Jacky

Jacky au royaume des filles : Voilerie et gouinerie

Au royaume de Bubune, les garçons sont couverts de “voilerie” rougeâtre finie par un anneau à hauteur du cou, pour que les filles, leur attachent un “laisson” lorsqu’elles les ont choisis comme époux. Riad Sattouf, dessinateur de bandes-dessinées (La Vie secrète des jeunes, Pascal Brutal) et génial réalisateur des Beaux Gosses s’attaque cette fois-ci de front au patriarcat (oui, mesdames !) et se lâche sur la domination masculine avec drôlerie. On applaudit.

Au royaume des filles, Jacky (Vincent Lacoste) est un jeune garçon, aimé de tout son village. Les femmes se précipitent pour le demander en mariages, multipliant les regards insistants et  les remarques de mauvais goûts. Les femmes travaillent toute la journée pendant que les hommes préparent la bouillie, reclus dans leur maison. La Colonnelle (Charlotte Gainsbourg <3) s’apprête à prendre la place de sa mère La Générale (Anémone) qui dirige le royaume mais avant cela, elle doit se marier et choisir son “grand couillon” du royaume auquel elle passera le “laisson”. Depuis son village, Jacky est éperdument amoureux d’elle et obtient de se rendre au bal qui réunira les prétendants. Mais, un drame bouleverse sa vie et il doit dès lors habiter chez sa tante en compagnie de ses affreux cousins. Libre adaptation de Cendrillon, le scénario permettra à Jacky d’aller au bal et d’y rencontrer la belle Colonelle. La suite ne serait que spoiler…

Riad Sattouf a créé un monde de toutes pièces où les règles sont absurdes et les croyances grotesques (la divinité aimée est le chevalin avec lequel pourraient parler certains habitants de Bubune…). Mais le réalisateur ne fait pas l’impasse sur toutes humiliations, agressions et crimes que peuvent subir les femmes au quotidien (dans la vraie vie) : sifflets, quolibets, agressions sexuelles, viols etc. Si les premiers harcèlements des femmes envers les hommes peuvent faire sourire, certains autres retournements sont plus déroutants.

“Dans Jacky, il y a certains moments où je voulais mettre le spectateur mal à l’aise devant certains trucs, qu’il se dise : «ha, ça me fait marrer, ha non en fait, ça me fait pas marrer, en fait c’est horrible, c’est pas drôle ça, c’est horrible, mais en fait, attends, je suis censé rire ou pas rire ? Ha putain, ça c’est marrant».” affirme Riad Sattouf.

Hors d’un espace-temps donné, le film s’inscrit dans un décalage qui donne à voir le ridicule de la domination d’un sexe sur l’autre et la distance instaurée avec notre société prête au rire. Mais cette dernière s’estompe peu à peu pour laisser place -et tendre une perche- à la réflexion. Réflexion qui est censée atteindre nos comparses masculins, parce que, nous, perso’ on avait déjà compris qu’il y avait comme un “couillard” dans la bouillie.

Ce dernier aborde aussi le thème de la “gouinerie” qui ne serait que “blasphèmerie” via le travestissement, cette fois avec subtilité et achève le film sur une superbe pirouette qui vous laissera coites.

Jacky au royaume des filles de Riad Sattouf, 2014, 1h30. Actuellement en salles.

Angie

 

 

 

Angie

Caution bisexuelle de BBX, Angie écrit sur le cinéma et les arts. Mais en vrai, elle aime surtout les paillettes et les sequins dorés. Twitter : @angelinaguiboud

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2 Comments

  1. élodie says:

    Ce petit carnaval paraît réjouissant. Permettez une once de poil à gratter : « Les femmes travaillent toute la journée pendant que les hommes préparent la bouillie, reclus dans leur maison ». Si le film (qu’en est-il vraiment ?) montre en l’inversant une telle réalité du partage des tâches : des hommes qui bossent dur dans la vie réelle pendant que les femmes remuent la popotte, cette représentation est erronée (et masculiniste). Dans ‘Les silences du palais’ de la tunisienne Moufida Tatli (1994) on voit combien les femmes, domestique recluses qui « préparent la bouillie », travaillent dur toute la journée (y compris la nuit quand elles doivent subir les assauts sexuels de leurs tyrans), tandis que les hommes qui entrent et sortent librement du palais, censés représenter le genre actif et militaire, sont en réalité les champions de la passivité habitués à être servis… Exercer un pouvoir n’est pas travailler. Cherchez l’erreur.

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