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Cansei de Ser Sexy : “On a été très choquées de voir autant de gens contre le mariage pour tous !”

Les quatre brésiliennes les plus sexy de Sao Paulo reviennent cette année avec Planta, un quatrième album renaissance. CSS, depuis dix ans, fait tourner les têtes, se frotter les bassins, taper les talons, s’énerver les cheveux. Mais qui aurait cru que le départ en 2011 d’Adriano Cintra, allait offrir au groupe une seconde vie ? Personne. Et pourtant, Ana, Carolina, Luiza et la fameuse et délicieusement excentrique Lovefoxx reviennent en force avec un album on ne peut plus libérateur. Plus épurée, minimaliste mais aussi nettement plus lumineuse, la musique de CSS est à l’image de ses prêtresses. Entre vin, fromage, mariage pour tous, cuve à urine et sujets qui fâchent sans fâcher, nous les avons rencontrées quelques heures avant leur concert au Trabendo.

Vous avez écrit cet album à Los Angeles, c’est la première fois que vous écrivez et enregistrez en dehors de Sao Paolo non ?

Ana : Oui, c’est la première fois qu’on passe autant de temps à Los Angeles. Pour les trois albums d’avant on avait enregistré à Sao Paulo.

Et ça vous a fait quoi ?

Luiza : C’est quelque chose d’agréable. Le pays dans lequel tu écris un album est important. Quand on écrivait à Sao Paulo c’était différent, on connaissait, on avait notre famille, nos repères, nos habitudes. Là, on était à l’étranger, dans un endroit que l’on ne connaissait pas et je crois que cela nous a rendu plus libres.

Ana : Et le temps et les paysages nous ont beaucoup inspiré aussi, tout est très beau là-bas.

Lovefoxx : Et c’est vrai qu’il aurait été bizarre de faire notre album à Sao Paulo, on n’y est jamais au final. Puis nos musiciens, nos amis, notre producteur Dave Sitek, notre manageur, tout le monde était à Los Angeles.

Carolina : On vivait tous ensemble là-bas, c’était quelque chose de nouveau pour nous…

Ana : Oui, c’était vraiment une nouvelle expérience. On s’est dit “pourquoi pas ne pas vivre ensemble deux mois, écrire quelque chose et voir ce que ça donne ?”. Au final, ces deux mois se sont transformés en huit ou je ne sais plus, neuf mois ?

Lovefoxxx : Non, on était parties sur trois mois à la base non ?

Ana : Oui, c’est vrai. On s’est lancée là-dedans ne sachant pas trop ce que ça allait donner. Puis l’expérience s’est avérée tellement positive qu’on a décidé d’écrire l’album entier. Et c’est ce que l’on a fait.

Et Dave Sitek (TV On The Radio), vous l’avez rencontré comment ?

Ana : On cherchait un producteur pour notre quatrième album, et il est apparu qu’il avait exprimé l’envie de travailler avec nous.

Luiza : Oui, il a vu un de nos concerts un jour et il a dit qu’il voulait travailler avec nous. Du coup on l’a rencontré.

Carolina : Oui, il vient de lancer son label à Los Angeles, Federal Prism, il cherchait des gens avec qui travailler. Du coup il a pensé à nous, on était dans le coin, on est allé le voir dans son studio et on est tous tombés amoureux. Il nous a proposé d’enregistrer deux chansons et de voir ce qu’il en sortirait.

Luiza : Puis au final on a enregistré un album entier avec lui.

C’était quoi les deux premières chansons du coup ?

Ana : Drunk, elle n’est pas dans l’album, on la sort en single sur Federal Prism, mais en vinyle et en édition limitée. Et l’autre chanson c’est Frankie Goes To North Hollywood. Tout ça c’était pendant l’été.

Lovefoxxx : Puis au mois d’octobre, on est allées chercher nos affaires et on a toutes déménagé chez lui.

Avant le seul homme avec lequel vous travailliez était Adriano (Adriano Cintra, a quitté le groupe en 2011), maintenant vous avez Dave Sitek, comment vous vivez les choses ?

