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et la sexualité avec un handicap?

Je vais vous faire une confidence: si j’ai tardé à voir le film De Rouille et d’os et que je ne l’ai pas aimé (à part le jeu de Marion Cotillard), c’est parce qu’il aborde ma plus profonde angoisse: celle d’avoir un handicap moteur. Lorsque vous avez un handicap moteur, surtout lorsqu’il s’agit d’un problème lié à la moelle épinière, une partie de votre corps (toujours en commençant par le bas du corps) est paralysé. La sexualité génitale n’est donc plus au centre de votre sexualité.

Souvent, on imagine mal les personnes avec un handicap moteur et physique avoir une sexualité, tout comme on imagine mal des vieux baiser. Je ne sais pas pourquoi. Je doute que ce soit seulement à cause du fait qu’on n’ imagine pas une sexualité sans que les parties génitales ne soient inclues. Je crois que la plupart des gens ont peur d’une sexualité non génitale, qui ne les mènent pas à un orgasme pur et dur tant l’orgasme et le coït sont les conditions sine qua none à une véritable sexualité.

J’ai déjà abordé plusieurs fois le sujet de la sexualité non génitale sur Barbi(e)turix sans jamais évoquer la sexualité des personnes avec un handicap. Il y a quelques semaines, Laci Green lançait un appel à questions pour aborder ce sujet. Son amie Olivia, militante activiste pour les personnes en situation de handicap prend le sujet de front. De la drague à l’orgasme en passant par tous les stéréotypes et tabous liés à l’handicap, de nombreux sujets sont évoqués. Non pas pour nourrir des curiosités fantasmagoriques, mais surtout pour casser des clichés, défaire des idées préconçues.

En général, lorsque vous croisez une personne en situation de handicap, vous ne voyez que l’handicap et pas la personne en face de vous. Il vous arrive de vous demander comment on peut avoir une sexualité épanouie lorsqu’on ne peut pas marcher, bouger ses jambes, voire, le reste de son corps. Vous imaginez alors qu’il est impossible d’avoir une sexualité, sans doute parce que vous envisagez la sexualité seulement comme vous la pratiquez. Si vous lisez mes articles depuis le début, vous savez sans doute que j’ai particulièrement à coeur de  parler de la sexualité comme un énorme spectre de pratiques, de possibilités et de sensations. Lorsque vous êtes une personne en situation de handicap (et suivant le handicap que vous avez) certaines sensations ne sont pas les mêmes. Mais alors, c’est quoi la sexualité avec un handicap?

Premièrement, il faut savoir de quel handicap on parle. Lorsque le handicap n’est pas lié à la moelle épinière, vos sensations au niveau des parties génitales sont les mêmes. Souvent, c’est l’accès à ces parties qui est le plus difficile. Olivia explique clairement:  pour se masturber, elle peut faire appel à des amiEs. Puis il y a toutes sortes de coussins qui ont été créés et qui permettent une plus grande mobilité. Dans la vidéo ci-dessous, c’est beaucoup mieux expliqué.

Lorsque votre handicap est lié à la moelle épinière, une partie de votre corps est paralysée. Alors, comment font les personnes avec un tel handicap ?

Je vais faire une comparaison peut-être un peu maladroite: lorsqu’une personne perd la vue, elle doit faire confiance à ses autres sens pour se guider. Ses autres sens, ainsi, se décuplent. Ici, c’est pareil. Lorsque vous ne vous concentrez pas sur vos organes génitaux mais sur les autres parties de votre corps, vous pouvez accroître leur sensibilité. D’expérience.

Ce n’est pas nouveau, le corps entier est une zone érogène, il suffit de l’apprivoiser, de le sensibiliser. Des doigts qui parcourent la nuque peuvent vous procurer des frissons électriques.

Si j’évoquais ma propre angoisse en ce début d’article, c’est que je n’imagine pas ma propre sexualité sans prendre en compte mes parties génitales parce que c’est grâce à l’appréhension de ma propre sexualité (génitale)  que je me sens puissante. Le fait qu’on ait du mal à imaginer des personnes avec un handicap avoir une sexualité est peut-être un reflet de nos propres peurs: l’idée de ne plus pouvoir avoir une sexualité génitale.

Alors que finalement, à force de trop se focaliser dessus, on oublie bien trop souvent les autres parties de notre corps.

J’ai envie de dire que la sexualité des personnes avec un handicap moteur a beaucoup à nous apprendre sur la sexualité en général, mais ce sont des personnes avant tout, elles ne sont pas là pour nous apprendre quoi que ce soit. C’est à nous d’abattre nos stéréotypes et de faire tomber nos peurs.

Et l’assistanat dans tout ça?

Le dernier thème évoqué au sujet de la sexualité avec un handicap moteur est évidemment l’assistanat sexuel dont on parle trop peu pour les femmes, en particulier, les lesbiennes.

L’accès à une sexualité, une sensualité ou à une vie amoureuse peut souvent être restreint à cause d’un handicap: parce qu’on ne peut pas facilement se déplacer, parce que notre corps est dévalorisé, parce que des clichés perdurent. J’ai envie de mettre la tendresse et le contact sensuel au même niveau des besoins tels que la nourriture et l’eau. On ne vit pas sans le contact tactile d’autrui. Au nom de quoi devrait t-on empêcher des personnes avec un handicap avoir une vie sensuelle et sexuelle même si cela passe par de l’assistanat? En France, on est bien loin d’arriver à des lois permettant aux personnes avec un handicap de faire appel à des assitantEs sexuelLEs. Au nom de quoi laisse t’on des personnes dans une misère sexuelle et sensuelle? Ah si, c’est parce qu’on voit les personnes avec un handicap comme des personnes handicapées, comme des malades et pas comme des personnes à part entières. Le problème est là, aussi.

Sarah

Sarah

Sarah ne parle plus trop de cul ni d'amour d'ailleurs mais ses passions demeurent : féminisme, antispécisme, santé mentale et gingembre.

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4 Comments

  1. Cécile says:

    Super article, très bonne idée de parler de ce sujet !

  2. Charlotte says:

    J’avais écrit un article sur ce sujet, ayant moi-même un handicap moteur. Si ça vous intéresse, vous pouvez le trouver à cette adresse : http://lmsi.net/Les-mutantes-oubliees

  3. timide says:

    Sarah@Bbx,

    merci pour tes techniques d’article qui savent très bien mettre en relief les problématiques de bon nombre et qui permet de toujours remettre en question les dogmes imposés par la fatalité de la routine.

    #mascotte ! ;-)

  4. Riley says:

    Article courageux.
    La misère des personnes souffrant de handicap n’est pas que sexuelle, mais c’est celle dont on parle le moins et autant dire pas du tout.
    Je n’avais que peu d’affection pour votre site, articles superficiels, pas assez étayés, parfois mal écrit… C’est la raison pour laquelle je ne commentais jamais.
    Mais malgré tout j’y revenais souvent. J’ai aujourd’hui compris pourquoi.
    Tout imparfait qu’il soit, s’apparentant davantage à un “blog” qu’à un site sérieux d’actualité communautaire, son contenu est unique.
    Là où les médias lesbiens habituels (ayant d’ailleurs presque tous disparus) nous servent tous la même soupe fadasse, je retrouve ici des sujets inattendus. Le plus intéressant étant qu’ils soient tous abordés avec la sensibilité de son auteur(e).
    Ça ne partait pas vraiment comme un commentaire élogieux mais c’en est un!
    Merci d’élargir nos horizons.

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