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De la splendeur du Grand Budapest Hotel

Huitième long-métrage de Wes Anderson, The Grand Budapest Hotel -qui a remporté l’Ours d’argent-Grand Prix du Jury à la dernière Berlinale, voilà dix jours- dresse le portrait d’une Europe centrale au temps de sa splendeur, de son raffinement aristocratique et de sa délicatesse, avant le grand bouleversement fasciste qui la mutilera. Interprété par Ralph Fiennes, Monsieur Gustave est le fil rouge de cette histoire rocambolesque.

Comme le dirait Edward Norton lors de son arrivée à cette dernière Berlinale : “Quel cinéaste peut-on reconnaître à ce point, au premier coup d’oeil ?” Bien dit, Eddie !

Wes Anderson ou l’homme qui faisait de chacun de ses plans, une oeuvre à part entière. On peut ainsi définir le metteur en scène texan qui travaille avec une minutie extrême (voire flippante) chaque parcelle de son cadre. Rien n’est laissé au hasard. Chaque chose est à sa place. Le cinéaste organise ses plans de deux manières. Il peut se jouer de l’aspect pictural de sa mise en scène en organisant ses élèments de façon plate, bidimensionnel et surtout, symétrique, ce qui nous donne de merveilleux petits tableaux charmants, colorés et visuellement jouissifs. Ou bien, en doué de l’image qu’il est, il travaille sur la profondeur de champ superposant ses sujets les uns derrière les autres, tout en contrôlant parfaitement son sens du détail. Alliés à un montage rapide et à une utilisation enjouée des travellings, The Grand Budapest Hotel se rapproche des montagnes russes d’une fête foraine d’une temps oublié, l’ensemble étant relevé par une bande-originale digne des meilleurs Tex Avery. Décors, accessoires et costumes sont parfaitement agencés à l’image des couleurs, certes nombreuses, mais qui s’assortissent toutes avec une élégance assez incroyable.

D’aucuns le diront obsessionnel, d’autres le trouveront parfaitement génial.  Ce qui est mon cas.

Les récits s’enchâssent les uns aux autres liés par la narration de Zero Mostafa, le lobby-boy de feu Monsieur Gustave qui fut le concierge du palace de pâte d’amande. Palace qui, lors de cette narration n’est plus qu’abandon, solitude et tristesse orangés et dont les couloirs rappellent ceux de l’hôtel Overlook dans Shining. Sans horrible meurtre ni revenant, le Grand Budapest abrite surtout l’histoire de l’entre-deux guerres et au delà, l’histoire d’une certaine Europe, archétypale à laquelle Wes Anderson rend hommage.

Ce dernier, qui vit désormais dans le quartier de l’avant-garde européenne des années 1920 de Paris (TIENS TIENS), soit le quartier de Montparnasse aime à user dans ses films de la langue française et convoque ici, le génial Mathieu Amalric, qui campe Serge X, “l’homme dont on n’oublie pas le regard” (tu m’étonnes) et notre chère ou haïe Léa Seydoux. La britannique et incroyable Tilda Swinton ou l’actrice-androgyne-qui-peut-VRAIMENT-tout-jouer se cache derrière les traits de Madame D, 84 ans, qui décède assez vite mais qui ajoute ENCORE une gamme de ton à sa palette de jeu déjà immense.

Peut-être conscient de son génie ou simplement fétichiste, Wes Anderson s’amuse à s’auto-citer. A celles qui ont vu ses chefs d’oeuvres les plus célèbres, amusez vous à retrouver des plans de Moonrise Kingdom (le côté expédition en pleine nature), The Aquatic Life (l’appétence pour les lieux biscornus) ou encore The Darjeeling Limited (Ah cette nostalgie des trains d’antan, couchettes et wagon-restaurants compris).

Outre, la construction de ses plans et les couleurs vives qui illuminent un cinéma contemporain, peut-être trop filtré et pâlot, les thématiques restent également. Wes Anderson fait toujours appel à la mémoire collective lorsqu’il met en scène ses “vieilleries” qui nous touchent (platine vinyle, robes sixties, gâteaux colorés, carnets intimes, flacons de parfums…) et installent des situations de bien-être ou de folie absolus.

Wes Anderson avait déjà réalisé un court-métrage sur un hôtel européen (parisien, précisément) qui était diffusé avant chaque projection de The Darjeeling Limited, en 2008. Je ne résiste pas au plaisir de vous offrir, Hôtel Chevalier pour conclure cet article :

The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, 2014, 1h39. Actuellement en salles.

Angie

Angie

Caution bisexuelle de BBX, Angie écrit sur le cinéma et les arts. Mais en vrai, elle aime surtout les paillettes et les sequins dorés. Twitter : @angelinaguiboud

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2 Comments

  1. Janis says:

    Article très bien écrit. Merci.
    Perso je trouve que M.Anderson pousse un peu trop loin son sens du détail. Du coup un peu de mal à vraiment à me laisser porter par ce tout de même très bon film. Il commencerait presque à se caricaturer lui-même..

  2. vriginie says:

    Bonjour, j’ai vu ce film et je l’ai trouvé vraiment… coloré ! Toutes les couleurs sont saturées, ça donne un effet effet conte de fée/bd très intéressant. A voir en vo pour vraiment apprécier la verve des acteurs.
    A voir !

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