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Il était une fois une princesse qui aimait les princesses

Nina (de son vrai nom Feminina) est une princesse “exceptionnelle”, “un peu sauvage”, qui porte des robes toujours pleines de tâches, des Converses roses et qui est “folle d’équitation et de la couleur rouge”. Voilà pour la présentation de cette jolie petite histoire, simple et colorée pour les enfants.

Attention *spoiler*…

Dans le Royaume, il est grand temps de marier la petite Princesse (même si elle a l’air d’avoir 10 ans à tout casser). Ses parents, le Roi et la Reine, s’étonnent d’entendre hurler leur progéniture qu’elle n’a “pas envie d’un prince”. Alors, ils décident d’en inviter les meilleurs partis du royaume, pour faire les présentations et voir s’ils peuvent caser la petite.

C’est alors qu’arrivent le prince Guozhi de Chine, le prince Esteban du Mexique, le prince Gauthier de France et le prince Azim du Yémen. Mais rien n’y fait, ça ne marche pas entre les princes et la princesse. Ils ne s’entendent pas. A priori, la petite Nina n’est pas vraiment attirée par la gente masculine. Suite à cela, elle rencontre la princesse Melowo du Ghana… et sent des “papillons dans son ventre”. Finalement, les filles se rapprochent et tombent amoureuses l’une de l’autre. Voilà, en fait la princesse Nina est lesbienne.

À la fin les princesses se marient et le Royaume est dirigé par deux reines. A la plus grande joie des parents mais aussi du reste du pays, qui “n’a jamais été aussi bien gouverné”. Happy end pour La princesse Nina de Marlise Achternergh et Iris Compiet.

Si on parle de ce livre aujourd’hui c’est bien parce que les histoires LGBT existent encore trop peu dans la littérature jeunesse, souvent jalonnée de stéréotypes genrés, du type “Maman fait la cuisine, Papa lit le journal”.

L’histoire est un peu facile mais permet de parler de l’homosexualité sans complexe. Elle fut lauréate du concours d’histoires pour enfants de Inclusive Works (organisme néerlandais), de FEBE Support et du British Council en 2012. Le thème de ce concours : “rôles modernes de l’homme et de la femme dans la société multiculturelle”. En plein dans le mille pour le texte de Marlise Achterbargh, accompagné des illustrations hautes en couleurs d’Iris Compiet.

Un récit dans l’air du temps qui vient un petit peu bousculer les stéréotypes. Les garçons sont impressionnés par la dextérité de la princesse, qui monte à cheval, sait nager et se battre à l’épée. Les rôles s’inversent et on adore le côté téméraire de Nina, sa (dé)coiffure et ses baskets roses.

Évidemment, il y a du bien et du moins bien dans cet ouvrage. Le contenu pourrait être plus fin, le scénario moins convenu. On parle d’homosexualité de façon légère et optimiste et cela fait du bien. L’album mérite largement d’être connu, reconnu et lu à nos petit(e)s. Encore mieux, on aimerait bien le voir sur les étagères des bibliothèques au même titre que les autres (n’est-ce pas Jean-François ?). Encore un pas en avant vers la banalisation de l’homosexualité.

On entend déjà gronder les critiques autour de cet album destiné aux enfants à partir de 5 ans. C’est sûr, on s’en doutait, il ne plaît pas à tout le monde. Ce n’est pas vraiment la peine de s’étendre là-dessus car on imagine aisément ce qu’en pense les anti-LGBT. Par ci, par là, sur le web on peut lire des commentaires qui jugent le livre déplacé et qui affirment que les auteures tentent de diriger les enfants vers un monde cataclysmique où l’on se masturberait à la maternelle et où être hétéro serait un drame… Un tas de bêtises que nous n’allons pas écouter.

 

La princesse Nina de Marlise Achternergh et Iris Compiet, aux éditions Clavis.

Alice

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7 Comments

  1. Cassandre says:

    Dans une histoire très similaire il y a “La princesse qui n’aimait pas les princes” de Alice Brière-Haquet

    Ce sont des initiatives comme celles-ci qui participent à “banaliser” l’homosexualité donc tellement importantes.

  2. Méluzine says:

    Je suis toujours contente de voir des nouveautés jeunesse sur des thématiques lgbt mais le résumé fait quand même beaucoup penser à La princesse qui n’aimait pas les princes, chez Actes Sud junior…

  3. Claire says:

    mais mais mais ??? où est ce que l’on trouve ce bijou ???

  4. GF says:

    C’est bien que les choses bougent dans la littérature enfant. Plus on casse les stéréotypes tôt, mieux ce sera ! Enfin, quand je dis “casser les stéréotypes”, il aurait été plus judicieux de ne pas abuser des clichés des origines princières :)

    Pour rester dans l’idée des “princesses mais pas potiches”, je vous recommande “Le guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses”, de Catherine Dufour. Auteur qui n’hésitaient pas à placer des personnages homosexuels/bisexuels dans ses précédents romans fantasy, sans que le sujet soit traité de manière humoristique ou marginal. Comme n’importe quel histoire d’amour, somme toute …

  5. Cléa says:

    J’ai acheté “Drôles de familles”, il n’est pas extraordinaire, mais il pose un truc de “Y’a plein de familles différentes, et ça reste des familles”, ça banalise les couples/parents homo, familles monoparentales etc.
    C’est le seul livre pour enfants un peu chouette que j’avais trouvé.

  6. Plume says:

    Et à quand l’histoire de la loquedue décidée qui se sera aperçue qu’on vivrait mieux non seulement sans mecs, mais aussi sans fric et sans amour tout court ? C’est sans doute encore un peu trop moderne pour notre époque, qui n’arrive pas se défaire de la fascination pour les anciens régimes de tous ordres.

  7. Julinet says:

    @Plume : Il ne faudrait pas non plus basculer dans un discours extrémiste tout aussi préjudiciable, d’une utopie cynique.

    @Général : Une initiative que l’on ne peut qu’encourager malgré les faiblesses narratives. Cela dit, l’auditoire reste un très jeune public qui, indépendamment des clichés, a besoin de féérie. Cela n’empêche nullement de forger l’esprit critique (les enfants ne sont pas de simples éponges gavées à l’édulcorant)

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