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D’amies à amantes: quand ça rate pas, c’est mieux. (ou pire)

On connaît toutes des histoires d’amour qui ont commencé par des histoires d’amitié, d’ailleurs, on en a même vues des plus ou moins ratées (à mon seul jugement) dans des séries lesbiennes. J’ai en tête l’histoire d’amour de Shane et Jenny dans The L Word. Histoire sortie d’à peu près nulle part, un rebondissement de plus à une série qui commençait peut-être, un peu, à s’essouffler.

Toujours est-il que vous ne partagez pas toutes mon avis concernant l’histoire d’amour entre Shane et Jenny dans The L Word, et d’ailleurs, ce serait dommage, il y a peut-être des chances que cela se passe bien, ou que cela se passe tout court dans la vraie vie. Mais que se passe-t-il dans nos vies réelles lorsque l’on passe d’amies à amantes ou, amoureuses ?

Passons nous vraiment d’amies à amantes ou l’attirance et les sentiments étaient déjà là présents, mais latents ?

Qu’est-ce qui se passe lorsque nous sortons de la friend zone, que se passe-t-il à ce moment précis et est-ce clair pour les deux personnes ? Et si ça rate ; pouvons nous faire marche arrière et redevenir amies ?

Je n’ai certainement pas de réponse à toutes ces questions et je serais bien la dernière à pouvoir affirmer ce qui se passe, comment ça se passe, surtout si ça rate mais d’après vos témoignages et expériences, non seulement il est possible (évidemment !) de passer d’amies à amantes mais il est aussi possible de redevenir amies après avoir été amantes si des sentiments amoureux ne sont pas en jeu.

« Dans mes premières années fac à Paris, j’ai eu ce que le commun des mortels appelle une sex friend. Nous nous plaisions énormément physiquement et mentalement mais nous n’étions pas amoureuses au sens ou on peut l’entendre aujourd’hui. Nous avions des sentiments assez indéfinissables  (pourquoi définir?) puisque nous pouvions passer de simples soirées ensemble ou alors finir au lit. Ce n’était pas parce qu’on se voyait qu’on allait forcément coucher ensemble, on vivait juste le moment sans engagement. Elle a eu un copain après et lui, étant très ouvert, l’encourageait à suivre ses envies avec moi si elle le voulait. Nous avons continué un certain temps et puis ça s’est estompé avec le temps. Nous sommes aujourd’hui encore de très bonnes amies. Nous n’avons pas eu à établir de “règles du jeu”, c’était naturel, sans encombres, et on avait vraiment cette complicité amicale, le sexe parfois en plus. » F.

Il semble que c’est lorsque les sentiments amoureux sont en jeu qu’il est plus difficile de redevenir amies ; c’est le même schéma que de devenir amie avec son ex sauf que l’on a été amies avant. C’était le cas pour M. qui a été amie pendant quelques années avec celle qui est devenue son amante, puis son amoureuse :

« On s’était rencontrées à une manif, ce fut un coup de foudre amical : mêmes idées, mêmes valeurs. Elle avait ses histoires compliquées, j’avais les miennes et après quelques années, il y a eu une soirée un peu alcoolisée où elle m’a embrassée et là j’ai compris qu’il y avait un truc. Je n’ai rien dit jusqu’à ce qu’on s’embrasse à nouveau et qu’on continue. On n’a pas voulu définir notre relation mais elle s’est définie d’elle-même. On était déjà très fusionnelles en tant qu’amies, au bout de deux ans et demies, on a du se séparer dans les larmes. C ‘était difficile parce qu’on s’aimait encore mais on était trop fusionnelles. En fait le problème n’était pas notre amitié mais notre fusion, et ça a tout gâché. Depuis, on évite de se voir sinon on a envie de se sauter dessus mais on sait que c’est impossible… » M.

Mais ça ne se passe pas toujours comme ça,  il y a de belles histoires d’amour qui ont commencé par des histoires d’amitié :

« C’était une amie de la fac que j’ai perdu de vue après ma licence et que j’ai retrouvée lors d’un séminaire en doctorat. Je ne savais pas qu’elle était bie à l’époque et d’ailleurs je n’étais pas attirée par elle. Mais quand j’ai su qu’elle aimait aussi les femmes, je l’ai perçue différemment. Mais on est redevenues amies. C’est après avoir terminé nos thèses respectives et après qu’elle soit sortie d’une histoire difficile qu’on a commencé à coucher ensemble. Je me sentais mal parce que j’étais là pour l’aider à aller mieux et la consoler. Finalement, on a continué, et depuis, on est ensemble. On a cette complicité amicale qu’on a toujours eu, cette osmose sexuelle qu’on s’est découvertes. J’aime cette association des deux. Finalement, je me dis que c’est peut-être, pour moi, la meilleure des manières de tomber amoureuse : avoir été amies avant. On pense que les gestes amoureux et sexuels ne vont pas êtres naturels, mais en fait, ils le sont et c’est d’autant plus déroutant, au début. » A.

