Fiodor Dream Dog, crédit Quentin de Briey

Fiodor Dream Dog : « J’aime l’idée de fonctionner comme un peintre »

Batteuse de formation et musicienne aux multiples talents, Fiodor Dream Dog, de son vrai nom Tatiana Mladenovitch, a déjà deux albums à son actif : « I lose things » et « Second of joy », sorti en 2011. Elle revient avec un EP de 4 titres, intitulé Sunnight, à paraître le 2 octobre. Interview

Barbi(e)turix : Pourquoi « Sunnight » ? Tu aimes rapprocher les contraires ?

Fiodor Dream Dog : « Sunnight » c’est aussi le titre d’une des chansons, c’est un mot inventé, je trouve qu’il résume très bien l’ensemble de mon travail. Lors de leur conception, à leur début, mes chansons ressemblent à des ballades tristes. Plus tard, lorsque je les mets en forme, je peux choisir d’aller à l’opposé de ce qu’elles sont, et de les rendre dansantes, afin de mettre en lumière leur mélancolie, de la rendre aimable.

J’aime l’idée de fonctionner comme un peintre. Sur une toile noire, un seul petit point blanc suffit à créer un événement irréversible…

Comment décrirais-tu ce nouvel EP ? Sa conception a-t-elle été très différente des précédents albums ?

Ma manière de composer n’a pas vraiment changé (je n’ai d’ailleurs pas une manière mais plusieurs, qui me narguent), mais l’enregistrement, lui, a pris une autre forme. Pour la première fois, j’avais envie de retrouver les sensations exaltantes d’un groupe en studio. Sur les deux albums précédents j’ai joué moi-même (quelques invités ici et là) tous les instruments, peut-être parce que je n’arrivais pas à rendre faisables par d’autres mes idées? Là, nous étions trois à jouer, et mon souhait est que nous poursuivions l’album à venir dans les mêmes conditions.

Les quatre titres sont assez joyeux, « Adelaide » peut-être un peu moins que les trois autres. Tu étais dans quel état d’esprit quand tu as écrit les chansons ?

Difficile de répondre, car les quatre chansons ne sont pas nées à la même époque. « Personal Music » par exemple a eu quatre ou cinq vies, un autre texte. Il devait figurer sous une autre forme dans mon deuxième album, mais quelque chose clochait, alors bye bye. Mais là j’ai fini par trouver. « Adelaïde » est le plus récent, il a été écrit en un après-midi de grippe carabinée, mêlée à une joie intense de retrouver quelqu’un…

Il y a donc eu, si on fait le compte: 74 états d’esprit pour la composition des quatre titres, et 1 seul pour l’enregistrement. (Mieux vaut ça que l’inverse je crois.)

Le dernier titre s’appelle « Personal Music ». Tu dirais que cet EP est plus personnel que les précédents ? Comment tu définirais ta musique ? Et tes influences ?

Ah ah, ce n’est pas moi qui parle dans « Personal Music » (je ne parle pas trop de moi dans les chansons…), c’est Mattis, le personnage principal d’un livre norvégien que j’ai aimé. Je me permets de lui faire dire cette phrase, et comme il n’existe pas, il ne peut rien dire. Et pour te répondre, ces titres ne sont pas plus personnels que les autres…Quant à définir cette musique, disons que c’est de la pop au savon noir?

Sinon en guise d’influences je dirais : Mahmoud Ahmed, Robert Wyatt, Elliott Smith, Alain Peters, Bartok, Metronomy, Cure, Steve Reich, Debbie Harry, Nina Simone…

Jenny, Adelaïde, les femmes sont très présentes dans ces nouveaux titres… Qu’est-ce qui t’as inspirée pour ces chansons ?

Oh mesdames, je vais vous décevoir. Je n’ai écrit ni le texte de l’un, ni de l’autre! « Jenny kissed me » est de James Henry Leigh Hunt (auteur anglais du 19è siècle) et il y a peut-être un amour naissant en filigrane, pudeur oblige car il semble que la Jenny en question est la femme du meilleur ami de l’auteur…

Quant à « Adelaïde », c’est Bénédicte Ober, une auteure que j’aime qui l’a écrite, et le personnage en question a l’air d’appartenir à la catégorie des gueules cassées. Dans tous les cas, les textes me parlent tous les deux beaucoup et je les chante comme si je les avais écrits.

Cette fois tu as collaboré avec Bertrand Belin, après avoir autoproduit tes albums précédents, pourquoi ce choix ?

Je voulais, pour la première fois, avoir avec moi un interlocuteur, une force en plus, quelqu’un qui accepterait de me remettre en question. J’ai cherché outre-Manche mais finalement, terrible constat, Bertrand est le seul en qui j’ai une confiance absolue! Donc au final, ont participé à l’EP Bertrand Belin, Thibault Frisoni, Nicolas Delbart et Ludovic Palabaud (au son).

Votre collaboration ne date pas d’hier, tu es notamment sa batteuse. Comment se passe votre travail ensemble ? Qu’est-ce qui te plaît chez lui ?

Je travaille avec lui depuis une petite dizaine d’années et lui sais gré de toujours me faire confiance. Ce que j’aime chez lui, en plus de sa musique, c’est sa manière unique de toujours tâcher d’oublier ce qu’il sait faire au profit de ce qu’il voudrait faire. C’est l’aventure.

Propos recueillis par Charlie

Crédit photo Quentin De Briey

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