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Nymphomaniac 2 : ôde à la libération

Pour la seconde partie de Nymhomaniac, Lars Von Trier fait éclore toute la noirceur du personnage de Joe. Pour le meilleur cinématographique et le pire d’un destin tragique.

Faire du cinéma comme une tragédie antique. C’est ce que nous propose Lars Von Trier dans le second volume de Nymphomaniac. Si le premier opus faisait office de brillante introduction, le deuxième plonge au cœur des ténèbres du destin implacable de Joe. Sans répit pour son héroïne, le réalisateur danois fait ce qu’il sait le mieux faire : nous inspirer « terreur et pitié », nous plonger dans les dilemmes métaphysiques de ses personnages, dans les noires profondeurs d’un mal-être. Plus de jeunes flirteuses en fleur, plus de belles métaphores. Le personnage de Joe est désormais assumé à temps plein par Charlotte Gainsbourg (sublime) : ses rides, son visage pâle et tuméfié, son regard triste et son corps fragile. Le propos est dur, les scènes de sexe plus violentes et plus crues. Il y a du sang, de la boue, et des larmes, sans jamais tomber dans le pathos ni dans le trash. Comme dans le premier volet, Lars Von Trier joue habilement avec son scénario, anticipant chaque remarque du spectateur et y faisant répondre Seligman, bienfaiteur de l’héroïne dont on découvre le secret de son écoute aussi érudite qu’attentive et dépourvue de tout jugement moral.

Car encore une fois, la force du propos tient dans le refus total de toute dimension normative. Au point de prendre, comme Joe, le parti de la rebellion et de la marginalité. Si la société ne veut pas d’elle, elle la quittera, comme elle quitte mari, enfant, sexualité dite « normale » et activités légales. Une vie inacceptable, comme lui fait remarquer l’animatrice du groupe de parole où Joe se rend, sorte de Christine Boutin des sex-addict anonymes, pour qui la solution est de faire taire sa nature profonde en excluant toute tentation. Joe essaie, sans succès, de camoufler poignées de portes, pommeaux de douches et miroirs trop affriolants dans une des quelques scènes ou l’on sourit franchement.

Mais si Nymhomaniac Vol. 2 est l’histoire d’un destin tragique, c’est autant pour sa noirceur que pour l’évolution de son héroïne. À la manière d’une Antigone moderne, Joe quitte le monde de l’enfance pour assumer pleinement ce qu’elle est. On découvre une femme forte qui décide de comprendre et de dominer son addiction. On découvre une femme forte, qui comprend que c’est bien cela qui pose problème à la société. Que multiplier les conquêtes, quitter le domicile conjugal, et jouir sous les coups de fouet n’est pas pardonnable pour le « deuxième sexe ». On découvre une femme qui n’est pas comme les autres mais refuse de s’auto flageller jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Jusqu’à la scène finale dont on ne dévoilera pas la teneur mais qui constitue pour ceux qui en doutaient encore, l’apothéose géniale d’une prise de pouvoir d’une femme sur son corps, d’une prise de conscience d’un sujet sur lui-même, d’une résurrection en somme.

Margaux

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One Comment

  1. mouss says:

    Et encore, vous n’avez pas vu la version non censurée : https://www.youtube.com/watch?v=8qzzqkEj4rU
    :)

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