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Sida : après le 1er décembre, la gueule de bois

Samedi 30 novembre, plusieurs centaines de personnes ont manifesté à l’appel d’Act Up à Paris, à la veille de la journée internationale de lutte contre le sida. Dès 18h, jeunes, vieux, séropositifs et séronégatifs, femmes, hommes, homos et hétéros, cis et trans, se sont retrouvés sur la Place de la République.

Qu’elles soient issues du milieu associatif ou anonymes, on pouvait lire sur les visages de certaines personnes qu’elles avaient ou avaient connu des proches atteints ou morts du sida. Pendant la cérémonie du patchwork des noms, durant laquelle sont égrenés les prénoms ou noms complets des morts du sida, les visages étaient crispés. Le cortège s’est ensuite mis en marche, direction Châtelet.

On pourrait se demander pourquoi avoir choisi la veille du 1er décembre pour le rassemblement, mais sachant que Jean-Luc Mélenchon appelait à manifester ce jour-là, le choix d’Act Up est compréhensible. On peut continuer de s’interroger, en revanche, sur le nombre des participants, plusieurs centaines seulement, alors que le contexte est plus que jamais alarmant.

D’abord, parce que les contaminations au VIH sont en recrudescence chez les adolescents. D’après les chiffres publiés par l’Organisation mondiale de la santé, le nombre de jeunes – âgés de 10 à 19 ans – porteurs du virus, a augmenté de 33% entre 2001 et 2013. Dans le monde, 2,1 millions d’adolescents sont désormais séropositifs au VIH, sur un total de 35 millions de personnes.

Ensuite parce que l’utilisation du préservatif recule chez les catégories de populations dites « à risques ». Deux études publiées vendredi 29 novembre par le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l’Institut de veille sanitaire, montrent que, en 2011, seuls 57% des personnes interrogées estimaient que le préservatif est « un moyen tout à fait efficace » de se protéger du VIH et du sida. En 2004, selon les mêmes études, elles étaient 69%.

De manière générale, l’usage systématique du préservatif est en diminution depuis 2000 chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, quel que soit leur statut sérologique. Concrètement, les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes sont la seule catégorie de la population où les nouveaux diagnostics d’infection au VIH ne diminue pas depuis 2003.

En parallèle, le tissu associatif de la lutte contre le sida et du soutien aux malades apparaît – plus que jamais – fragile, à cause du manque de bénévoles et de financements. Entre 2008 et 2013 par exemple, Aides a vu 25% de ses financements publics disparaître. Act Up, avec ses 10 salariés et ses 800 000 euros de budget, est en danger.

Pendant le die-in organisé en fin de manifestation Rue du Renard, je me suis demandée combien de personnes étaient en train de profiter de l’happy hour dans le Marais. Tout le week-end, je me suis demandée pourquoi mes amis et connaissances, homos et hétéros, n’étaient pas venus manifester ; où ceux qui adorent les films de Chéreau, les livres d’Hervé Guibert, les pièces de Koltès et le badge Act Up sur mon sac avaient passé leur samedi soir.

Charlie

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2 Comments

  1. Plume says:

    “je me suis demandée pourquoi mes amis et connaissances, homos et hétéros, n’étaient pas venus manifester”

    A ben sans doute pour la même raison que celle qui faisait qu’à Nantes, y a quelques jours, y avait quelques milliers de Manif pour tous dans la rue, et quelque chose comme une demi-douzaine de féministes sur place, et zéro lgtb. Entre autres exemples. Pourtant déjà nos (contre) manifs c’est pas toujours super audacieux côté renversement de la normalité, mais là on est carrément au abonnées absentes, alors…

  2. timide says:

    super cet article Charlie ! <3
    great lgbt web tag ! je trouve cela intéressant que barbi(e)turix cause ainsi.
    on n'est jamais que trop peu informé, c'est pourquoi : merci.

    je pense que les manifestations ne sont que trop culturelles pour malheureusement se suffire à elles-mêmes dans une telle cause que celle qu'est la lutte contre le sida.

    je pense que la lutte contre le vih, c'est par les acteurs qui animent notamment le marais qu'elle doit passer. qu'elle doit commencer ?

    non pas que les badges & co° ne sont pas les bienvenus (la visibilité des actions associatives est tellement importante, je ne voudrais pas la nier ou l'amoindrir) mais militer sans polluer, c'est efficace dans un principe de réciprocité décomplexé, à savoir : l'écologie au service de l'humain avant l'humain au service de l'écologie !

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