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“Fat shaming week” : entre grossophobie et machisme décomplexé

Affligeant. C’est le seul mot qui vient à l’esprit pour qualifier la “fat shaming week”, une initiative lancée par le site masculiniste américain Return of kings (les geeks auront mal à leur Tolkien). Le concept : humilier et insulter les femmes enrobées pendant une semaine pour les convaincre de perdre du poids. Le ROK, pour les intimes, est composé d’hommes sexistes, homophobes et fiers de l’être.

Ils publient des articles comme “5 raisons pour lesquelles les grosses n’ont pas droit à l’amour“, “5 façons d’humilier une sale grosse pendant un rencard” ou encore “l’obésité est une menace plus grande qu’al-Qaida“. Des esprits fins et nuancés on vous dit. Le site donne aussi de soi-disant conseils pour repérer les femmes en surpoids sur les sites de rencontre.

“C’est une des expressions les plus violentes de la grossophobie”, s’insurge Sevara Irgacheva, de l’association Fat positivity Belgique. “Cette FSW est spécialement dirigée contre les femmes et est représentative d’un backlash [réaction violente, ndlr] misogyne assumé.” “La pression sociale sur le corps des femmes ainsi que la détermination de sa ‘valeur’ restent malheureusement encore fortement  liés à l’idéal et aux normes de beauté  véhiculés par la société capitaliste et patriarcale. Cette notion de ‘l’idéal de beauté’ dont découle, entre autres, la grossophobie, est un outil de contrôle social des femmes en tant que groupe opprimé”, ajoute-t-elle.

Dans sa charte, le ROK annonce la couleur : “Return of kings prône un retour de l’homme masculin dans un monde où la virilité a été de plus en plus refoulée, au profit de l’émergence d’une société politiquement correcte et androgyne qui autorise les femmes à exercer leur supériorité et leur contrôle sur les hommes. […] Malheureusement, aujourd’hui, la virilité est devenue synonyme de misogynie”. Et selon cette bande de beaufs machistes, la “valeur” d’une femme se résume à son physique et à sa fécondité. D’entrée de jeu, les femmes et les gays sont avertis : ils ont interdiction de poster des commentaires et seront “immédiatement bannis”.

Et comme si ce site nauséabond ne suffisait pas, le concept s’est répandu comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter. Depuis le mois d’octobre, les messages accolés à #FatShamingWeek fleurissent – le hashtag a d’ailleurs été récupéré par les pro-ana, qui prônent l’anorexie. Lorsque les internautes ont le malheur de répondre, les répliques fusent, toujours plus odieuses : “Arrête d’être grosse et j’arrêterai d’être un connard”. Le site Buzzfeed a rassemblé les tweets les plus choquants.

Au milieu de ce déferlement de haine, Sevara note toutefois un point positif : “Les réactions face à cet événement ont été nombreuses et sa condamnation radicale”. Comme le raconte Le Point, des twittos ont organisé une riposte en lançant #BodyConfidenceWeek (la semaine de la confiance en soi). “Cependant, la plupart des sites d’informations ‘mainstream’ réagissent sans prendre conscience du fait que l’oppression des personnes grosses est une réalité quotidienne dans beaucoup de domaines.”

Malgré l’indignation générale, Return of kings n’a, sans surprise, pas présenté d’excuses et s’est même félicité du “succès corpulent” de son initiative. Pour l’heure, le phénomène ne semble pas toucher la France, mais d’autres sites de “fat shaming” se développent, soulignent Les Inrocks, à l’image du révoltant cestquiquiestgros.com.

 

Marie


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Conférence-débat dans le cadre du festival “Tous les genres sont dans la culture” organisé par Genres pluriels : “Lutter pour déstigmatiser nos corps : les liens entre militantismes trans et militantismes gros, discussion entre Genres pluriels et Fat positivity Belgium”

- Dans le cadre du L-Festival : Conférence et atelier animés par le Dr Charlotte Cooper avec la Maison Arc-en-Ciel le 26 novembre 2013.

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4 Comments

  1. Maureen says:

    J’ai envie de pleurer. Ou vomir. J’hésite. C’est de la méchanceté pure et gratuite.

  2. Léa says:

    J’ai parcouru le site, et sincèrement je dois dire que je suis vraiment choquée, ce site véhicule un tas d’horreurs, la “Fat shaming week”, c’est tellement honteux et ce n’est qu’une infime partie des conneries monstres que ce site peut écrire. Merci de m’ouvrir les yeux sur le monde horrible dans lequel nous vivons.

  3. timide says:

    “succès corpulent” … lololol ! 8-)

    article insolite absolument excellent !

    nb : et causette n’a qu’à en prendre de la graine chez barbi(e)turix !

  4. Cham says:

    Pussy Riot : 2 ans et demi de goulag et eux ?
    Vive la liberté d’expression…

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