Ana : Une chose est sûre, Dave n’est pas là pour remplacer Adriano. Adriano était à la fois membre et producteur du groupe. C’est très différent de travailler avec un producteur qui ne fait pas partie du groupe. On a écrit les chansons puis on les a amenées à Dave pour qu’il les produises. Adriano et Dave ont des rôles complètement différents.

Et avoir un producteur qui ne fait pas partie du groupe, ça ne vous a pas faire vous sentir plus… libres ?

Lovefoxxx : Si, complètement. C’était comme faire partie d’un nouveau groupe, c’était comme une renaissance. Le départ d’Adriano a changé la dynamique du groupe tu sais, il était le compositeur principal.

Luiza : Du coup son départ laisse plus de place aux autres membres.

Lovefoxxx : Planta est le produit de notre travail à tous.

 

J’ai eu le sentiment que l’album était un peu plus épuré que les trois précédents…

Luiza : Tu as complètement raison. Dave a beaucoup contribué à ça. Parfois son travail consistait plus à retirer des choses qu’à en ajouter, il voulait garder seulement s’essence de notre première intention, ce qui est très différent comparé à comment Adriano travaillait nos morceaux.

Lovefoxxx : On l’aime vraiment beaucoup, on est très heureuses d’avoir pu travailler avec lui.

J’ai lu que pour vous, Planta était votre meilleur album…

Ana : Oui, et je crois que c’est le meilleur sentiment du monde. Quand tu finis quelque chose, si tu n’as pas l’impression que c’est la meilleure chose que tu aies jamais faite, quel est l’intérêt ? On n’avait jamais travaillé comme ça, partir de rien et évoluer dans une direction inconnue. Du coup il y a beaucoup de travail dans cet album, et beaucoup d”amour.

Lovefoxxx : C’était une expérience nouvelle, et très positive, on a beaucoup appris, on s’est amusé et tout était très léger. Tout était facile et vivant, ça coulait tout seul.

Donc quand vous avez commencé à travailler sur l’album, vous n’aviez aucune idée du résultat final ?

Luiza : Non, aucune. Maintenant, on avait quand même quelques envies : faire un album un peu plus électronique que les autres, par exemple. C’est le seul critère que l’on a eu.

Ana : Mais au final, on a toujours travaillé comme ça, on a jamais essayé de conceptualiser notre musique.

Et vous travaillez comment ensemble ?

Luiza : Oh ça dépend vraiment des chansons.

Ana : Carolina travaille beaucoup sur la production des morceaux, sur les beats, le rythme, sur ordinateur. Mais tu vois, on vivait ensemble quand on a écrit cet album, du coup, parfois on se mettait à jouer des trucs, comme ça

Lovefoxxx : On faisait des boeufs, on créait des chansons. C’est quelque chose qu’on n’a jamais fait

Vous n’avez jamais fait de boeufs ensembles ?

Luiza : Peut-être un peu pour le premier album, mais non, pas vraiment. Puis parfois, il suffit que je fasse une partie de la musique, quelqu’un d’autre continue…

Lovefoxxx : Ou parfois si je ne trouve pas de refrain, on laisse tomber et on y revient plus tard… Et sans concept, on voulait juste que la musique sonne bien. Ce que j’adore sur cet album est que chaque chanson a une structure bien à elle. On ne s’est pas enfermée dans un schéma linéaire. On s’est senti très libres, certaines chansons sont longues, d’autres plus courtes… C’était vraiment agréable et… rafraîchissant.

Et quand Adriano est parti il y a deux ans, vous avez pensé laisser tomber le groupe ?

Les quatres : Non, pas du tout.

Luiza : Tout le contraire en fait. Tout s’est mis à si bien marcher d’un coup…

Ana : C’était mieux pour tout le monde, du coup, toutes les quatre on a essayé de tirer avantage de son départ et de faire fonctionner le groupe aussi vite que l’on a pu.

Lovefoxxx : Oui, au final, ça a été notre plus courte coupure. On est rentrées de tournée, on s’est reposées pendant environ un mois puis on est parties à Los Angeles.

Et vous savez ce qu’Adriano pense de Planta ?

Ana : Non, on n’a jamais rien lu de ce qu’il disait sur nous sur Internet.

Lovefoxxx : Il a du écrire un truc sur l’album, c’est sûr.

