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Slutwalk : “Un programme d’éducation sexuelle de toute urgence”

Samedi dernier se tenait la Slutwalk parisienne, marche féministe visant à dénoncer les clichés liés au viol, la culpabilisation des victimes de viol et le sexisme. Son organisatrice, Gaëlle Hym fait le point avec nous sur les revendications de la Slutwalk, et tire la sonnette d’alarme sur la situation française en matière d’éducation sexuelle.

Quel est le bilan de cette marche parisienne ?

Nous sommes très heureux des résultats de cette année, il y avait pas mal de participants : 230 personnes d’après la préfecture. Nous avons pu également envoyer des messages aux marches à l’international, créer des liaisons entre les villes participantes. La marche est assez longue, l’an prochain nous essaierons de mettre en place des animations, des ateliers. Il y avait une super ambiance et une vraie volonté, une énergie pour faire bouger les choses. La pétition  va atteindre les 1500 signatures cette semaine, les gens comprennent qu’il faut signer, nous y trouvons toutes nos revendications.

Quels sont les principales revendications de la Slutwalk ?

- Un programme d’éducation sexuelle de toute urgence

Ce que nous aimerions vraiment c’est que, rapidement le gouvernement mette en place un programme d’éducation sexuelle, de la même manière que la prévention dentaire avec le programme “Aime tes dents” (des rendez-vous de prévention dentaire, un site Internet, des campagnes de pub…). Une enfance sans carie c’est super, une enfance sans carie et sans violence sexuelle c’est encore mieux ! L’accès à la sexualité se fait via le porno, et nous ne pouvons pas être sur que quand on met son gamin à l’école on ne va pas lui mettre des images porno sous les yeux.

Il y a eu des cas cette année en maternelle, en primaire, nous aimerions vraiment qu’ils fassent quelque chose, notamment avec l’arrivée des smartphones. Une amie m’a raconté qu’on avait mis un smartphone avec un site porno sous les yeux à sa fille en CP. Un enfant de 6 ans à qui l’on montre des images de cette violence là, ce n’est pas gérable. Qu’est-ce que fait l’éducation nationale par rapport à ça ? La France doit rentrer dans le XXIème siècle, elle est complètement dépassée.Il faut réfléchir rapidement à comment protéger les enfants de ces nouveaux outils, qui peuvent être par ailleurs, tout à fait intéressants en termes éducatifs.

Les études montrent qu’au contraire des idées reçues, les enfants qui reçoivent une éducation sexuelle passent à l’acte de manière raisonnée et surtout plus tard. Ils résistent mieux à la pression du groupe quand ils connaissent les droits. Car en dehors de la culpabilité, de la honte, il y a le fait qu’on ne connaisse pas ses droits inaliénables. Souvent certaines personnes se sentent privilégiées,  leurs gamins sont dans une bulle et ils  ne se rendent pas compte qu’ils peuvent rencontrer des gens différents. Il y a un côté élitiste, naïf mais la violence se retrouve dans toutes les couches sociales. Ce n’est pas parce qu’on est avocat, gendarme, ou pompier qu’on est forcément quelqu’un de bien. 206 personnes sont agressées quotidiennement, et les violeurs ne sont pas forcément des mecs, et pas forcément des psychopathes. Si l’on veut avoir des gens capables de se défendre, il faut qu’ils connaissent leurs droits. Car actuellement il y a 90% des victimes qui se taisent, et sur les 10%, seulement 2% des violeurs sont condamnés.

Il faut que les campagnes de prévention françaises s’adaptent à la réalité, on a d’ailleurs établi sur Facebook un album avec les meilleures campagnes  réalisées.

- Des réformes du système judiciaire

Il y a plein de choses à revoir au niveau du système judiciaire français. La correctionnalisation du viol est une honte nationale, il transforme le viol en simple agression sexuelle. Le violeur n’est pas du tout considéré comme un criminel sexuel, il n’est pas traité de la même façon, pas le même suivi, c’est odieux pour les victimes. A Nantes par exemple, une jeune fille a fait les démarches pour porter plainte, elle avait des traces d’ADN, mais la police a mis des mois à faire les tests, entre temps son agresseur a violé 3 personnes.

- Des moyens pour agir dans les transports en commun

Il faudrait aussi des moyens modernes pour signaler les problèmes dans les transports, ce n’est pas être une balance mais c’est être un citoyen. Mais les gens ne peuvent pas jouer les superhéros, ça peut être très dangereux. Comme dans certains pays, il faudrait mettre à disposition des applications pour que quand il y a un incident, on puisse facilement sonner l’alarme sans risque.

Un mot pour la fin ?

Ce que j’aimerais surtout, c’est qu’un jour il n’y ait plus besoin de Slutwalk, et cela de mon vivant.

 

Si vous ne l’avez pas encore signée, on vous rappelle le lien vers leur pétition :
http://slutwalkfrance.tumblr.com/petition

Crédit photo : Rémy Lionne

Jude

One Comment

  1. Jeanne-Emilie Asplanato says:

    Coucou,
    Les chiffres sont édifiants. Faut-il aller vers le tout répressif et condamner encore plus lourdement les criminels? Aux États-Unis nombres d’états condamnent lourdement les violeurs, mettant au même niveau le crime de sang et le crime sexuel. Dans certains pays européens en revanche, il y a une réelle démarche pour favoriser une prise de conscience définitive du criminel. Quelle est la bonne solution ? Personne n’a réellement la réponse je pense. En revanche, l’éducation se fait dès le plus jeune age et l’éducation sexuelle doit venir relativement tot dans le plan éducatif parental. Ayant 3 enfants (eeeh oui…lol) je me suis portée très tot sur cette éducation là afin de permettre à mes enfants de réagir à ce qui est bon ou pas pour eux et surtout et là j’insiste pour qu’une prise de conscience s’opère par rapport à l’acte. Primo : l’acte en lui meme doit être un moment de partage et de plaisir réciproque. Deusio : c’est un acte ou l’on témoigne de la force de ce que l’on ressent à ce moment là pour l’autre. Tertio : le respect absolu de l’autre, de son désir, de son plaisir et de son intimité est essentiel. Mon fils est adolescent et en demande par rapport à cela. lui rappeler que son corps lui appartient à lui et lui seul et que internet est malsain car reflétant un coté pervers car accès sur l’argent, le plaisir, etc…
    Les assos ou les équipes sanitaires dans les écoles sont trop peu nombreuses (malheureusement) encore pour éduquer, informer et donner les bonnes clés à tous les enfants. Mais, responsabiliser les parents est fondamental, le monde éducatif et associatif ne peux pas se substituer aux parents.
    Mais en conclusion je trouve stupéfiant le manque (car c’est ainsi que je le ressens) de mobilisation. Cela prouve que le viol et l’agression sexuelle quelque soit sa forme, demeurent des actes mineurs dans l’esprit des gens… Affligeant.

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