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Le pixel féminin

Syndrome de la schtroumpfette ou de la demoiselle en détresse, test Bechdel… Rassurez-vous, je ne vais pas encore vous parler de médecine mais de… jeux vidéos !

Oui je suis une geek qui s’assume et j’aimerais vous faire connaître le travail d’une femme  que je voudrais épouser qui a le mérite d’allier féminisme et culture vidéo ludique.

Elle s’appelle Anita Sarkeesian et est connue pour sa chaîne Youtube et son site internet : Feminist Frequency. Sur cette plateforme elle décortique les grands mediums de la pop culture comme les films, les séries et les mangas pour déconstruire leurs représentations du genre. Il y a quelques temps elle a décidé d’élargir son analyse et d’y inclure les jeux vidéos. Pour ce faire, elle a lancé un appel au don sur la plateforme Kickstarter pour un projet de vidéos appelé Tropes vs Women in Video Games. Le but du projet était de mettre en avant quelques-uns des stéréotypes les plus utilisés pour représenter les femmes dans les jeux vidéos.

Cette campagne a déclenché ce qu’Anita appelle une cyber manifestation, ou une campagne de haine et de rejet massive sur le web. Insultes, piratages de ses comptes, modification de sa page Wikipédia en y ajoutant des propos et images pornographiques, création d’un jeu en ligne où le but était de la frapper pour la défigurer, menace de viol et de meurtre… Autant dire que la communauté des joueurs n’a pas apprécié son initiative. Cette réaction de milliers de misogynes n’a pas atteint son but qui était de faire taire Anita Sarkeesian, mais a, au contraire, déclenché une vague de soutien à son projet qui lui a permis d’excéder largement le montant des donations qu’elle attendait. Elle raconte cet épisode lors d’une conférence au sein du cycle Ted for Women.

( ici le jeu où il faut cliquer sur l’écran pour la frapper au visage)

A ce jour elle a mis en ligne 3 vidéos de sa série Tropes vs Women : deux sur le stéréotype de la demoiselle en détresse et une sur celui de la schtroumpfette. Je vous invite à aller les regarder, gameuse ou non, pour réaliser l’ampleur de certains clichés sexistes encore présents dans l’univers du jeu vidéo. Comme elle le précise au début de chaque vidéo, l’idée n’est pas de condamner un univers dans son ensemble mais simplement de constater ses limites. J’ai moi-même joué à de très bons jeux où la représentation des femmes laisse encore à désirer. Tous les détails de la conception des jeux semblent converger vers la conclusion qu’une héroïne féminine ne peut pas exister. Le scénario où les femmes sont souvent au second plan, le gameplay où elles sont moins fortes, les costumes hyper sexualisés ou stéréotypés, jusqu’à leur arsenal souvent rose et en forme de cœur…

Sans empiéter sur ce que les vidéos pourraient vous apprendre, je peux vous donner un aperçu des schémas récurrents que relève Mlle Sarkeesian. Le premier stéréotype étudié dans les scénarios de jeux vidéos est celui de la demoiselle en détresse. A l’image de la princesse enlevée par des méchants ou d’une petite amie kidnappée, la demoiselle en détresse est une figure féminine réduite à un rôle d’objet à se réapproprier. Les jeux qui utilisent cette mécanique pour construire leur histoire sont nombreux, je peux en citer quelques-uns que même les non-initiés doivent connaître de nom : Mario, Zelda, Starfox…

Ce type de scénario relègue les femmes au rang de trophées de fin de partie, où elles récompensent le joueur par leur amour éternel… Rien de bien glorieux.

La schtroumpfette n’est pas mieux lotie, tirant son nom de la fameuse bande dessinée et de l’unique personnage féminin du village des schtroumps, elle n’est rien d’autre qu’une copie conforme du personnage masculin, affublée de quelques indicateurs stéréotypes de son genre. Anita Sarkeesian montre que le ruban, le maquillage ostentatoire, le rose (evidemment) et une forte poitrine figurent au premier rang des attributs utilisés pour différencier ces personnages. Alors elles sont un peu cliché, est-ce grave ? Le problème, souligné par les vidéos, est que le genre est à peu près la seule chose que l’on connait d’elles. Quand les hommes ont chacun un trait de caractère pour les différencier, la seule chose distinctive chez les personnages féminins est leur… féminité.

Tropes vs Women multiplie les exemples d’objectification et de mise au second plan des femmes dans l’univers des jeux vidéos et si ces exemples sont peu surprenants quand on parle de jeux des années 80, ils deviennent accablants lorsqu’on constate qu’ils continuent d’exister au-delà des années 2000.

Les prochaines vidéos sortiront bientôt et en attendant je ne peux que vous diriger vers quelque exceptions vidéoludiques où une femme avec une vraie profondeur est le personnage principal comme Beyond Good & Evil, Mirror’s Edge, ( je suis tentée de mettre Tomb Raider mais en réalité tout le monde sait qu’elle est là juste pour qu’on la mate) , Fable III, Bayonetta, Fallout ( dans toute la série on peut jouer un homme ou une femme, ce qui change certaines interactions), Portal, Wet et…euh…si jamais vous avez des conseils pour moi, n’hésitez pas !

Léa

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5 Comments

  1. Cham says:

    Je ne défends pas ces jeux qui sont critiqués, mais si ils sont comme ça, c’est normal parce que ce sont des hommes qui les ont conçus… à leur image. Le vrai problème est qu’il n’y a pas de femmes qui travaillent sur des projets ambitieux. Par ailleurs, la plupart des jeux sont maintenant inspirés de films, qui sont eux aussi pour la plupart réalisés par des hommes.

  2. Marie says:

    Ahhh.. Mass effect :-) . Shephard, Liara, Miranda… <3

  3. La mouette says:

    Cool un article jeu vidéo ! Je rajouterais Lian Xing de la série Syphon Filter, (bon certes ce n’est pas le perso principal mais l’un des principaux) cependant le jeu est l’un des premiers TPS auquel j’ai joué qui permettait d’incarner, un perso féminin qui ne soit pas hyper-sexualisé.

  4. pamphile says:

    Metroid!!!

  5. Thaddeus Irving Aloisius Wulfric Balthazar McPicsou, du clan des McPicsou says:

    Beyond Two Souls, ou encore Final Fantasy X-2, la dernière “version” de Lara Croft, ou même la Renarde qui poursuit Sly Cooper …
    Je pense que d’une manière générale le problème se pose au-delà de la représentation de la femme dans les jeux vidéo : la considération de la gent féminine par le monde du jeu vidéo laisse à désirer depuis très longtemps. Il n’y a qu’à prendre par exemple ces vidéos du Joueur du Grenier, qui teste d’une part les jeux Barbie, d’autre part les jeux Disney orientés filles (e.g. La Belle et la Bête) : c’est un ramassis de clichés et c’est surtout sans queue ni tête, sans histoire précise, sans difficulté particulière parce que “c’est pour des filles”.

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