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Nymphomaniac : psychanalyse d’une sex-addict

Après les bandes-annonces en forme de teaser hot, les affiches orgasmiques et les déclarations douteuses du réalisateur à Cannes, le dernier film de Lars Von Trier, Nymphomaniac était l’évènement cinéma de ce début d’année. Et encore une fois, le cinéaste danois n’est pas là où on l’attend.

Après quelques minutes d’écran noir, le film commence dans une ruelle sombre. Joe (Charlotte Gainsbourg <3) est retrouvée évanouie et blessée par Seligman, (subtil mélange entre Descartes et Père Castor) qui l’accueille chez lui. Dans le décor spartiate de l’appartement du sauveur, s’ouvre alors le récit de la vie de Joe. La vie d’une nymphomane, de la découverte de son sexe et de la masturbation aux concours de baise dans les wagons d’un train pour un sachet de bonbons, jusqu’à l’agenda millimétré pour caser dix amants dans une même soirée.

La vie d’une « mauvaise personne », comme Joe se définie elle-même. Et c’est là que réside la complexité du propos de Lars Von Trier. Si certains qualifient le réalisateur de misogyne et de moralisateur, la construction du scénario, en forme de dialogue psychanalytique et métaphorique entre Seligman, le vieux sage, et Joe, la « patiente », interdit ces critiques trop simplistes. On pourrait vouloir mettre la parole de Lars Von Trier dans la bouche de Joe et faire de Nymphomaniac un film sexiste. Mais tout porte à croire que c’est par Seligman que le réalisateur s’exprime.

Le vieux philosophe qui fait accoucher Joe de son mal-être, fait de sa volonté maladive de séduction une partie de chasse à la mouche, de ses multiples amants une polyphonie de Bach, de sa culpabilité une névrose qu’il faut soigner et traiter avec respect et qui replace son récit dans son contexte. Celui d’une femme qui se raconte, avec ses fantasmes, sa mémoire parfois sélective, souvent subjective. Si le réalisateur émet une critique c’est plus envers la bien-pensance chrétienne et l’intériorisation d’un jugement moral erroné qu’envers l’attitude de Joe. Quant au regard qu’il porte sur les femmes, il est aussi sévère qu’envers les hommes. On peut regretter le regard parfois caricatural ou cruel que Lars Von trier porte sur ses personnages, pas le condamner.

Il y a certes la thématique de la femme pécheresse qui traverse la plupart des films de Lars Von Trier (de Breaking the waves à Dogville), mais il n’y a que Joe elle même pour se qualifier comme tel. Le récit qu’elle fait de sa vie est celui qu’elle veut bien en faire et les dialogues le rappellent. On doute avec Seligman de la véracité des propos de Joe, de la frontière entre ses fantasmes et la réalité, mais comme elle répond à son sauveur « Où gagne t’on le plus ? A me croire, ou à ne pas me croire ? ». On aura tout le temps de douter après coup, en sortant un peu sonné(e) de la salle.

« Il y a deux attitudes face à l’addiction, la juger ou compatir. », dit Seligman à Joe. Lui choisit ne pas faire de procès au parcours de sa réfugiée. On fera pareil avec le film de Lars Von Trier.

En salle depuis le 1er janvier.

Nymphomaniac Official Trailer from Zentropa on Vimeo.

 

Margaux

 

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One Comment

  1. M says:

    Sérieux j’ai vu la bande d’annonce au cinéma, j’ai éclaté de rire tellement c’était ridicule

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