Passer d’un amour amical à un désir amoureux et sexuel n’exprime pas seulement le fait que l’on peut tomber amoureuse de ses amies. Cela révèle que rien n’est figé dans l’espace, dans les relations et dans le temps. Ca bouge, souvent. Les sentiments changent ou s’intensifient, ou se voient ajoutés de relations sexuelles. Parfois cela « gâche » certaines amitiés mais si l’histoire d’amour a voulue être vécue, c’est sans doute parce qu’elle devait l’être. Une histoire d’amitié n’est pas forcément « gâchée » par une histoire d’amour ratée même s’il est difficile parfois de redevenir amies. Peut-être faut il une amitié forte déjà existante, ou une attirance sexuelle qui se soit essoufflée avec le temps pour redevenir amies mais dans tous les cas, aucun type de relation n’en entache un autre (selon moi).

Finalement, peut-être que tout cela est fluide et qu’il faut juste apprendre à gérer cette fluidité d’émotions et de sentiments que nous ressentons : que cela soit pour nos amies qui ne seront pas nos amantes ou celles qui le seront.

Sarah

Sarah

Sarah ne parle plus trop de cul ni d'amour d'ailleurs mais ses passions demeurent : féminisme, antispécisme, santé mentale et gingembre.

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5 Comments

  1. MG says:

    Shane & Jenny…c’était totalement absurde! :D
    Mais bon sans cette relation nous n’aurions jamais eu l’épisode mythique ou, Alice découvre la chose et s’empresse de prévenir les autres par sms

  2. timide says:

    … ou peut-être, juste “moins bien”, c’est tout !

  3. Blablabla says:

    J’aime ce sujet. Tendrement.
    Il est jolie est plein d’espoir.

    Je rajoute ma pierre à l’édifice. Avec mon ex on a réussi à passer d’amoureuse à Amie. Et c’est l’une de mes plus grande fierté dans les relations que j’ai construite. On est sortie ensemble deux ans, deux magnifiques années qui reste pour moi de merveilleux souvenirs. La séparation fut difficile, mais il m’étais impossible d’imaginer ma vie sans qu’elle n’en fasse partie.
    Je suis encore folle amoureuse d’elle, mais d’un amour indéfinissable, qui n’est pas commun, ou sur lequel on ne peut mettre de mot. D’ailleurs comme une demoiselle à dis plus haut dans un de ses témoignages “pourquoi devoir définir ?!”. On a une complicité évidente, dailleurs tous mes amies me disent a chaque fois “non mais vous vous êtes remises ensemble ?” “enfin quand vous vous regardez il ce passe une truc”. Oui il ce passe un truc, mais on a pas envie de s’embrasser, de coucher ensemble, de vivre sous le même toit. Je ne suis pas jalouse de ses nouvelles relations avec dautres filles et elle non plus ^^. Et oui, pourtant on dors ensemble, on se fait plein de calin, mais sans jamais aucune ambiguité. Pour moi c’est un amour pure et inconditionnelle, et je ne désire pas plus car on a trouvé notre équilibre.

    Voilà ^^, je voulais partager ceci.
    Je vous souhaite plein de bonheur à toute les filles :)

  4. élodie says:

    J’aurais tendance à interpréter cette ‘fluidité’ comme un effet produit par la rareté des partenaires possibles :

    - orientation sexuelle minoritaire (combien de femmes sont lesbiennes ?)

    - contexte géographique (les probabilités de rencontre en province ne sont pas les mêmes qu’à Paris, Lyon, Berlin…)

    - manque voire absence de lieux de rencontre pour les femmes

    - contraintes économiques qui pèsent sur les sorties (précarité féminine)

    - difficile symétrie des attentes et des désirs ; internet aurait tendance à reconduire et amplifier les cloisonnements sociaux (‘affinités’ très excluantes)

    Tout se passe comme si les quelques liens, noués tant bien que mal, ne pouvaient pas s’étendre au-delà du périmètre d’un entre nous (comme une consanguinité inévitable en milieu insulaire). D’où une déconstruction des rôles amie/amante/amoureuse stimulée par le réalisme.
    Vue sous cet angle, la ‘fluidité’ témoignerait d’une adaptation au manque de… fluidité.
    Mon hypothèse n’est pas très romanesque. Sans doute faudrait-il l’équilibrer avec d’autres considérations : la confiance nécessaire à l’abandon sexuel ne tombe pas toute cuite. C’est souvent le fruit d’un apprentissage long. Les amitiés éprouvées dans la durée sont parfois mieux placées que l’inconnue d’un soir nimbée de paillettes…

  5. Séverine says:

    D’accord avec Elodie
    J’ai moi-même expérimenté comme beaucoup le manque de “fluidité”. Le manque de rencontres m’amène à fantasmer sur mes amies homos ou hétéros (finalement elle est pas mal, oui pourquoi pas!). Le choix d’un(e) partenaire par défaut n’est pas très romantique. Si on dit que le sexe est le ciment du couple, l’amitié est son béton- armé

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