Ana : Oui, mais juste après qu’il ait quitté le groupe, on est parties à Los Angeles, on a pas voulu être mêlées à tout ce qu’il a pu raconter, on a pas voulu rentrer dans le débat.

Luiza : Parce qu’on le connaît par coeur.

Carolina : Et on sait bien qu’on aimerait pas lire ce qu’il dit de nous, je ne pense pas qu’il dise quoi que ce soit de bien, donc…

Lovefoxxx : Tout ça c’est fini, ce qu’il dit, aujourd’hui, ne nous intéresse pas, on ne veut pas nourrir la polémique, cela ne sert à rien. On devrait tous passer à autre chose.

Ca fait dix ans maintenant que vous avez lancé CSS, c’est ça ?

Lovefoxxx : Oui, on avait toutes des amis en commun à l’époque, on traînait plus ou moins dans les mêmes bars et on s’est mises à faire de la musique ensemble.

Ana : Sao Paulo est une grande ville, mais la scène underground y est vraiment minuscule, c’est comme un quartier, du coup tout le monde se connaît, on se connaissait toutes plus ou moins de vue.

Carolina : Et maintenant, même quand on ne fait pas de musique, on traîne quand même ensemble. Ce qui n’est pas le cas de tous les groupes. Il y a plein de groupes qui ne traînent jamais ensemble. La plupart même.

Vous avez vraiment ce sentiment ?

Lovefoxxx : Oh oui la plupart des groupes qu’on connaît sont comme ça.

Ana : Oui parce qu’ils finissent toujours pas se saouler les uns les autres. On est brésiliennes, je suppose que ça change quelque chose, au Brésil on a cet espèce d’esprit familial où par exemple on va chercher un endroit pour dîner mais toutes ensemble, pas chacune de son côté ; pas tout le temps, mais souvent !

Carolina : Surtout qu’on est tout le temps à l’étranger, et il y a un tas de choses que seuls les membres de son pays, et dans ce cas-ci de son groupe, peuvent comprendre.

Ana : On a vécu beaucoup de choses ensemble, donc je crois qu’on a développé une sorte de sentiment… fraternel ?

Lovefoxxx : Oui, tout est très facile entre nous, on évite le plus possible les conflits.

 

On se posait la question, vous êtes très connues au Brésil ?

Ana : Non, on a beaucoup de fans là-bas, mais on n’est pas du tout mainstream, on fait encore partie de la scène underground.

Lovefoxxx : Nos fans sont très cools et drôles. C’est marrant parce qu’ils nous correspondent, on parle la même langue. On le voit bien sur Twitter par exemple, les mêmes codes gays ou queer.

Ana : Oui, la plupart de nos fans font partie de la communauté gay, de la communauté gay et underground.

Du coup, vous avez conscience d’être devenues des sortes « d’icônes » gays ?

Lovefoxxx : Oui, et ça correspond à notre manière de vivre. Notre public est tellement agréable, et cool, partout où l’on va, et je crois que c’est très lié.

Ana : Ce qui nous fait nous sentir bien. On a le public que l’on mérite. Les groupes de connards ont des connards de fans. Nous nos fans sont beaux, ils sont cools, ils sentent bons (rires).

C’est quoi votre meilleur souvenir en dix ans ?

Lovefoxxx : Rien que le fait de pouvoir voyager, parcourir le monde, c’est quelque chose de tellement extraordinaire ! On est privilégiées, peu de gens peuvent faire ça et de cette manière là. Quand j’étais petite je voulais être hôtesse de l’air, parce que je voulais voyager, puis ma tante était hôtesse de l’air, elle était très belle. Mais c’est bien mieux de faire partie d’un groupe que de passer sa vie dans un avion (rires), au moins tu n’as pas les jambes qui gonflent.

Ana : Puis on adore manger ensemble, du coup quand on voyage c’est une de nos activités favorites.

Lovefoxxx : On a pas mal de mauvais souvenirs aussi. Un jour on était dans le bus et tu sais, il y a cette espèce de ventilation que tu peux ouvrir pour l’air conditionné et ce jour là le chauffeur avait vidé le réservoir des toilettes…

Ana : En fait, c’était complètement illégal, le réservoir des toilettes est sensé avoir un trou, comme ça quand quelqu’un va aux toilettes, ça se déverse directement là où on est. Mais non, là, c’était dans une cuve, je suppose qu’elle était pleine, du coup il s’est arrêté sur le bord de la route pour la vider et..

