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Régine Deforges, « le diable dans la culotte »

On se souviendra de sa crinière rousse, de son best-seller, La Bicyclette Bleue, mais surtout de sa sulfureuse réputation. Régine Deforges est décédée le 3 avril dernier. Portrait.

C’est dans les flammes qu’a commencé la vie de Régine Deforges. Dans l’autodafé de ses carnets intimes, que des bonnes sœurs l’ont obligée à brûler quand elles découvrirent la teneur de ses cahiers d’écolière. Régine y décrivait ses amours pour Manon, une jeune fille de son âge. Impensable en 1950, scandaleux à Montmorillon, petite bourgade du Poitou, blasphème dans une institution qui prône la religion. Insultée, rejetée, celle dont les grenouilles de bénitier de son village disent qu’elle a « le diable dans la culotte » décide de tout lâcher. Direction Paris.

Et c’est par le papier et les mots, que Régine Deforges décide de renaître, par ces cendres qui l’ont définitivement exclue du chemin de la bien-pensance et de la « normalité ».

C’est donc par l’érotisme qu’elle se vengera de son humiliation. Un érotisme qu’elle veut «libre, dénué de tout sens du péché, joyeux, païen et non pas didactique». Une sexualité qu’elle veut libre pour toutes les femmes, elle qui s’affiche explicitement comme bisexuelle. En 1968 elle fonde donc sa maison d’édition, L’Or du temps, dont l’acte de baptême sera la publication du Con d’Irène de Louis Aragon. Un texte aussi sublime que scandaleux pour la France gaulliste qui commence avec ces mots :

« Si petit et si grand! C’est ici que tu es à ton aise, homme enfin digne de ton nom, c’est ici que tu te retrouves à l’échelle de tes désirs. Ce lieu, ne crains pas d’en approcher ta figure, et déjà ta langue, la bavarde, ne tient plus en place, ce lieu de délice et d’ombre, ce patio d’ardeur, dans ses limites nacrées, la belle image du pessimisme. Ô fente, fente humide et douce, cher abîme vertigineux.”  Et se termine par ceux-là, “Enfer, que tes damnés se branlent, Irène a déchargé.”

Pas de quartier, à quelque mois des joyeux évènements du mois de mai, le texte est mis au ban et son éditrice condamnée pour « outrage aux bonnes mœurs » et de surcroit privée de ses droits civiques. Ce sera la première d’une longue série de visites à la 17e Chambre Correctionnelle de Paris, spécialisée dans les affaires de presse… A cette époque là, on ne rigole pas avec le con de ces dames.

Mais celle que l’on a traité de « traînée », ne renonce pas pour autant à défendre ses idéaux et n’en finit pas de faire tourner à plein les rotatives. Recueil de livres de femmes écrivains, livres érotiques mais aussi œuvres personnelles dont la plus connue, La Bicyclette Bleue se vendra à 10 millions d’exemplaires mais lui vaudra aussi un énième procès pour plagiat intenté par les héritiers de l’auteure d’ Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell.

Elle qui est née un 15 Août, jour de la Sainte-Marie n’avait donc rien d’une vierge effarouchée.

Margaux

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One Comment

  1. Léa Cr says:

    Une grande dame, et surtout une grande romancière …
    C’est grâce à elle et à la Bicyclette bleue que je m’appelle Léa,
    et j’en suis aujourd’hui d’autant plus fière.

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