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Les droits des femmes reculent dans les pays du « printemps arabe ».

Alors que les femmes arabes ont joué un rôle majeur dans les soulèvements successifs du « printemps arabe », une enquête de la fondation Thomson Reuters  parue à la mi-novembre indique que les pays concernés sont à la traîne en matière de droits des femmes. L’enquête se base sur le regard de 336 experts (moins sur les chiffres officiels)  ce qui lui a valu d’être discréditée par certains observateurs.

A en croire l’enquête, l’Egypte serait le  « pire » lieu de vie pour une femme aujourd’hui. Juste devant, on retrouve l’Iraq puis l’Arabie Saoudite. Les résultats de l’Egypte s’avèrent catastrophiques dans la plupart des champs étudiés : les violences faites aux femmes, leur engagement dans la politique et l’économie du pays ou encore leur place au sein de la famille.

Malgré ces résultats, certains activistes notent une avancée paradoxale : les soulèvements ont permis aux femmes marginalisées, qui n’avaient pour la plupart pas accès à l’éducation d’être conscientes de leurs droits et donc de pouvoir les réclamer.

A ce sujet, Nouhad Abou Al Komsan, présidente du centre égyptien des droits des femmes a déclaré à Reuters : « Nous nous étions habituées à ce que le débat concernant les droits des femmes soit monopolisé par des représentantes de l’élite nationale. Mais le grand défi qu’a affronté la femme a rendu  les problématiques qui la concernent sujettes à débat entre des femmes qui n’ont jamais fréquenté les bancs de l’école ».

Le prix de la bataille

En Syrie, les droits des femmes ont fortement pâti d’une guerre civile qui dure depuis deux ans et qui a fait plus de 100000 morts.

Pour Suzanne Ahmed, opposante à Damas au régime de Bachar Al Assad : « les femmes sont celles qui souffrent le plus […] Quand les hommes tombent sur les champs de bataille, les femmes doivent entièrement prendre en charge les enfants. » Beaucoup de syriennes craignent l’influence des islamistes fortement implantés dans plusieurs territoires aux mains de l’opposition.

Dans le cadre de l’enquête de la fondation Thomson Reuters, une jeune femme qui étudiait à l’université de Damas au moment de l’éclatement de la guerre en mars 2011 et qui a participé aux toutes premières manifestations assure que « la seule chose à laquelle aspire la femme syrienne aujourd’hui est la sécurité » avant d’ajouter : « je pense qu’il faut que je me voile désormais. Nous avons peur de ce que feront les islamistes […] Ils veulent que la femme cache tout ce qui pourrait attiser l’appétit sexuel de l’homme ».

Au Yémen, les femmes aspirent à inscrire dans la loi un quota de représentation féminine au parlement. Cette proposition est au cœur du débat sur la cohésion nationale qui agite en ce moment le pays, deux ans après la chute du régime. Dans leur combat, les femmes yéménites font face à une société ultraconservatrice où le mariage des mineures est encore autorisé… A ce sujet, le Nobel de la paix 2011, la yéménite Tawakkol Karman indique « qu’il y a des voix qui essayent de réduire les femmes yéménites au silence comme c’est le cas dans d’autres pays arabes […] Ces mêmes voix essayent de court-circuiter ma participation à la révolution et à la construction d’une société civile mature. […] Mais heureusement, ces voix conservatrices, s’affaiblissent jour après jour. »

Le danger de la radicalisation religieuse

L’activiste tunisienne Lina Ibn Mihani, nominée à son tour pour le Nobel de la paix avoue son inquiétude face à la situation des femmes dans son pays, où le gouvernement est à majorité islamiste : « les islamistes radicaux joue le rôle d’une police des bonnes mœurs et font pression sur les jeunes femmes. »

Au mois d’avril dernier, ces mêmes islamistes ont attaqué avec des pierres et des bouteilles en verre des jeunes tunisiennes qui dansaient à l’intérieur d’un pensionnat pour filles.

En Lybie, deux ans après la chute de Maamar El Kadafi, les leaders de tribus et les islamistes se livrent une bataille sans merci afin de contrôler le pays. L’activiste libyenne Dina Razouk « craint que ces hommes instaurent une gouvernance au nom de l’islam, qui ferait de la Lybie, l’Afghanistan du Maghreb. »

La militante égyptienne Amal Abd Elhadi, elle, garde espoir : « les révolutions arabes n’ont pas trahi la femme parce que grâce aux soulèvements, elle a compris que si elle ne faisait pas raisonner sa voix dans l’espace public, sa condition ne changerait pas. Nous devons toutes aller de l’avant. »

Rania

 

 

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