Lovefoxxx : Et l’odeur s’est introduite dans le système d’air conditionné. Quand Ana a ouvert la ventilation, l’odeur lui a sauté à la figure (rires) ! C’était tellement drôle. On a beaucoup de souvenirs de ce genre…

Ana : Au beau milieu de la nuit, je me suis mise à hurler, j’ai réveillé tout le monde, l’odeur était partout. Horrible.

Et dans quel pays vous avez préféré manger ?

Luiza : Un jour on a enchaîné le Portugal, l’Espagne, la France et l’Italie, autant te dire qu’on a bien mangé. Jambon, fromage, vin…

Ana : Ce qui est fou en France c’est qu’on trouve de bonnes choses partout où l’on va.

Luiza : Ce n’est pas comme en Angleterre par exemple… Tu peux trouver de bons… fish & chips.

Lovefoxxx : Oui, puis je trouve que les choses évoluent, de plus en plus de restaurants y ouvrent, il y a de jeunes chefs qui essaient de faire de … très bons cafés. Maintenant, c’est gênant parfois quand on mange trop. J’avais cette jupe en cuir dont j’étais très fière et j’avais envie de me sentir bien ce jour là. Tu sais quand tu es en tournée, tu ne te sens pas très belle, tu es tout le temps en mouvement, tu ne dors pas bien, tu ne te laves pas bien, tu portes des tongs, tu n’arrives à te raser qu’à moitié… et ce jour là, j’avais pris une bonne douche, je portais cette jupe en cuir que j’aimais tant, mais je n’arrivais pas à la fermer parce qu’on avait trop bu et trop mangé (rires).

Luiza : Même moi ce jour là, je n’arrivais même plus à respirer tellement on avait mangé.

Lovefoxxx : Mais c’était génial. Aujourd’hui je n’ai mangé qu’un yaourt, j’ai tellement faim…

Vous avez entendu parler de la loi sur le mariage pour tous en France ?

Ana : Oui, félicitations d’ailleurs !

Luiza : Il y a beaucoup de religion dans cette histoire.

Ana : Tu sais au Brésil, ça fait un bout de temps que l’on peut se marier librement. La loi est passée sans que personne ne s’en rende compte. Un peu comme ils ont fait dans certains états des Etats-Unis, la Cour suprême était pour, la loi a été approuvée sans que la nouvelle ne fasse vraiment de vagues.

Carolina : Beaucoup des sénateurs sont liés au milieu religieux au Brésil, ils sont vraiment contre, mais ils sont contre tout, ce n’est même plus de l’homophobie à ce niveau là, ils sont en rejet de tout, de la culture africaine au Brésil même.

Ana : Malheureusement, qu’il y ait autant de protestations contre la loi en France, est presque normal. Dés qu’une loi progressive devra être approuvée, il y aura des gens qui seront contre, une résistance qui rendra les choses un peu plus compliquées.

Luiza : On a quand même été très choquées de voir autant de gens contre le mariage pour tous en… France !

Ana : Oui, parce que l’on voit la France comme un pays très libéral, un pays précurseur de plein de choses, du coup c’était surprenant. Parce que même au Portugal et en Espagne, la loi est passée depuis déjà quelques années. Et je me rappelle qu’au Portugal à l’époque le président, qui était conservateur avait déclaré quelque chose comme « je ne suis pas d’accord avec cette loi mais je ne peux feindre d’ignorer ce qui doit être fait ». Mais je trouve tout ça bien, les choses changent. Regarde, même au Etats-Unis, les choses changent, qui l’aurait cru ?!

Lovefoxxx : Il faut vraiment que j’aille aux toilettes !

 

 

Propos recueillis par Adeline

Photo by Chill O.

 

 

One Comment

  1. timide says:

    ça se laisse écouter.

    c’est vrai ce qu’elle dit ana sur la france.

    @Adeline,

    mais quel âge ont ces muses “hip-punk electro” ?

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