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Découverte de la semaine : Modern Witch

Avec le froid et la grisaille qui refont surface, quoi de mieux que de s’enfoncer un peu plus la tête dans le sol ? C’est pourquoi cette semaine, le coup de coeur musical revient à Modern Witch. 

Alors oui, le groupe de Denver n’a visiblement rien sorti depuis maintenant deux ans, mais qui peut se targuer de les connaître vraiment ? De les connaître tout court ?

Modern Witch naît il y a six ans, de la rencontre de l’artiste visuel Mario Zoots, de la chanteuse Kristy Fenton alias Kristy Foom et Kamran Khan. Mario et Kristy faisaient de la musique ensemble depuis déjà quelques années, à Denver, sous le nom de Whore Hair. Enfin, par musique, on entend ici ambiances noises expérimentales et chaotiques enregistrées sur de vieilles cassettes VHS. Tout un programme. Mais c’est là que trouve toute l’essence de Modern Witch. En un brouillard occulte où l’imagerie apocalyptique prédomine, en un son parfois un peu sale, saturé, fatigué, en une vision de cauchemar faite sonore. Oui, Modern Witch c’est un peu un mauvais rêve, mais un mauvais rêve très agréable. Et à l’époque où ils naissent, ils ne sont pas les seuls à mettre en musique leurs pires cauchemars. C’est ce que nous pourrions appeler la naissance de la noise pop ritualiste, entre witch house (musique électro ritualiste : Grimes, Purity Ring, Zola Jesus, Ritualz) et synth pop minimale (pop à synthé fortement inspirée des années 1980s : Martial Canterel, Linear Movement, Stacatto du Mal).

Avec des groupes tels que Crystal Castle au Canada, Kap Bambino en France, Salem, Creep et White Ring aux États-Unis, ou encore Crim3s au Royaume-Uni, l’électro pop prend depuis quelques années des airs d’ode à l’antéchrist, le tout assumé et fièrement brandi. Période de crise, perte de repères, difficultés financières aux multiples visages, démembrements des cocons sociaux dans lesquels les pays dits “grandes puissances”, se fomentaient depuis des décennies, nombreuses sont les impulsions d’un tel mouvement. L’imagerie est, dans ce type de musique, plus que “sacrée”. Bougies. Croix. Visages masqués, raturés, effacés. Destruction des formes, des repères. Brouillard, brume, fumée. Feu. Éléments du cosmos, de l’au-delà. Modern Witch, eux, s’inscrivent plus dans un imaginaire à la Klaus Nomi, quelque chose entre le noir et blanc et le manque de couleur, qui relèverait d’un vieux pixel de télévision des années 1960. Quelque chose de pas très précis, un mouvement au ralenti, la surimpression de photos, l’impossibilité de discerner le dedans du dehors.  Niveau son, Modern Witch oscille entre cold wave, house et dance. Sur des nappes synthétique parfois sensuelles, parfois flippantes, la voix lointaine de Kristy Foom vient comme d’outre-tombe. Desire a la sensualité et ce goût d’obsession qu’ont les chansons qui nous restent en tête. Black Curtains est une complainte électronique qui donne envie de se dandiner.

Rever Fay (Fever Ray ?) est un passage, un tunnel. Boys, est une course sans chemin. Enfin, Cinema, pour ne citer que quelques tracks, est un brouhaha mélodique cauchemardesque. Après plusieurs EP et LP sortis sur des labels tels que Disaro ou Clan Destine Records, Modern Witch est devenu un des piliers du la musique ritualiste underground. Hollywood, compilation des meilleurs titres du groupe, entre sorcellerie et décadence, est sorti cette année sur le label allemand (T)reue Um (T)reue.

Parce qu’il paraît que le temps correspond à nos envies et à nos humeurs, Modern Witch aura de quoi faire trembler vos premiers jours d’automne.

Adeline

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One Comment

  1. timide says:

    “Oui, Modern Witch c’est un peu un mauvais rêve, mais un mauvais rêve très agréable.”

    oui, à la découverte, ça se vérifie.

    merci A.

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