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Découverte de la semaine : Geneva Jacuzzi

Geneva Jacuzzi. Vous n’en avez peut-être jamais entendu parler. Peut-être parce qu’entre la fiction et la réalité existe un monde où il s’agit de s’intéresser, d’être curieux, avide de nouvelles choses, avide de merveilles sur lesquelles ouvrir les yeux. Geneva Jacuzzi, c’est un peu ça. Si on ne la cherche pas. Elle ne nous tombe pas dessus. Alors Geneva Jacuzzi, on l’a cherchée récemment. On en avait entendu parler. Vaguement. Mais on a décidé de la chercher un peu. Un peu plus. Et en tombant dessus, on s’est juste dit qu’il était impossible de ne pas vous en parler.

Entre la fiction et la réalité, donc, Geneva Jacuzzi. Ou Geneva Garvin. Dépend de l’humeur. Du moment. De si le passé. De si le présent. Ou le futur. Geneva Jacuzzi est le fruit de l’Amérique profonde. De l’Amérique profondément gangrénée. La gangrène de la banlieue de Los Angeles. Pauvre. Précaire. Instable. Quand on lui demande d’où elle vient, Geneva répond que ses parents l’ont sans doute mise à la porte. On sait qu’elle sait. Mais la fumée qu’elle souffle sur le passé lui semble nécessaire. Il lui semble que c’est ça. Au final, ça n’a sans doute pas d’importance. À la rue. 18 ans. Fauchée. Elle enchaîne les jobs merdiques. Balaie les rues de la ville du rêve américain. Une vieille, rencontrée au cours d’un job lui servira d’amie. De confidente. De petite amie (?) Ce que l’on sait c’est que lorsqu’elle disparaît, elle lui laisse comme seul souvenir un vieux clavier Yamaha. À partir de là, Geneva admet que les choses deviennent « bizarres ». Plus bizarres qu’elles ne l’étaient déjà ? Sans doute. Car c’est dans les Limbes qu’elle se retrouve.

Réelles ou intérieures, Geneva réalise le concept de la mort. Et s’enferme dans sa tête, coincée entre mythes grecques et mystères religieux. Coincée dans la boucle, elle compose, mais ne parvient pas à poser quoi que ce soit sur le papier. La manoeuvre se répète sur le clavier, « mais l’histoire change à chaque fois », explique-t-elle à Sean, de SadieMagazine. Mais en bref, c’est ici que tout commence. Dans une vieille chambre d’hôtel. Sur un vieux synthé.

Si Cindy Lauper aurait pu être la star d’un mauvais Woody Allen, Geneva Garvin aurait pu être la star d’un très bon Lynch. Parce qu’il y a quelque chose d’un peu surfait, sur-joué, une extravagance qui peut mettre mal à l’aise, mélangée à une sensualité déroutante dans un monde semi-réel ou apocalypse et folie douce se côtoient sans fausse note. Il y a cette phrase de Gainsbourg dans Paris n’existe pas : “tu sais dans le toc, il y a quelque chose de provocant qui me plaît, une fleur artificielle, c’est définitif, ça ne bouge pas, c’est éternel”. Geneva Jacuzzi débute son histoire ici. Dans l’artificialité d’un personnage pourtant brut, à vif. Naissent alors les différents visages qu’elle incerne aujourd’hui.

Dans Love Caboose, Geneva se transforme en une déesse grecque à double visage : Aphrodite et Meduse, une des trois gorgones. Dans Bad Moods, Salomé, fille d’Hérodiate et d’Hérode devient l’anti-héroïne punk d’un morceau où s’entrechoquent inceste, tête coupée, dilemmes moraux. Mais Geneva Jacuzzi n’a pas que deux visages, c’est une multitude de personnage qu’elle incarne et la transcendent : de la figure du mime à celle du soleil ou de la nuit, en passant par celle de l’idiote, du danseur imbécile, du zombie, du zygote (cellule œuf, rapport avec la fécondation), de Dracula ou du fantôme de la laverie. Geneva Jacuzzi n’est ni réelle ni pur objet de fiction. Une sorte d’entre-deux où l’imagination peut voguer, divaguer et décider de si la vérité est bien réelle. De si la réalité est bien vraie. Geneva Jacuzzi, c’est ça, un entre-deux. Un entre-deux pas seulement entre rêve et réalité mais également entre musique, arts plastiques, écriture et performance. Geneva Jacuzzi, c’est le melting-pot de la création artistique de ces dernières années.

Côté son, ça donne quoi ? Ce que l’on pourrait barbarement appeler « minimal wave ». Un son à dominante synthé que l’on pourrait croire sorti tout droit du milieu des années 1980. Nostalgie malsaine ou transcendance d’une époque sur une autre ? Un peu des deux. Car s’il est étrange de s’enferme dans un style musical à première vue épuisé, il est aussi intéressant de voir qu’un son peut être reproduit à l’identique (ou presque) presque trente ans plus tard. Et par reproduction, ici aucun jugement. Parce que la minimal wave d’aujourd’hui naît dans un tout autre contexte. Un contexte au sein duquel les machines sont plus performantes. Un contexte au sein duquel les inspirations sont nouvelles. Les sociétés changent, mais l’Art reste une misérable boucle qui semble s’étouffer tous les vingt ans. « Semble ». C’est bien là où il faut mettre le doigt et l’y laisser. Car si l’Art, la mode, la littérature, « semblent » souffrir de cycles en perpétuels retours, il convient de caresser du sourcil le bémol qui s’impose ici. Rien n’est jamais exactement similaire. Tout peut être reproduit, à l’identique (ou presque), mais tout change au fond, progresse, transgresse ; l’Art est malgré tout, en perpétuelle évolution, développement, malgré les redittes, malgré les flash-back, malgré les modes et les envies de vintage.

Nous n’avions jamais entendu Geneva Jacuzzi. Et si lors de la première écoute, il reste possible de se dire « tiens, je connaissais pas, mais ça a l’air de dater », il y a quelque chose de purement moderne, peut-être dans le texte, peut-être dans l’attitude, la provocation nonchalante, la sensualité agréablement désuète, le côté bordeline du personnage, ses performances scéniques étonnantes. Quelque chose de purement nouveau, chez ces John Maus – un ami, dont elle fera la première partie- et ces Martial Canterel, ces Crystal Stilts ou même ces The Soft Moon. Tous ces « nouveaux » qui ont l’air de faire du « vieux ». Il faut être très fort pour faire ce qu’ils font, nous apprendre du passé, nous offrir du présent. Quelque chose de très futuriste au final. Geneva Jacuzzi, c’est un peu ça, un personnage multiple sciemment coincé dans les Limbes. Entre présent, passé, futur. Rêve, fiction et réalité. Peut-être quelques grains de poudre par ici. Mais cet album de 2010 qui la dévoile au grand public, Lamaze -qui suit Kooze Control (auto-produit, envoyé directement à partir de la page MySpace du groupe, en 2008)- cool et déjanté à souhaits, entre minimal wave et italo-disco, qu’est ce que ça FAIT DU BIEN !

 

Adeline

One Comment

  1. timide says:

    “Un son à dominante synthé que l’on pourrait croire sorti tout droit du milieu des années 1980.”

    bah oui, c’est exactement cela et l’esthétique vid’ aussi d’ailleurs ! pour un album 2010 !?! comme quoi les tame timpala’s ont raison : “feels like we only go backwards now” !!! ;-)

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