SprinkleCervixExam

L’atelier sexualités de Wendy Delorme et Louise de Ville

Jeudi 3 octobre 2013, 20h. À l’étage en bois de la libraire Violette and Co’, Louise de Ville et Wendy Delorme nous attendent chaleureusement pour un atelier Sexualités : Plaisir et connaissance de soi.

À l’heure où certaines féministes estiment qu’il est dépassé, ce temps où la révolution devait être sexuelle, on nous propose de partir à la découverte de notre corps, d’explorer notre sexe et d’en apprendre plus sur l’histoire de sa représentation.

À une époque également où l’on pense que le sexe est révolutionné, que la vulve s’est émancipée et que les femmes se sont libérées, je me suis rendue à cet atelier par curiosité, par goût de l’aventure, pensant tout de même et prétentieusement que je savais déjà tout sur ma propre vulve.

La veille, on nous avait envoyé un mail demandant d’apporter un miroir. J’avais rapidement en tête une image de ces femmes qui, dans les années 70 se rassemblaient dans un salon pour explorer leur sexe.  Une sorte de sororité. Je m’attendais à retrouver la même chose mais me demandais : « Ai-je vraiment besoin d’explorer mon sexe ? Est-il pertinent de le faire encore aujourd’hui ? N’est-ce pas dépassé ? ». Ces questions finalement qui n’avaient que brièvement traversé mon esprit car elles obtinrent rapidement une réponse.

Oui.

D’emblée, je sens une atmosphère particulière : nous sommes toutes là pour parler de nos vulves, pour en apprendre un peu plus sur leur anatomie, sur notre anatomie et sur son fonctionnement et non, nous ne savons pas tout. L’expérience est d’autant plus unique puisqu’elle a lieu en groupe. Je me suis rarement retrouvée assise au sol, les jambes nues, avec la possibilité éventuelle de foutre un miroir entre mes jambes pour y voir plus clair. En fait, c’est la première fois.

La réponse à mes questions trouvent rapidement une réponse dans les premières minutes où je me sens totalement à l’aise avec des inconnues qui, comme moi, vont peut-être écarter les jambes dans ce public là pour explorer leur sexe ou celui des autres femmes présentes.

C’est par un dessin que nous devons toutes faire de la vulve que l’atelier débute, s’en suit d’un dessin du clitoris, qui est l’amorce à une explication de son anatomie par Wendy et Louise. Elles précisent au passage les règles de respect d’autrui et ajoutent que toutes les orientations sexuelles sont évidemment les bienvenues, et qu’il ne faut pas oublier que le sexe n’est pas un enchainement de performances.

Alors que Wendy explique comment le sexe est formé, Louise le représente de façon très ludique avec son propre corps, version grandeur nature. Tout est finement expliqué avec naturel, humour et sans jugement. Et on apprend des trucs : ce qu’est concrètement l’éjaculation féminine, comment cela fonctionne, à quoi ressemble le col de l’utérus, où se situe l’entrée de l’urètre, les différents points G, les différents plaisirs et les différents orgasmes.

Après près d’une heure et demie de théorie et de conversations, Wendy nous propose de partir à la recherche de son col de l’utérus, et du notre, si nous le souhaitons. Trois femmes le font, speculum et lampe de poche, nous voyons ce que seulEs les gynécologues peuvent voir. On sent une forte émotion chez les femmes qui le font, et celles qui observent.

J’ai ainsi voulu en savoir plus sur le ressenti des femmes qui y ont participé :

« Quand j’ai découvert le principe de ce type d’atelier sur la page Facebook de Wendy, j’ai tout de suite accroché. Ayant vu le film/docu Two Much Pussy dans lequel elle avait participé, je savais qu’il y avait une chance qu’elle nous propose de passer le cap, c’est à dire de regarder notre propre cervix*. Et j’avoue que je n’étais pas très tentée de faire ça en public. Mais en fin de compte, l’ambiance chaleureuse et bon enfant du groupe a fait que je ne me suis pas posée plus de questions que “est-ce que j’en ai envie?”. Et OUI, j’en avais envie. J’ai trouvé l’atelier très bien géré malgré le peu de temps imparti (quel plaisir s’il avait pu durer deux heures de plus!). Je l’ai trouvé super car accessible à toutes avec un esprit d’ouverture et de partage bienveillant. J’apprécie beaucoup la démarche d’une découverte curieuse où chacune apprend sur soi à son propre rythme. Hâte d’assister au prochain atelier ! » J.

