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Yves Saint Laurent, le film

Cette semaine sortait le très attendu Yves Saint Laurent de Jalil Lespert. La version de Bertrand Bonello avec Gaspard Ulliel encore en tournage a été, elle, repoussée au 1er octobre 2014.

Ce qui séduit d’abord dans le film de Lespert, c’est la virtuosité de Pierre Niney. À 24 ans, le plus jeune pensionnaire de la Comédie Française avait la lourde tâche d’incarner le couturier à l’écran. Niney ne se contente pas de jouer Saint Laurent, il est Yves Saint Laurent. L’angoissé, le dépressif, le nerveux mais aussi, et surtout, le clairvoyant, le révolutionnaire, le génie.

Au début du siècle, Proust écrivait : “Tout ce que nous connaissons de grand nous vient des nerveux. Jamais le monde ne saura tout ce qu’il leur doit et surtout ce qu’eux ont souffert pour le lui donner.” Une citation que l’on croirait taillée pour le couturier tant sa folie créatrice résonne de cette ambivalence : Saint Laurent le maniaco-dépressif, le toxicomane, le dépravé mais Saint Laurent, l’artiste au sommet de son art. Celui dont le coup de crayon, aura parsemé le siècle passé d’exquises révolutions.

Face à une personnalité complexe, pétrie de doutes, qui par moment s’excuserait presque d’exister, le destin a agrémenté le mythe d’une rencontre presque évidente. Alors mis à l’écart de la maison Dior en 1960, le couturier s’associe à l’homme d’affaires Pierre Bergé (Guillaume Gallienne). Ensemble, ils fondent la maison Yves Saint Laurent.

Dès lors, la caméra de Lespert donne à voir toute l’épaisseur d’une complicité hors-norme, à bien des égards. Amant, ami, mentor, Bergé endosse toutes les casquettes au gré des caprices, des infidélités, des fréquentations macabres de son compagnon. Il demeure, avec constance et force, l’épaule solide qui jamais ne flanche.

Si Jalil Lespert relève le pari de l’intimité en déshabillant Saint Laurent, il ne révèle qu’épisodiquement, l’ampleur de ses révolutions successives. Leur résonance chez la femme moderne. Plus que l’égal de l’homme, en tailleur, elle devient son adversaire. Il faut dire que le couturier n’a jamais caché son aversion pour la bourgeoise proprette.

Yves Saint Laurent de Jalil Lespert, France, 2012, 1h46. En salles depuis le 8 janvier.

Rania

 

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