© TS Productions 3 (Photographe  Michael Crotto) 2013

La Passion de Violette

Pendant des années, Violette Leduc n’avait jamais été que le nom de la rue où vivait un être cher, dans les confins de la Drôme. Mais depuis mon intérêt pour le féminisme, Violette Leduc résonne comme une poétesse engagée et scandaleuse. Depuis une semaine, Violette Leduc est devenue Violette. Après Séraphine en 2009, Martin Provost dresse le portrait d’une écrivaine dont le manque de notoriété n’a d’égale que le talent.

Le cinéaste a décidé de ne conserver que 20 ans de la vie de Violette Leduc : De la fin de la guerre en 1944 au succès en 1964 avec La Bâtarde. Vingt longues années durant lesquelles, elle va se confronter aux difficultés du processus créatif, aux coupes dans les manuscrits par les maisons d’édition, à la solitude de l’écrivaine etc. Affublée d’un faux nez, Emmanuelle Devos (Grraou!) interprète Violette Leduc. Cette dernière aura l’immense privilège d’être la protégée de Simone de Beauvoir (superbe Sandrine Kiberlain). Cette dernière, en pleine écriture de l’essai féministe français du XXème  (Le Deuxième Sexe parait en 1949) sera bouleversée par la lecture de son premier manuscrit, L’Asphyxie et décidera de l’aider à sa publication en 1946. Cette relation permettra à Violette de pénétrer le milieu littéraire mais aussi à pousser plus loin sa pensée et de révéler la condition des femmes (avortement clandestin, homosexualité cachée…). Éblouie par les lumières de la philosophe au bandeau, Violette Leduc en tombera amoureuse sans retour et sur les conseils de celle-ci, expose cet amour dans L’Affamée en 1949.

La réserve, la minceur et la sévérité de Simone de Beauvoir détonne face à l’extravagance, la volupté et la passion qui dominent Violette. Elle se plonge à corps perdu dans l’écriture comme dans son désir. Violette aime sans distinction de genre, est attirée par la peau, la chaire, l’odeur et aime à être aimée… Elle se heurte pourtant au refus régulier de son corps, de ses écrits et de son envie.

Malgré la dureté de l’ après-guerre (Violette vit de marché noir), elle gravite dans un milieu littéraire et intellectuel parisien qui la bercera non d’illusions mais d’idées et d’avancées. Amie de Jean Genet qui lui dédicacera Les Bonnes en 1947, elle a été poussée à l’écriture par Maurice Sachs (auteur homosexuell, fusillé en 1945 en Allemagne) qui ne supportait plus ses jérémiades et lui conseilla de mettre ses angoisses sur papier.

Enveloppée d’ angoisses dans la noirceur parisienne (traduite par les costumes des personnages), Violette s’épanouira entièrement à Faucon, un village de Provence où la lumière domine, les couleurs éclatent et la vie renaît. Tonique, loin des larmes, Violette détale dans les montagnes du Sud de la France, se découvre et affirme sa pensée. La caméra absorbe cette lumière comme Violette absorbe son énergie afin de la transformer en création.

Il faudra vingt longues années de travail ardu, de retouches multiples, d’écriture nocturne pour que Violette accède à la notoriété, à 57 ans, huit ans avant sa mort. Martin Provost parvient à exposer cette réflexion et cette avancée artistique (puisque Violette mêle féminisme et lyrisme) sans tomber dans l’ennui de longues scènes d’écriture. La voix-off offre au public quelques bribes de sa plume avec parcimonie, suffisamment pour avoir envie de dévorer son entière bibliographie.

 (La véritable Violette Leduc)

Le monde de Violette est un creux dans lequel on se réfugie avec douceur malgré les déchirements et les affres de son cœur.

NB : En 2013, exit les coupes dans le texte, on réédite les ouvrages de (et sur) Violette Leduc, à dévorer, donc :

Aux Éditions Gallimard : L’Affamée (Folio n°643); Ravages (Folio n°691); Thérèse et Isabelle (Folio n°5657);La Bâtarde (L’Imaginaire n°351)

Aux Éditions Stock :Violette Leduc Éloge de la Bâtarde de René de Ceccatty.

Aux Éditions Grasset : Violette Leduc de Carlo Jansiti.

Violette de Martin Provost, France, 2013, 2h19.

Copyright photos : TS Productions 3

Angie

Angie

Caution bisexuelle de BBX, Angie écrit sur le cinéma et les arts. Mais en vrai, elle aime surtout les paillettes et les sequins dorés. Twitter : @angelinaguiboud

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6 Comments

  1. Artemisia.g says:

    Ah Violette Leduc… J’ai 19 ans et des poussières, je me pose plein de questions sur ma sexualité et là je lis “Thérèse et Isabelle”… A l’époque je suis bouleversée par l’écriture mais aussi, et surtout, par la description fiévreuse, crue, intense, brûlante de la passion sexuelle entre les deux jeunes pensionnaires (et quand elle écrit ça on est en 1954…). Pour la première fois, je lisais une femme qui transcrivait de manière palpable, charnelle, et avec un talent énorme évidemment, du sexe lesbien, sans les chichis et le romantisme habituels. ça m’a excitée, ça m’a ouvert des possibles. J’ai adoré ses autres romans mais ma préférence ira toujours à “Thérèse et Isabelle”….

  2. timide says:

    yes yes yes ! :-)

  3. maddy says:

    merci Angie car ton article tombe à point nommé. je me demandais quoi lire en ce moment. c’est tout vu ce sera Thérèse et Isabelle. J’en ai déjà l’eau à la bouche, grâce aussi au commentaire d’Artemisia.g

  4. Sarah says:

    Violette Leduc <3

  5. Brunette Localicious says:

    Sandrine Kimberlain en Simone <3 …
    Et Emmanuelle Devos aussi, pour pas faire de jalouses <3 !

    Et sinon, la réplique culte du film :
    "C'est le Mont Ventoux, qui nous protège de tout. " – fou rire de la salle, et il ne fut pas le seul.

  6. Bernie says:

    Très beau film. La photo est sublime et tous les personnages sont brossés en profondeur. Emmanuelle Devos et Sandrine Kiberlain sont extraordinaires. Et en effet, Sandrine Kiberlain en Simone… Ca donne envie de lire Thérèse et Isabelle mais aussi l’Affamée!

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