Chateau-en-Italie

Un château en Italie, Valeria sur le divan

Au dernier Festival de Cannes, Valéria Bruni-Tedeschi (fille de, sœur de, mais pas que) faisait ironiquement la surprise d’être la seule femme réalisatrice présente en compétition officielle. A l’époque on se disait que c’était mieux que rien. Maigre consolation. Mais Valérie Bruni-Tesdeschi s’en tire finalement plutôt bien. On ravale notre mauvaise langue et on vous donne trois raisons d’aller voir le film.

Parce que c’est drôle de voir des aristos souffrir

Quand on connaît un peu la filmographie de Valéria Bruni-Tedeschi, en tant que réalisatrice du moins, (Il est plus facile pour un chameau, Actrices) on se dit que voir un énième film de bobos, avec des personnages bobos qui se regardent le nombril en dissertant sur l’Amour, le spleen et le prix des clopes, c’est moyennement alléchant comme soirée cinéma (et qu’on se referait bien la Vie d’Adèle par désespoir de cause). On souffle d’ennui, on rumine histoire de bien faire connaître son état d’esprit, on s’assoit et puis cinq minutes plus tard on se surprend à ricaner devant une scène se déroulant à l’intérieur d’un monastère avec une histoire de chapelet et un train qui va partir.

Parce que le casting vaut son pesant de jolies filles


Un château en Italie pourrait se résumer en quelques mots-clés. De la religion, trois femmes (plutôt jolies dans leur genre) et le fameux château en Italie. Mais pas que. C’est également un frère, Ludovico, (Filipo Timi) charismatique et clauquediquant, qui, atteint du sida, fait écho à la mort d’un autre frère, celui de Valéria Bruni-Tedeschi, décédé quelques années plus tôt dans les mêmes conditions. On y croise également Louis Garrel, en petit-ami boudeur, le cheveu gras et la répartie mi-sarcastique, mi-maussade (et encore je suis gentille), faisant ce qu’il sait faire de mieux : du Louis Garrel. Pour finir, on aurait presque pu les oublier mais cela aurait été une grave erreur. Qui ça ? Céline Sallette et Marisa Borini. On s’émoustille de retrouver notre chère et tendre Céline Sallette (L’Appolonide, Les Revenants), actrice française à la gouaille de parisienne à vif et mal lunée qui nous fait une entrée à vous faire bander un mort, minaudant en robe blanche et virginale sur une reprise de My heart belongs to daddy. Qu’elle descende un escalier par la rampe ou avance à quatre pattes par terre, on approuve, une fossette de chaque côté de la bouche. Quant à Marisa Borini, mère de Valéria (et Carla Bruni) dans chacun de ses films, on retrouve dans ses traits la beauté et le charisme de ses deux filles réunies ainsi que des mimiques de mère italienne qui donnent envient de s’expatrier.

 

Parce que 40 ans c’est le bel âge

Ce qu’on remarque également c’est qu’à quelques détails près, Un château en Italie fait un peu figure de film à tendance psychanalytique. Sauf que ce n’est pas Valéria Bruni-Tedeschi qui est allongée sur un divan rouge mais le spectateur. Alors on la regarde, on l’écoute. A travers son personnage et le scénario (co-écrit avec, *petite courbette*, Noémie Lvovsky) on commence à s’éprendre d’elle. Cinquantenaire plus que triomphante dans la vie et quadra glorieuse dans le film, Valéria Bruni-Tedeschi fait partie de ces actrices qui s’améliorent avec le temps. Tout comme Chiara Mastroianni et Emmanuelle Devos, on se dit qu’il a presque fallu attendre de les voir rentrer dans la quarantaine pour que ces femmes s’épanouissent autant physiquement que par leur jeu d’actrice. 
A travers les quatre saisons, d’aller-retour entre l’Italie, Paris et Londres, on observe la vie fictive (et pourtant tellement réelle) de Louise/Valéria, ex-actrice aux tracas envahissant : le sida qui grignote sauvagement la vie de son frère, un désir presque vital de se faire inséminer, une relation à la fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis avec un julot de 20 ans son cadet qui n’a pas tellement envie de construire une vie de famille… Sans parler des tergiversions liées à la vente du fameux « château de papa », héritage italien que la famille bourgeoise rechigne à vendre. La vie de Louise est compliquée, c’est le moins que l’on puisse dire.

Contre toute attente, il se mange en une seule bouchée. Nul besoin de regarder distraitement l’heure passer sur son portable, on se laisse convaincre par le regard attendri de la réalisatrice sur son personnage. On s’attache et on envie Nathan/Louis Garrel de s’essayer maladroitement à des techniques de dragues foireuses. On rit de le voir se poser à califourchon sur le ventre de Louise, tout en lâchant en l’air des répliques bien choisies et en s’affairant à arracher une robe qui ne demande que ça. Petit veinard.

 

An Si

2 Comments

  1. caroline says:

    complètement d’accord avec cette lecture du film !!! je ne l’ai trouvé effectivement pas “fascinant”, pas tant d’” histoire” , mais tout simplement narrant la VIE de ses protagonistes, leur véracité , leurs maladresses. Au final on en retient une forme d’humanité , dépeinte avec jsutesse. . comme (très) souvent, ce que réalise l’excellente Llovsky (Camille redouble, la vie ne me fait pas peur).. dont j’ai revu récemment “Oublie moi” ,avec déjà Valéria Bruni- Tedeschi, Laurent Grévil et la géniale Emmanuelle Devos, tous très (très) jeunes. A la sortie de leur fémis, idem Desplechins. Et effectivement la “mère” des Bruni Tedeschi est très convaincante. Tout comme le frère. A voir; un moment sympathique, où l’on peut difficlement s’empêcher de rire, en prime, aux éternels aller retours merdiques de la looseuse (et de ses amis, non moins loosers qu’elle! … .

  2. timide says:

    enfin, en soi, je tiens à remarquer que le point de vue de l’article d’An Si est d’une façon concrète, plus intéressante que l’idée de voir le film en lui-même.

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