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Laïla Marrakchi, une réalisatrice qui dérange

Marrakchi est sans conteste, la réalisatrice marocaine qui fait couler le plus d’encre dans son pays.

Formée à Paris III, en études cinématographiques et visuelles, elle a d’abord fait ses armes dans le court-métrage avant de s’attaquer aux documentaires, en signant coup sur coup Femmes en royaume chérifien et Derrière les portes du hammam en 2001. La France a dû attendre « Marock », sorti en 2005 et sélectionné dans le cadre d’un certain regard au festival de Cannes pour découvrir son travail. Aujourd’hui, elle revient avec un second long, intitulé Rock the Casbah en référence à la mythique chanson des Clash.

Qui est Laïla Marrakachi ? Ce qu’on peut dire d’emblée, c’est que Marrakchi  dérange. Elle dérange les puritains et les vieux-jeu. Ceux qui tiennent les rennes de l’industrie cinématographique marocaine. Filmer un baiser, même furtif, dans ce pays, peut vite se transformer en affaire d’Etat. Il en va, pour ainsi dire,  de la sûreté nationale. Les films de Laïla Marrakchi sont vécus comme une atteinte frontale et délibérée à l’ordre public.

Dans « Marock », elle ose LA scène. L’une des plus controversées de l’Histoire du cinéma marocain : un juif marocain couche avec une prostituée et cette dernière a l’air de prendre son pied. Le « tout » savamment recouvert d’une serviette, assez épaisse pour stopper la polémique au stade de la controverse…

Elle y a échappé belle et à plusieurs reprises. C’est qu’à vrai dire, l’œuvre de Marrakchi est une lumière braquée sur les non-dits. Les révélant à l’état de nature, elle les propulse dans des consciences souvent bernées par l’embrigadement. Ses sujets de prédilection ? Les excès de la jeunesse dorée, l’homosexualité, l’hérésie (le marocain naît musulman et se doit de le demeurer toute sa vie)…

Rock the Casbah, son deuxième long-métrage, sorti récemment est pour le moins ambitieux. Si le casting est de toute beauté (la libanaise Nadine Labaki (réalisatrice de deux pépites : Caramel et Maintenant, on va où ?), la palestinienne Hiam Abbas et le très grand Omar Sharif se partagent l’affiche) … Le rendu l’est moins. Mais ça, c’est une autre histoire.

Ambitieux, car une fois encore, Marrakchi filme là où ça fait mal : une alcolo qui se fait refaire les seins, une jeune starlette qui s’exile aux US pour épouser un réalisateur hollywoodien, une écorchée qui se suicide, un neveu homo… Les personnages sont tous plus sulfureux les uns que les autres. (Pour rappel, nous parlons du Marock).

Rock the Casbah est un film qu’il faut aller voir… Même si les critiques, sont à raison, peu dithyrambiques à son égard, il a au moins le mérite d’exhiber des réalités qu’on tait bien souvent dans le royaume chérifien.

Rania

2 Comments

  1. C’est surtout la difficulté d’allier modernité et traditions de la société marocaine qui pèse très lourdement sur la gente féminine, que la réalisatrice semble vouloir explorer. Elle le faisait d’ailleurs déjà dans son précédent film, Marock qui mettait en scène la jeunesse dorée du pays, très occidentalisée, mais toujours oppressé par le poids des coutumes ancestrales. La modernité, c’est à travers le personnage de la fille prodigue que la réalisatrice l’exprimera, partie en Amérique, pour faire du cinéma, alors que la tradition elle sera incarnée par les deux autres sœurs restées au Maroc. Entre poncifs, exagérations et accumulation de clichés le film ne fait qu’effleurer la notion qu’il tient tant à explorer.

  2. timide says:

    … “elle s’est opérer les seins, c’est sa révolution à elle …” lol ! :-)

    encore une fois, merci R. pour l’article, ça me donne envie de découvrir ce film mais où vais je le trouver précisément ?

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