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La Vie domestique : mais où donc est passé le combat féministe ?

C’est un film contemporain mais on aimerait qu’il ne le soit pas. C’est l’histoire de femmes mais l’on aimerait que pas seulement. C’est l’histoire d’une impasse, certes boisée, certes bordée de maisons huppées mais qui ne mène à rien. Ah si pardon ! Aux enfants qu’on amène le matin, aux traces de tasses à café qui font tâche sur la table de designer, aux pots de confitures rangés dans le frigo américain, aux dîners où on se fait « chier comme dans une réunion de copropriété ». Le décor de La Vie domestique, dernier film de Cécile Czajka adapté du roman de Rachel Cusk, Arlington Park s’est planté.

Juliette (Emmanuelle Devos <3), Inès (Héléna Noguerra), Marianne (Natacha Renier) et Betty (Julie Ferrier) sont quatre femmes au foyer qui vivent enfermées dans une féminité qu’on rêve de voir décorsetée depuis qu’Olympe de Gouges, Simone de Beauvoir et Judith Butler (j’en passe bien sûr et des meilleures) ont pris leur plume pour dénoncer.

La première scène laisse d’ailleurs perplexe. Un diner, deux couples. Les hommes parlent de leur métier. Le mari de Juliette, proviseur dans un lycée public, reste muet aux attaques répétées de l’autre mâle du foyer qui lui assène ses grandes vérités. En vrac, qu’il n y a rien à faire pour ses pauvres élèves, retardés par des « Mouloud qui ne parlent pas français », que sa femme Juliette, ancienne prof qui tente de trouver du boulot dans l’édition et qui anime un atelier de littérature pour des élèves en difficulté, « a raison de vouloir s’occuper » mais devrait « arrêter de parler ». Parce que c’est vrai les « femmes hargneuses » qui ouvrent leur gueule, au bout d’un moment  ça fait plus bander.

Au bout de 5 minutes donc on est déjà scotché(é) par le machisme qui se fera par la suite plus latent  surtout par la non-réaction des personnages féminins quant à un « destin » qu’elles semblent avoir accepté. C’est surtout cette inertie qui laisse songeur, cette aptitude à ne rien dire, ne rien faire, à désamorcer tout ce qui pourrait les faire avancer. Un rendez vous professionnel, un coup de gueule salutaire. Mais non, rien, désespérément rien. Il y a bien quelques mous agacées, quelques rebellions intérieures qui se font ressentir mais jamais rien de concret. Si, quand même, la mère de Juliette, qui jette un constat désabusé sur son passé. Qui a attendu jusqu’au crépuscule de son existence que « tout se mette en place », un mari, des enfants, une belle maison pour commencer sa vie. Mais au final c’est trop tard, le coche est passé.

Certes ces femmes ont un mode de vie qui peut nous paraitre lointain, une maison en banlieue, une carrière de femme au foyer et un chien. Un emploi du temps quotidien rythmé par les courses à faire, les cafés entre « copines » et les mouflets à aller chercher. Une vie que la plupart d’entre nous rêvent d’éviter à tout prix. Mais au final on se dit que ce n’est pas si loin de nous. Et ça donne envie de se bouger encore plus, de se battre pour être les femmes que l’on veut être, de ne jamais renoncer à sa vie pour sauver les apparences et rentrer dans les clous.

Au delà d’une esthétique somme toute basique, et d’un intérêt cinématographique limité, La Vie domestique dresse un constat banal, somme toute, mais alarmant du chemin qu’il reste encore à faire et fait taire définitivement tous et toutes celles qui disent que le combat féministe est derrière nous et qu’il n’y a plus rien à faire.

Margaux

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7 Comments

  1. Plume says:

    Et raison de plus pour ne pas chercher à reproduire (à tous les sens du terme !) ces formes sociales patriarcales, ni à nous les “réapproprier” : nous en deviendrions pareilles et nous tricoterions de telles vies de m….

  2. artemisia.g says:

    grammar nazie ;)

    “la non-réaction des personnages féminins quant à un « destin » qu’elleS sembleNT avoir accepté”

    “Il y a bien quelques mouEs agacées”

  3. pouetpouet says:

    Grammar nazie, c’est bien trouvé comme nom!
    Enfin pour ma part je soutiens l’auteur pour ses “s”, “nt” et “e” oubliés.
    Signé : Grammar Dyslexie (un oxymore somme toute :p)

  4. J'adore les huîtres says:

    Les filles, je vous propose d’arrêter les critiques cinéma . La vie d’Adèle était un magnifique et somptueux film. Et la vie domestique n’a rien d’un film “cinématographique limité”. Ah et puis j’oubliais, certaines lesbiennes habitent en banlieue, avec des vies de ce type. Parce que l’homosexualité féminine n’empêche pas de reproduire les stéréotypes de genre à l’intérieur d’un couple. Margaux, c’est qui chez toi qui fait les courses, le ménage et le linge? Sûrement la même personne. Le partage des tâches n’est pas rentré dans les moeurs….Et pas seulement hétérosexuelles.

  5. timide says:

    mais oui ! “je plussoie” (lol ) “j’adore les huîtres” (moi aussi, surtout quand elles ne sont pas laiteuses, et qu’elles ont un goût de noisette :-) ), la vie d’adèle est un film magnifique et somptueux, d’autant plus qu’en moins de 3 heures, ils ont réussi à nous caser l’expression : “crotte de nez”, il fallait le faire quand même !!!

    :-)

  6. Agnosie says:

    “J’adore les huîtres”, ce n’est pas parce que cet avis est divergeant du tiens qu’il n’est pas bon à prendre. La liberté d’expression qu’on nous balance à la tronche depuis des lustres est peut être toujours d’actualité ?
    N’ayant pas vu le film je ne peux juger de sa qualité mais il n’empêche que cet article permet de soulever quelques questions intéressantes.

    En ce qui concerne la conclusion de cet article, je suis d’accord avec le caractère alarmant de la situation (même si je trouve ce mot un peu fort). J’ai participé à un cours sur le genre et pour la majorité de la classe (une trentaine de fille et 3 garçons) les combats féministes n’étaient plus d’actualité. Pour eux, l’égalité était atteinte depuis quelques années déjà.

  7. Margaux says:

    Le partage des tâches n’est pas rentré dans les moeurs…” C’est bien cela que je dénonce J’adoreleshuitres”. Et ce n’était en aucun cas mon intention de prétendre à une pseudo supériorité des lesbiennes en la matière. La question que je voulais soulever ici et que le film montre bien c’est qu’il est dangereux de penser que le combat féministe est fini.
    Pour ce qui est des critiques cinéma, il n’est en aucun cas question d’émettre un avis définitif. Les avis divergents sont évidemment les bienvenus mais je pense que c’est justement toute la raison d’être de la critique.
    Pour finir, j’ai également trouvé que “La vie d’Adèle était un film magnifique (mise à part les clichés sur les lesbiennes et la vision hétéro-centré de Kechiche que je déplore). Mais je pense aussi que la critique de Rania était constructive et que tout avis argumenté est bon à prendre.
    J’espère qu’on arrivera à te faire changer d’avis sur la question en tout cas!

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