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Good Morning Vietnam : rencontre avec Elli, dj à Mui Ne.

Le Dragon Beach, depuis qu’il a ouvert il y a seulement deux ans, c’est un peu le « place to be » de Mui Ne, sorte de station balnéaire de la côte du sud Vietnam. Tien, alias Elli y occupe les platines et remplit les oreilles des vietnamiens branchés et des touristes de passage d’une deep house pointue et énergique, parfaite pour siroter une bière en regardant la mer noire. Une fille derrière les platines au Vietnam ? Les clichés ont la vie dure ! Enfin presque. Rencontre.

Tu as 21 ans et tu es résident au Dragon Beach ? Où as appris à mixer ?

Je suis serveuse la journée, dans un « resort » des alentours, à Mui Ne. J’ai commencé dans un autre bar, le Dragon Beach est ma troisième résidence. Ça fait deux ans que je mixe, j’ai appris grâce à différents DJ mais en particulier grâce à un DJ du Dragon Beach.

Et comment ça t’es venu, au juste ?

Je n’y avais jamais pensé avant à vrai dire, mais en fait… c’est ma mère qui m’a donné envie… Le premier jour, elle a voulu me montrer, mais je n’étais pas d’humeur à ça. Puis le jour d’après, après y avoir réfléchi, j’ai décidé de l’écouter, et d’apprendre.

Ta mère est DJ ?!

Non, pas vraiment. Mais elle travaille dans un autre bar du centre de Mui Ne et elle même a appris comme ça. Je ne sais même pas pourquoi elle a tenu à ce que j’apprenne.

Et à l’époque, tu écoutais déjà de la house ?

Non non, avant je n’entendais partout que de la pop vietnamienne, puis en devenant DJ, je me suis ouverte à de la musique plus occidentale, des choses comme la techno, la house, l’électro.

Et tu as des titres, des artistes, que tu aimes passer en particulier aujourd’hui ?

En fait, je ne suis pas très bonne avec les noms. Mon « professeur » m’a fait écouter beaucoup de musique au début. Ça m’a donné envie de découvrir encore plus de choses. Quand je prépare un set, je cherche de la musique, et dès que j’entends un morceau que j’aime, je le garde et l’intègre. Mais je ne me rappelle jamais trop de qui je passe, si ça date des années 70, 80 ou 90, je ne suis pas bonne à ça (rire).

Tu le vis comment, d’être DJ ?

Apprendre est facile, jouer c’est autre chose, je ne suis jamais sûre de passer la musique que les clients ont envie d’entendre, mais ça m’aide à m’améliorer.

Et être une femme DJ ? Tu te sens respectée dans le milieu ?

On va dire que je pense être plus appréciée par la clientèle occidentale. Quand les gens d’ici apprennent mon métier, ils sont souvent surpris, parce qu’ici, les vietnamiens ne pensent pas qu’une fille puisse être DJ.

Une fille derrière des platines, ça doit être sujet à quelques réactions ici non ? Le public masculin, il sait se tenir ?

Oui, enfin non pas toujours, ce qui m’a parfois mit très mal à l’aise. Aujourd’hui, j’ai compris que beaucoup de garçons faisaient ça pour le fun et qu’il n’y avait pas de peur à avoir. Ils me titillent parfois, mais pour plaisanter.

Et tu connais d’autres filles DJ ?

Oui, mais la plupart d’entre elles passent de la musique vietnamienne, pas trop de musique un peu pointue.

Penses-tu un jour quitter Mui Ne ? Rejoindre la capitale, ou Saigon, pour peut-être essayer de faire carrière ?

Non, j’aime travaille ici. Je n’ai pas envie de devenir célèbre. J’aime vraiment cet endroit. Puis ma mère ne veut pas que je parte de la maison.

Et il se passera quoi le jour où un mec important te demandera de bouger à Saigon pour jouer dans un plus gros club ?

Je pense franchement que ça ne m’intéressera pas. J’ai déjà mixé à Saigon, mais y habiter, même si ça signifie faire carrière ? Non, je ne crois pas. Ma maison, c’est ici.

Quelles sont tes ambitions ?

Aucune. J’aime jouer, c’est tout. Ici, je me sens libre de faire ce que je veux, ce qui n’est pas le cas dans le Nord du Vietnam. Dans le Sud, tout est assez facile pour les femmes. Pas dans le Nord, les coutumes sont différentes. Si j’avais grandi dans le Nord du Vietnam, je ne pense pas que je serais devenue DJ. Ma famille, mes ami(e)s, ça ne choque personne ici.

Bon, et ton rêve, pour le futur, c’est quoi ?

J’aimerais ouvrir une boutique de fringues. Je ne pense pas que DJ soit un métier pour la vie, il faudra bien que j’arrête à un moment donné…

Ha bon, pourquoi ?

Parce que je vais bien devoir me marier. Toutes les femmes doivent se marier au Vietnam. Donc je pense qu’au moment de me marier, j’arrêterai d’être DJ. Puis je pense que vieillir n’est pas bon pour une fille DJ au Vietnam. Ton visage change, ta peau tombe, le public veut de la fraîcheur, et je ne pense pas que le proprio voudra de moi si je vieillis. Ce n’est pas attirant une DJ de trente ou quarante ans pour les touristes.

Tu sais, en France, enfin, en Europe, on a tout un tas de DJ qui font ça depuis des dizaines d’années, et ils ont beau vieillir, ils sont tellement bons qu’ils remplissent quand même les clubs, parfois encore plus qu’à leur début !

Des femmes ou des hommes ?

Les deux !

Tu sais, je n’ai jamais vu de femme DJ de plus de 30 ans au Vietnam… Quand tu mixes, la première chose que l’on voit, c’est ton visage…

En France, tu n’as pas besoin d’être beau pour être un DJ respectée.

Oui, mais la France a un train d’avance sur le Vietnam. Le Vietnam est encore en cours de développement sur ces questions là, en particulier dans le domaine de la musique. La plupart des gens ne sortent en boîte que pour du « boum boum ». La musique plus pointue, plus « chill », plus deep house, un peu comme celle que je passe, c’est réservé aux occidentaux ici.

 

propos recueillis par Adeline

photo : Adeline Journet assistée de Éva Merlier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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