« J’ai trouvé que le côté “groupe de copines” que Louise et Wendy ont formulé dès le début a plutôt fonctionné, et ça donne envie de connaître mieux chaque fille présente. Je me suis sentie plutôt à l’aise pendant l’atelier, dans une ambiance simple, directe. Maintenant je me dis : vivement le prochain. » E.A.

« Et en fait, j’ai appris des choses à cet atelier ! Des choses que je ne savais pas (par exemple que l’utérus est une trompe qui plonge dans le vagin-chaussette – moi j’en étais restée à l’image des deux cavités avec un plafond troué entre elles). Ca m’a fait du bien de sentir qu’on parlait le même langage avec toutes ces personnes, qu’on partageait un truc fondamental. Un moment de… Sororité, on ne peut pas le dire mieux. Sans vraiment que ça soit exprimé, la conscience qu’on en a suffit, c’est l’idée qu’on partage une chose essentielle (les parties génitales féminines) et que même si on en a pas du tout la même expérience, on sait que ça a socialement conditionné pas mal de choses pour nous toutes. Louise et Wendy ont déjà une longue expérience de ce genre d’événement. Ca se sent. Elles dédramatisent le truc à fond. Ca m’a permis de passer le cap de la gêne à la fois pour parler de sexe en public et à la fois aussi, plus tard, pour me déshabiller et aller voir mon col de l’utérus. J’ai décidé de franchir le pas sur le moment car je me suis dit que j’étais entre des mains expertes (que toute seule chez moi je risquais de me faire mal). Ca a été un moment assez émouvant, de voir ce qu’avant moi seuls quelques médecins pas toujours bienveillants avaient pu voir et qui est l’une des choses les plus intimes. J’ai été à la fois heureuse de découvrir ça et fière de me le ré-approprier. J’en ai parlé à d’autres personnes après et elles semblaient très étonnées alors qu’au final, avec le recul, la démarche me semble toute naturelle. C’est vraiment dingue quand même, ces conventions. Bref, après l’atelier, j’en garde l’impression d’un moment de partage privilégié, d’une belle démarche, de quelque chose de sain aussi. D’un moment assez fort. » E.

L’observation du col de l’utérus en public n’est pas nouvelle, Annie Sprinkle l’avait déjà fait, notamment en 1991 lors d’une exposition à Brooklyn.

Nos moyens de prise de pouvoir sur nos corps et d’empowrement sexuel se renouvellent continuellement. La libération sexuelle n’est pas seulement un fait historique appartenant au passé et aux luttes féminités des années 70. Il faut constamment rappeler que les femmes sont les seules propriétaires de leurs corps et que le plaisir et cette puissance passent aussi par la connaissance de soi. C’est un rappel de tous les jours, une prise de pouvoir et une lutte continuelle, qu’elles soit faite de confrontations et de manifestations, ou de manière plus apaisée, comme à cet atelier.

L’atelier Sexualités de Wendy Delorme et Louise de Ville aura lieu tous les mois.

Voici la page facebook du premier.

 

Sarah

*Cervix: col de l’utérus

Illustration de couv: Annie Sprinkle à Brooklyn en 1991

Sarah

Sarah ne parle plus trop de cul ni d'amour d'ailleurs mais ses passions demeurent : féminisme, antispécisme, santé mentale et gingembre.

Plus d'articles

Follow Me:
Facebook

Be Sociable, Share!

Leave a Comment

*