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« Creepshot » : gare aux voyeurs

Phénomène nouveau sans vraiment l’être, les « creepshots » envahissent blogs et réseaux sociaux. Ces photos explicites prises sans le consentement des personnes qui y apparaissent commencent à sérieusement agacer les internautes. Petit décryptage homemade.

La définition du terme « Creepshot », selon l’Urban Dictionnary est simple mais efficace.

 Creepshot : photo prise, généralement d’une femme, sans sa connaissance ou son consentement. Des très jeunes filles, habillées très court ou très moulant affichées au yeux de l’internet mondial pour le plus grand plaisir des voyeurs d’ici et d’ailleurs ? Le concept a de quoi faire hurler.

Pourtant, il n’a rien de nouveau. Le « creepshot » est en quelque sorte la version 2014 des « upskirts » , ces photos volées de petites culottes. L’utilisation du terme existait déjà en 2012. Cependant, il suffit de faire un tour sur différents TumblR et autres plates-formes de micro-blogging pour voir apparaître un grand nombre de fesses, majoritairement bien rebondies, suivies en règle générale d’un petit commentaire bien gras du photographe en herbe. 
Des culs souvent moulés dans ce qui semble être l’accessoire favori de ces pervers numériques, le YOGAPANT,un jogging ultra-moulant et accessoire fétiche de Kim Kardashian et de Jessica Biel.

Des photos prises un peu partout et à n’importe quel moment. A être “mignonne” et “bien gaulée”, vous risquez de figurer un jour sur le portable d’un quidam libidineux. Pas de spots spécifiques pour les « creepshots » bien que les endroits publics tels que les rames de métro, les centres commerciaux ou encore les files d’attente semblent se démarquer.

Ainsi, alors que vous attendez votre tour dans une boulangerie, M. X pourra pour son bon plaisir mettre incognito son portable sous votre jupe ou simplement prendre un cliché rapide mais bien cadré, tel un paparazzi, afin de pouvoir se palucher, si le cœur lui en dit, devant les innombrables photos de sa carte mémoire. Ou vous mettre sur Internet afin de remporter le prix en ligne du plus beau cul pris à l’aveuglette.


Un site américain leur consacre même toute une catégorie et les gens peuvent anonymement voter pour leur cul favori. 
Pour l’instant, ce phénomène (ou catégorie) semble être tout public, en plus de se banaliser, à l’inverse des termes pornos bien connus des YouPorneurs tels que « creampie » ou « bareback » pour ne citer qu’eux, rendant la chose un peu plus effroyable qu’elle ne l’est déjà.
 « Mon corps, mon droit » est donc légitimement devenue le moyen de réponse et de défense de pas mal de femmes qui se disent ouvertement choquées de ces clichés violeurs qui, dans la bouche des fautifs ne semblent qu’être un moyen comme un autre de profiter du corps féminin.

Récemment, Daria Marx s’est fendu d’un billet en réponse à un photographe qui lui aussi semble affectionner ce genre de principes douteux, Paingout :

« C’est à ce moment-là que Paingout te prend en photo. Parce qu’il te trouve photogénique. Parce que tes jambes et tes pieds sont excitants pour un fétichiste. Parce que tu as une jolie poitrine. Parce que ton cul est merveilleux. Et puis il partage la photo, sur Instagram, sur Twitter. Par souci de partage. Pour que tout le monde voit bien que tu es bonne. Pour que tout le monde regarde ton cul, tes seins, tes chevilles, tes pieds, tes jambes.Tu ne sauras jamais que tu es une inconnue dénudée sur l’instagram de Paingout. Il faudrait un nombre infini de coïncidences pour que tu reconnaisses ton maillot de bain, ton sac de plage, ta jupe, ce café. Parce qu’il te coupera la tête, pour ne pas t’exposer, dit-il. »

Pour son Projet Crocodile , l’illustrateur Thomas Mathieu s’y est aussi intéressé :

S’extasier sur des fesses est à la portée de tout le monde et “mater” un déhanché dans un endroit public est un acte humain. Que celle qui n’a jamais jeté un coup d’œil un peu mal placé lève la main. En revanche, l’immortaliser dans le seul but de le balancer sur Internet et d’y récolter des lauriers l’est beaucoup moins. Là encore, pour certains, s’en offusquer semble être une lubie de féministes ou de jeunes femmes lambda qui ne comprennent rien à l’érotisation de leur corps via un moyen technologique. Car oui, quel beau moyen que la technologie quand on voit ce qu’elle cause comme dégâts ces derniers temps, entre “creepshots” et “after sex selfies”

An Si

An Si

Sbire candide de BBX, An Si s'intéresse à la culture queer, porn et mainstream. Ré-invente la langue française avec ses fautes d'orthographe.

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