ALMA

« Alma, une enfant de la violence »

Pas besoin de quitter sa couette pour en prendre plein les mirettes. Même si il vient de fêter ses 1 an en ligne sur le site d’Arte, je tenais ce week-end à vous faire découvrir un grand coup de cœur : le webdocumentaire , Alma une enfance de la violence.

Ses yeux d’un noir profond, ne parviennent plus à faire face à la caméra. Les nôtres à quitter les siens. Pendant les 40 minutes que comptent ce wedocumentaire, on a écouté Alma mais ses paroles restent longtemps gravées dans notre tête. Ces mots qui racontent son expérience d’unique femme dans un gang du Guatemala. Alma avait 15 ans quand elle décidé de rejoindre ce groupe qu’on qualifierait ici de mafieux, qui là bas vit de meurtres, de deals et d’extorsions de fonds.

La mise en scène est sobre. Un fond noir et Alma qui occupe l’écran. Ses cheveux d’un noir de jais, son tee shirt rose fushia, ses tatouages qui recouvrent son cou et ses bras, ses mains qui se nouent et se défont au rythme de ses mots. Ces mots qui racontent l’horreur sans fioritures. Les viols en réunion perpétrés par ses « compagnons » de gang auxquels elle était forcée d’assister, les mises à tabac à répétition, par son père alcoolique d’abord, par les membres de son gang ensuite, par ses compagnons successifs enfin.

Les premières minutes scellent un pacte entre le spectateur et la jeune femme. On ne pourra pas s’arrêter de l’écouter. D’entendre ce qu’elle a à dire de son vécu de femme. Car même si l’expérience est extrême et peut nous paraître loin de nos préoccupations quotidiennes, c’est un superbe portrait de femme que nous livrent ici Miquel Dewever-Plana et Isabelle Fougères, d’ailleurs récompensés par le prix France 24/RFI du webdocumentaire. Et on comprend pourquoi. En marge des reportages tire-larmes et sensationnalistes qu’on a trop l’habitude de voir (D8 et Nrj 12 bonjour !), la sobriété et la force de ce témoignage là fait un bien fou. Là où seul un diaporama que l’on choisit ou pas d’activer vient illustrer le flot de paroles d’Alma.

Cliquez sur l’image.

Il faut d’ailleurs ici souligner la notoriété encore trop limitée de ce format journalistique d’une richesse incroyable mais qui peine encore à émerger, faute trop souvent de financements. Pourtant on y trouve des formats longs encore trop rares à la télé, et des journalistes passionnés qui choisissent de parler de sujets qui leur tiennent à cœur. Beaucoup sont financés par crowdfounding via des sites comme kisskissbankbank (allez faire un tour à la rubrique « journalisme ») qui en appellent aux particuliers pour récolter les fonds nécessaires ! Pour le prix d’une ou deux petites pintes, vous pouvez donc soutenir de beaux projets !

Au final, au delà du portrait ici dressé, il faut, je pense, voir un peu plus loin. Même si encore une fois l’histoire est extrême, c’est bien du statut de femme dont on parle ici. De cette double domination qui se mêlent, celle du gang et celle de la féminité. « Ce n’est pas parce que j’étais dans le gang que j’ai renoncé à être une femme », raconte Alma. C’est peut être ça qui l’a sauvé, peut être ça qui a rendu son expérience encore plus éprouvante.

Au final tout nous interdit de juger. On regarde juste, et on se tait. ICI.

Margaux

Be Sociable, Share!

Leave a Comment

*