solange chambre

Ecoute Solange parler.

À 28 ans, Ina Mihalache alias « Solange te parle » agace autant qu’elle fascine. Portrait d’une ovni surdouée de la confession audio.

Ina Mihalache naît en 1984 à Montréal, d’un père émigré roumain qui a fuit la dictature Ceausescu et d’une mère québécoise. Mais c’est la France qui lui parle au creux de l’oreille dès sa petite enfance. À force d’écouter en boucle TV5 et son poste FM, elle décide à 10 ans de tuer son accent québécois pour adopter celui de la France. C’est de là que vient sans doute son ton si particulier qui vous scotche les oreilles. Ce débit si spécial qui dé-ta-che les sy-lla-bes et appuie sur les mots pour mieux les faire pénétrer. De la radio sensible au sens épidermique, physique.

En 2004 c’est donc assez logiquement qu’elle décide de quitter sa terre natale pour rejoindre celle de ceux dont elle veut imiter la diction. Direction Paris et les planches du court Florent. Trois ans plus tard elle est repérée par Mathieu Amalric qui lui offre un rôle dans son court métrage Deux cages sans oiseaux. Le point de départ de sa notoriété. Mais c’est sur la toile que naît « Solange te parle ». Le personnage que Ina va créer : ce petit animal torturé qui raconte sa vie face webcam, les cheveux débraillés et le visage pâle. L’air d’avoir 10 ans mais des mots crus et percutants. Si c’est Norman fait des vidéos qui lui a donné envie de se mettre à Youtube, le ton de Solange n’a pas grand chose à voir avec les blagues du jeune blogueur : Des confessions intimes aux thèmes aussi sérieux qu’absurdes. De l’identité sexuelle, à l’éloge de la nudité (poses comprises). Du commentaire en direct d’un film porno à la défense des fromages qui puent. Dans son petit appartement parisien Solange cause, Solange se roule par terre, Solange grimpe à poil sur sa baignoire. C’est à la fois fascinant d’originalité et agaçant, parfois, d’intellectualisme forcené.

Un dilemme que l’on retrouve à son paroxysme dans la réponse qu’elle fait à ceux qui sur twitter la « traîte » de bobo. « Je suis bobo et je vous emmerde » clame Solange avec son calme habituel. « J’aime être chic et sale », « je veux que les gens s’aiment et que la planète aille mieux. J’aime aller voir des expos où je ne comprends pas tout. » On rit de parfois se reconnaître sans pouvoir s’empêcher de relever que si Solange assume les clichés, elle ne fait rien pour les nuancer.

Mais c’est sans doute quand elle fait parler les autres que Solange est la meilleure. Quand sa voix fluette et perchée fait accoucher ses semblables de leurs secrets les plus inavouables. Plus de vidéos, juste le son brut et l’intimité unique de la radio. C’est sur France Inter qu’elle est d’abord accueillie en Juillet 2013 dans l’émission « Antibuzz » du maniaque du micro Thomas Baumgartner, où elle décrypte la twittosphère. Puis en Février 2013 elle intègre l’équipe de « Comme on nous parle », où Pascale Clark lui confie une chronique de 1 minute 30 intitulée « Solange te parle dans le bus ». Un format loufoque où Solange écume les lignes de bus parisiennes et scrute les conversations quotidiennes pour les rejouer ensuite seule en studio. Parallèlement, le Mouv lui propose une case quotidienne pour « pénétrer la vie intime des femmes », dans le style des « Corps intermédiaires » de Baptiste Etchegaray diffusé cet été sur France Inter. Des confessions d’anonymes sur la sexualité : percutant et addictif (pour le petit côté corpo, écoutez Nelly, une lesbienne qui parle clichés, bondage, pénis et cunni.)

On peut lui reprocher son côté paniers bio / art contempo. La taxer d’égocentrique et d’intello. Mais aussi se laisser séduire et porter par ce ton si particulier. Simplement reconnaître le talent d’une petite nana qui, du haut de ses 1m60 et de ses 28 ans, est capable d’inventer à la pelle des formats audiovisuels innovants.

 

Margaux

 

 

 

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3 Comments

  1. Plouc says:

    http://melange-instable.blogspot.fr/2014/03/solange-ma-parlee-des-bobos-et-jai-pas.html

    …. Lis aussi une critique de cette vidéo. Ça fait réfléchir !

  2. Sei says:

    Je suis Bobo et je vous emmerde m’a bien fait rire.
    Je ne trouve pas qu’elle ne fait rien pour nuancer les clichés. En disant tout et son contraire dans un grande tirade, elle mixe en quelque sorte les clichés qu’elle énonce. C’est ce grand milkshake qui devient un tout nuancé. C’est nuancé et un peu incohérent comme un être humain. ^_^

    Ne lui reprochons donc pas son côté paniers bio / art contempo. Arrêtons de casser du bobo. ^_-

    Merci pour l’article, Margaux.

  3. Sam says:

    je la suis depuis un moment et je ne savais même pas que Solange n’était pas son vrai nom :O

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