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La Bataille de Solférino : Une douce cacophonie

La Bataille de Solférino est une cacophonie infernale dans laquelle nous plongeons dès l’ouverture. Des cris d’enfants mêlés à la précipitation de préparatifs. Transporté dans cet appartement chaotique, le spectateur en a plein les yeux et les oreilles. Le salon où jouent –et pleurent- les deux fillettes est encombré, saturé. La tension règne, celle des mille choses à faire avant de partir. Et pour cause.

Nous sommes le 6 mai 2012, Laetitia est une jeune journaliste qui travaille pour I>Télé. Elle a la lourde tâche de couvrir les élections présidentielles, côté PS. Or, dans ce moment important de sa carrière, elle doit attendre un baby-sitter afin qu’il garde ses deux filles, ne sait pas comment s’habiller et est affublé d’un compagnon passif qui ne l’aide pas franchement. Pour couronner le tout, le père des petites filles, Vincent, attend en bas de l’immeuble et n’en bougera pas tant qu’il ne les aura pas vues. L’entrée en matière est chargée et terriblement communicative. Laetitia finit par confier ses filles à Marc, le baby-sitter empoté et part en moto vers le siège du PS.

Le film suit les pérégrinations de ses personnages : Laetitia, journaliste télé souriante devant la caméra ; Marc, le baby-sitter pris dans le conflit du couple parental aux gestes hésitants et Vincent, le père de ces deux fillettes qui se démène pour s’expliquer sans s’énerver sous peine d’être jugé violent.

Les cris enfantins se transforment en cris de foule en liesse et Laetitia abasourdie doit conjuguer ses directs, ses angoisses de savoir son ex-compagnon près de ses filles et la foule qui envahit le siège du Parti Socialiste. « Le matériau documentaire fait constamment écho au récit intime » explique la réalisatrice, Justine Triet qui a tourné en conditions réelles, le 6 mai 2012 répartissant huit caméras entre le siège du PS, celui de l’UMP et la Bastille. Cette incursion dans le réel offre de superbes images de foules colorées qui gesticulent et dans laquelle, on cherche l’inquiétude de Vincent qui se rapproche dangereusement de la faussement pimpante, Laetitia. La foule est superbe, se meut, emporte les personnages qui tentent de communiquer mais comment communiquer entouré de 10 000 personnes euphoriques ?

Tout au long de cette journée, plus la journaliste accumule les sources d’inquiétude, plus la liesse populaire la bouscule, la décoiffe, l’use. Outre les scènes en prise de vue réelle de cette exceptionnelle journée, Justine Triet a créé une galerie de véritables personnages consistants et sincères doublés d’un caractère absurde presque naïf.

Cette élection présidentielle qui prend visuellement tant de place est vite évincé à la faveur de l’intrigue qui se noue et  des répliques cinglantes. La Bataille de Solférino se joue comme un huis clos, la foule appartient au décor. Et si l’entrée en matière fut d’une grande violence, se dégager du film en est une plus grande encore.

Angie

La Bataille de Solférino, un film de Justine Triet avec Laetitia Dosch, Vincent Macaigne.

Sortie le 18 sept.

Angie

Caution bisexuelle de BBX, Angie écrit sur le cinéma et les arts. Mais en vrai, elle aime surtout les paillettes et les sequins dorés. Twitter : @angelinaguiboud

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