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Soutenez Act Up-Paris, menacée de disparition

Alors qu’elle fête cette année ses 25 ans, l’association de lutte contre le sida, en proie à de graves difficultés financières, lutte pour sa survie. Une collecte a été lancée sur la plateforme Kiss kiss bank bank pour soutenir l’association notamment dans la poursuite de sa mission d’information des séropositifs.

Ses slogans chocs et son triangle rose sont dans toutes les têtes. A partir de sa création, en juin 1989, inspirée du modèle américain et issue de la communauté gay, Act Up Paris a contribué à rendre visibles les malades du sida et obligé les pouvoirs publics à agir contre l’épidémie. Depuis le mois de janvier, la majorité de ses huit salariés sont au chômage technique. Lors de la réunion hebdomadaire du 20 mars, le conseil d’administration a accepté une mise en redressement judiciaire dans le but d’éviter la disparition de l’association en gelant ses dettes. Depuis le 24 mars, Act Up est officiellement en cessation de paiement.

L’association a donc décidé de lancer un appel aux dons sur la plateforme de crowdfunding Kiss kiss bank bank. L’objectif, fixé à 15 000 euros, doit permettre de financer en priorité les publications (Protocoles, le Guide des droits sociaux, le Glossaire et le Guide des Bases Pour Comprendre), mais aussi le matériel nécessaire aux actions militantes de l’association et son déménagement dans des locaux moins onéreux. Plusieurs paliers, de 5 à 500 euros, permettent de participer en échange de différentes contreparties. Près de 6000 euros ont déjà été récoltés, et la collecte se poursuit pendant encore une cinquantaine de jours.

 « Act Up-Paris risque de disparaître. Cela est dû à une baisse du mécénat et des subventions privées, à une difficulté à faire financer le plaidoyer, tout cela entraînant une incapacité à faire face aux dépenses fixes et incompressibles », explique l’association sur la page de sa collecte. En réalité, la totalité des associations de lutte contre le sida est concernée par cette baisse des financements. Ceux du Sidaction d’abord, dont la dernière édition s’est tenue du 4 au 6 avril. Ceux des pouvoirs publics ensuite et ceux des mécènes enfin. Alors que le budget d’Act Up est passé en quelques années de 800 000 à 500 000 euros, l’association Aides est en plein plan social, concernant 10% de ses 470 salariés.

Interrogé sur France Info, Bruno Spire, son président, impute cette situation par la baisse des aides publiques : « On a perdu près de 2 millions en quatre ans. La prévention devient une variable d’ajustement des dépenses de santé ». Or selon lui, investir dans la prévention permettrait de réduire certaines dépenses à venir. « J’ai l’impression que la santé n’est plus une question prioritaire », explique-t-il, regrettant un manque de volonté politique. Le taux de contamination lui ne baisse pourtant pas, avec 6400 nouveaux cas d’infection au VIH diagnostiqués chaque année en France.

Ce basculement aurait été amorcé dès l’apparition des trithérapies, en 1996, s’accompagnant peu à peu d’une banalisation de la maladie. Chez Act Up, les conséquences de cette crise se font déjà sentir, car l’association a dû notamment revoir ses programmes à la baisse et supprimer cet hiver – pour la première fois – son  bulletin d’informations sur les protocoles de traitement à destination des séropositifs.

« La mobilisation s’essouffle, notamment parce que le VIH est désormais considéré par beaucoup comme une maladie chronique, avec laquelle on peut vivre, pourtant, aujourd’hui on meurt encore du sida », rappelle l’association sur sa page Kiss kiss bank bank. « Il est donc impensable qu’Act Up-Paris disparaisse alors que le nombre de contaminations chez les gays augmente, que les budgets consacrés à la santé diminuent, et que de nouveaux enjeux se posent à nous : vieillissement des personnes séropositives, possibilités d’allégements thérapeutiques, prix exorbitants des traitements contre l’hépatite C… »

Interrogé par 20 Minutes, Ludovic Chéné, administrateur technique et financier d’Act Up, s’inquiète d’une perte de connaissance thérapeutique pour les malades eux-mêmes. « La baisse des moyens implique une baisse de l’accès à l’information thérapeutique, explique-t-il. On ne sait pas encore quel impact cela aura sur la nouvelle génération de malades découvrant sa séropositivité.»

En parallèle, le nombre de bénévoles, passé de plusieurs centaines dans les années 90 à quelques dizaines aujourd’hui, aurait aussi contribué à cette crise. Enfin, et c’est le journal Le Monde qui l’explique dans une enquête, la base de l’activité d’Act Up est de mettre au point un discours politique, appuyé par des actions chocs, et cette démarche serait de plus en plus difficile à financer, les fonds se concentrant désormais sur le soutien concret aux malades.

Charlie

Crédit photo : Denis Salamagne pour Act Up-Paris

One Comment

  1. Artemisia.g says:

    Sale période… il va falloir se serrer les coudes. Moi j’ai plus un rond mais le coeur y est.

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