prostitution

Les travailleurSEs du sexe dans la rue

La proposition de loi de lutte contre le système prostitutionnel a été déposé par le groupe socialiste le 10 Octobre dernier à l’Assemblée Nation. Les travailleurSEs du sexe sont furieuxSES. Pourquoi ?

Du dogmatisme, du paternalisme et de l’idéologie du législateur.

Avant de rentrer de plain-pied dans le grand bordel qu’est cette loi renforçant, je cite « la lutte contre le système prostitutionnel », intéressons-nous d’abord à son cadre.

S’il est un sujet qui divise -plus que les autres- les féministes en France, c’est bien celui des trvailleurSEs du sexe. Cette bataille, dont le dénouement partiel se jouera fin novembre prochain à l’Assemblée Nationale est de toute évidence éminemment idéologique.

Ce n’est un secret pour personne, en France, il existe depuis la victoire de François Hollande, un ministère des droits des femmes. Le hic c’est que dans ce ministère, il y a des femmes, certes et heureusement, mais des femmes (et des hommes) qui partagent le même prisme de pensée. Vous me direz que ce n’est pas inhérent à ce seul ministère et vous aurez raison. Sauf que dans le cas de cette proposition de loi, ce constat n’est pas de trop.

La principale scission qui s’opère dans ce débat découle de la réponse à cette question : L’abolition de la prostitution est-elle moralement souhaitable ? Oui, répondent les locataires de la rue Saint-Dominique ainsi que le tissu associatif dont elles se sont parées à un moment ou l’égalité n’avait pas encore de grade ministériel.

Nous y sommes. Statuer sur la valeur morale de la prostitution, dans une « démocratie » ne peut être l’affaire d’un appareil étatique.

Surtout quand l’appareil en question abrite une pensée qui jamais ne tutoie, qui jamais n’intègre les protagonistes du « drame » qu’elle veut renverser. Si, pardon, lors d’une ou deux tables rondes pour se donner bonne conscience.

Si même l’épreuve de sa propre réalité ne peut servir de motif pour être entenduE, en d’autres termes, si la parole des putes ne vaut pas un clou du confortable fauteuil de Madame Belkacem, c’est qu’on considère là-haut qu’une « petite » condition appelle une « petite » tête …

L’approche abolitionniste vise à ce que les personnes victimes de la prostitution et du proxénétisme qui le souhaitent puissent sortir de cette situation de violence et entreprendre leur réinsertion et accéder à la vie qu’elles souhaitent » d’après le rapport ayant servi de base à la proposition de loi.

Prostitution VS Proxénétisme.

 Non seulement, cette phrase -qui résume presque à elle-seule l’esprit de la loi- est une insulte adressée aux travailleurSEs du sexe qui aiment leur métier (si si ça existe) et dont on fait des victimes malgré-elles, malgré-eux mais en plus elle fait apparaître une énorme confusion. Confusion qui traverse toute la proposition de loi : entre la prostitution et la traite des êtres humains…

La prostitution est le fait d’avoir des relations sexuelles moyennant rémunération. Soit. Ouvrons une parenthèse : du coup pour aller au bout de sa logique vu que son but final est de tuer la prostitution à la racine, la proposition de loi devrait intégrer un article du genre : tout homme qui emmènerait une femme au restaurant dans l’unique optique d’avoir des relations sexuelles consenties avec elle est passible d’une amende de 1500 euros.

Au-delà de cette parenthèse, la position abolitionniste française touche à une liberté fondamentale. Sa caution ? « Toutes les études s’accordent sur le fait que les personnes prostituées sont victimes de violences particulièrement graves qui portent atteinte à leur intégrité physique et psychique. » (Extrait de l’exposé des motifs de la proposition de loi).

Passons sur l’argument d’autorité (Toutes les études ? Quelles études ? Qui les mènent ?…) et usons plutôt d’un peu de logique : toutes les heures, 9 femmes sont violées en France. La meilleure façon de lutter contre le viol n’est-elle donc pas d’interdire purement et simplement aux gens d’avoir des relations sexuelles ?

Evidemment non, et c’est là où apparaît l’énorme confusion, la proposition de loi ne se gênant pas pour systématiquement mettre prostitution et proxénétisme dans le même sac, pour systématiquement leur imputer les mêmes conséquences.
Ce n’est pas parce qu’une pratique donne lieu à des dérives qu’il faut la tuer. Beaucoup argueraient que ce n’est pas n’importe quelle pratique sauf qu’ils le veuillent ou non, avoir des rapports sexuels rémunérés et bien sûr consentis est une liberté dont un Etat de droits ne peut priver ses citoyens.

Tuer la prostitution, c’est tuer les travailleurSEs du sexe.

Elles se trompent d’ennemis. L’ennemi n’est pas la prostitution, les ennemis sont les dérives qu’elle engendre. Les ennemis sont ceux qui tiennent les rennes du « système prostitutionnel ». Ce sont les réseaux qui se déploient autour. Nous sommes tou-te-s contre la traite des personnes, contre l’appropriation d’un corps sur lequel on spécule. Le problème, c’est qu’aujourd’hui , on veut nous faire croire que la seule façon de lutter contre le proxénétisme, c’est d’abolir la pratique qui le nourrit.

Elles se trompent d’ennemiEs : tenter de tuer la prostitution, c’est d’abord tirer à boulets rouges sur les travailleurSEs du sexe. Cette proposition de loi ne fera que les isoler et les exposer à davantage de risques car obligéEs de travailler dans la clandestinité.

