Zanele

Zanele Muholi, du queer en Afrique

Du 2 au 8 novembre, la Gaîté Lyrique invite la photographe noire, lesbienne et féministe Zanele Muholi à partager son travail. Au programme : rencontres, expo photos et installations.

Zanele a l’oeil affuté et les épaules solides. Heureusement d’ailleurs, car l’ Afrique en Sud est loin de ressembler à cette «nation arc-en-ciel» fantasmé par l’archevêque Desmond Tutu. Le rêve d’une société post-raciale, ayant dépassé les divisions de l’Apartheid pour bâtir une nation égalitaire est loin. En Afrique du Sud, plus de 500 lesbiennes sont assassinées chaque année (mais combien de meurtres ne sont pas recensés?), et des milliers subissent le “corrective rape”, le viol “correctif” sensé les ramener à l’hétérosexualité. Des pratiques effarantes parfois soutenues par les églises ou de supposées traditions tribales.

Zanele a fait le choix de traiter le douloureux sujet de l’homosexualité en Afrique du sud pour dénoncer les crimes faits aux femmes en guise de punition, mais également pour exposer un quotidien et une intimité chaleureuse où les sentiments sont purs. Elle montre et défend les femmes lesbiennes des différents villages zoulous d’Afrique du sud, mais aussi du Malawi et d’Ouganda. Elle réalise des portraits de femmes, en formes et en couleurs, qui s’aiment dans l’intimité : des baisers, de la tendresse, des sourires. Son ambition : montrer le bonheur de ces femmes amoureuses.

C’est sa manière d’éduquer le regard : tous ses clichés ont une visée pédagogique car la photographie est, selon elle, un médium sans artifices, compréhensible et accessible à tous, sans distinction de classe, de couleur ou de sexe.

La photographie est aussi utilisée comme un exutoire, un endroit où Zanele peut exprimer ses frustrations. Pour elle, les clichés ethnographiques des natifs pris par les colons sont vides de sens et superficiels. Contre ces photos sans âmes, Zanele reprend son droit d’écrire l’Histoire. Elle fixe donc la réalité, sa réalité, dans des instants privilégiés avec sa communauté et sa population.

Il est très compliqué d’imaginer que dans le même pays s’applique et une grande liberté envers les couples homos (le mariage y est autorisé) et la loi du viol correctif. Zanele Muholi tente de briser le tabou queer dans cette société qui est à la fois très démocratique, égalitaire juridiquement et d’une homophobie sans limite. A quoi servent les lois si personne ne les respecte ? La discrimination et le rejet des homosexuels sont profondément ancrés dans les mœurs de la population. Armée de son appareil photo, Zanele tente de faire changer les regards, de les éduquer en dénonçant les crimes mais surtout en montrant l’épanouissement qu’on peut trouver dans la différence.

Samedi dernier, l’émission Tracks consacrait un reportage à l’artiste. À 18’07.

Le dévouement qu’elle porte à son pays et à ses sœurs est impressionnant : elle organise des ateliers workshop pour enseigner les techniques de prise de vue photographique, des expositions et dernièrement, elle a même créé une équipe de foot féminine queer !

Si son combat est personnel est né d’échanges avec la communauté queer, elle s’inspire aussi de sa propre histoire, son enfance en Afrique du Sud pendant l’Apartheid, dans un township en tant que lesbienne. Son regard nous interpelle et cherche à sensibiliser aussi bien les africaines et africains que les occidentales et occidentaux à la situation des femmes, des lesbiennes, des «queers» et des noir-es.

Zanele sera présente samedi 02 novembre à 14h30 à la Gaîté Lyrique pour parler de l’émancipation des LGBTI en Afrique du Sud.

Le site web de l’artiste :www.zanelemuholi.com

Jay

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5 Comments

  1. timide says:

    j’ai vu l’expo à l’espace canopy l’année dernière.

    je trouve qu’il y a effectivement des clichés techniquement très bien fabriqués, avec une façon technique qui apparaît totalement quand il s’agit de faire de la photographie.

    j’ai pensé que le sujet donc, les lesbiennes noires d’afrique du sud, accroche parfaitement la lumière et c’est un choix judicieux de la part de z.m d’avoir choisi et trouvé l’art de la photo comme mode d’expression pour la cause qui lui tient à coeur.

    mais, pour moi, le gouffre (notamment sur internet) demeurera trop béant pour comprendre réellement le sens du combat de z.m et de ses sisters africaines dans leur pays, sur leur continent.

    plus globalement, je crains la récupération du travail au détriment du réel avancement de la cause.

  2. Cec says:

    @timide
    Bonjour. Est-ce que tu peux développer? Je ne comprends pas à quoi tu fais allusion en parlant de “récupération du travail au détriment du réel avancement de la cause”… Récupération par qui, pour quoi?

  3. Tomate Verte says:

    @ Cec et Timide. Sur cette question d’une éventuelle récupération, voilà comment je la comprends : Z.M. fait de belles photos ; on lui organise des expos un peu partout ; nous allons voir l’expo, nous admirons, et nous ne connaissons ni ne comprenons rien à la situation des femmes lesbiennes d’Afrique du Sud ; les journalistes font un papier sur l’expo ; les galeristes et les musées se font un peu d’argent ; je mange des petits fours au vernissage, je discute avec des copines, je fais le tour de l’expo, et je rentre chez moi m’occuper de mes petites affaires de blanche occidentale. Au bout du compte, les blancs ont bonne conscience d’avoir œuvré à la diffusion des photos, et les noires restent encore dans leur merde. Rien n’a bougé, en fait. Vrai ou faux ?

  4. indiegirl says:

    J’ai vu ses photos sur le net,elles sont sublimes.A priori ZANELE ne se définie pas comme artiste en 1ere ligne elle veut montrer informer par le biais de cette visibilité photographique lesbienne,gay,bi,trans d’afrique du sud.Etre visible au sens large pas uniquemement pour la communaute homo;faire avancer les mentalités pour certaines personnes il ne faut pas oublier q’elles ne s’imaginent pas qu’il y a une communauté LGBT en Afrique du Sud.Elle été cambriolée on a éssayé de voler ses clichés chez elle en afrique du sud.Maintenant il est certain que l’on ne peut pas etre insensible à la condition de la communauté LGBT Sud Africaine.J’ai envie de dire tant mieux.Perso je serais à la Gaité Lyrique samedi.

  5. timide says:

    @Tomate Verte,

    j’en profite qu’un commentaire relance mon intérêt pour cet article pour te répondre finalement.

    ton interprétation en est une parmi tant d’autres et même si je trouve qu’il pourrait y avoir comme une sorte de confusion (ou peu de nuance, voire pas de nuance) dans ce que tu écris, personnellement je la respecte (ton interprétation). et je pense même que c’est vrai.

    mais, c’est pour cela que c’est intéressant de regarder, percevoir et comprendre son travail à travers sa parole queer, parce qu’elle s’identifie queer, black, lesbian, and sportivist. un portrait si original dans le paysage singulier de la diversité homosexuelle.

    c’est tout un programme. d’ailleurs, je l’ai rencontré une fois à l’espace canopus, à l’occasion de son expo (pub sur yagg): “being”. tu étais là d’ailleurs. ;-)

    zanele muholi, une artiste que je recommande.

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