je veux bien laisser une seconde chance à la Nin mais son “Vénus Erotica” m’est tombé des mains! Des scènes de sexe entre meufs très pauvres et, pire, une accumulation de clichés lesbophobes et sexistes des plus énervants: dès qu’une femme est “active” elle est qualifiée d’agressive et de masculine; les femmes lesbiennes “passives” sont des greluches sans cervelle; l’amour lesbien ce n’est pas une infidélité car “dans une femme c’est toi-même que tu recherches”.

    Et je ne résiste pas au plaisir de citer l’apogée de la lesbophobie: “dans tout ce que faisait les femmes entre elles, elles ne pourraient jamais faire entendre cette chanson vaginale ni ces cris cadencés qui montent à l’infini; seul l’assaut répété de l’homme, comme autant de coups de poignards pouvait faire naître cette extase”. Enjoy!

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