Je suis intimement persuadée que si l’on demandait à cette « immense » majorité qui souffrent de troubles physiques et psychiques si elle trouvait son boulot répugnant, elles/ils répondraient que ce qui est véritablement scandaleux c’est de payer des impôts et de ne pas pouvoir bénéficier du droit commun. Ce qui est révoltant c’est la non-reconnaissance de ce métier. Ce qui est blessant, c’est que pute rivalise avec pd pour la première place au top 3 des insultes françaises. Ce qui est sidérant, c’est qu’au lieu d’avoir des politiques actives de lutte contre le proxénétisme, on pénalise les clients en invoquant l’immuable règle du marché : pas d’offre équivaut à pas de demande.

En attendant les débats qui devraient commencer le 27 Novembre prochain à l’Assemblée Nationale, une grande marche nationale contre la pénalisation des clients aura lieu le samedi 26 Octobre à partir de 13h au départ de la Place de Clichy. ICI.

Rania

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7 Comments

  1. Artemisia.g says:

    Un point juste survolé dans l’article: le projet de loi est particulièrement discriminant à l’égard des femmes étrangères. Pour espérer obtenir un permis de séjour de 6 mois (!) et une petite alloc de 450euros (!!!!) celles-ci devront dénoncer leur proxénète (parce que selon le PS et certaines féministes seules les femmes françaises et plutôt blanches, hein disons-le, peuvent éventuellement choisir la prostitution, les femmes étrangères sont forcément de “pauvres filles”, selon le mot de Christine Le Doaré, éternelles mineures et victimes) mais aussi se faire suivre, principalement par les cathos du Mouvement du Nid, pour prouver qu’elles ont arrêté la prostitution (mais oui, en pleine crise, avec 450euros pour vivre et pas de boulot en perspective!). Belle manœuvre de Valls pour augmenter ses quotas d’expulsions d’étrangèrEs en situation irrégulière! Et il y a encore des féministes pour soutenir un projet aussi nauséabond!!!!!

  2. Artemisia.g says:

    Et sinon, en l’occurrence, dans la logique du gouvernement, c’est pas plutôt “pas de demande, pas d’offre”? ;)

  3. Aupe says:

    Oui, en l’occurrence, c’est l’inverse. Mais merci pour cet article Barbieturix.

  4. PKRT says:

    En reponse a Artemisia: vous vous etes mal renseignée, cette loi est deja en place, cf le code penal:

    http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000006335130&cidTexte=LEGITEXT000006070158&dateTexte=20091220

  5. Artemisia.g says:

    @PKRT
    Vous avez entièrement raison, et c’est là la grande perversité de ce projet de loi! Qui fait passer pour “sociales” et “conçues pour les prostituées” des mesures qu existent déjà! Donc cette loi c’est du tout répression et 0 volet social (d’façons y a plus de thunes…), mais le gouvernement socialiste essaye de nous faire croire qu’il s’intéresse réellement à la situation des femmes! Les mesures sociales préconisées pour “aider les prostituées à sortir de la prostitution” ne s’adressent en réalité qu’aux femmes en situation régulière! Or selon le rapport Ollivier les femmes étrangères représenteraient 90% (oui ils font pas dans la dentelle quand il s’agit de chiffrer à la grosse louche) des prostituées! La seule solution pour les étrangères: dénoncer leur proxénète (ce qui n’est pas une nouveauté, mais cela s’applique à touTEs les personnes en situation irrégulière portant plainte contre quelqu’un qui a commis des atteintes à l’intégrité physique ou psychique de leur personne).

  6. Jeanne-Emilie Asplanato says:

    La loi est laxiste concernant les proxos…. trop. Il y a pas d’excuses à trouver a ces mecs ni de circonstances atténuantes…Que les flics et la justice au lieu de pourrir la vie des travailleuses (rs) s’en prennent à l’échelon du dessus. Si certains proxos prenaient les peines maxi pour leurs actes, cela dissuaderait sans doute du monde. RIEN ne doit excuser la violence faite aux femmes ou aux travailleuses (rs)
    Des clients il y en aura toujours et il y aura toujours des travailleuses (rs). Il faut qu’il est un équilibre juste. Pour cela doit on faire comme en Allemagne ou des regles hyper strictes sont établies pour les maisons ? Malgré cela il y a toujours le probleme de la traite des filles de l’Est et d’ailleurs.

    Des solutions remarquables il en existe… mais ce sont aux professionnelles(ls) de les exposer, de dire ce qu’elles veulent vraiment. Faire une étude large complète et profonde du travail du sexe s’impose.

  7. PKRT says:

    C’est vrai, j’ai pas lu le projet de loi donc il y a surement un truc qui m’echappe a ce niveau la. Mais je crois quand meme que le but principal n’est pas de faire sortir les femmes de la prostitution, c’est surtout de le decourager a y entrer et de decourager les hommes a y faire entrer les femmes en se posant comme “clients” (je sais pas si ma phrase est tres claire…).

    Quoi qu’il en soit ces positions n’ont rien de nouveau, la France est un pays officielement abolitionniste depuis 1960, ce loi ne fait que suivre une ligne politique qui ne date pas d’hier, basée sur le fait que nous (les Francais hein) considerons que la prostitution est une forme de violence, qu’il s’agit de prostitution choisie ou forcée. Apres bien sur on est d’accord avec cette position ou on ne l’est pas, ce que je veux dire c’est que ce projet de loi ne devrait surprendre personne puisqu’il n’apporte rien de fondamentalement nouveau d’un point de vue ideologique.

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