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Gisèle et Béatrice: entre satire sociale et perpétuation de clichés

Aujourd’hui je vais vous parler d’un sujet que je souhaite aborder sur Barbi(e)turix depuis longtemps, mais sans avoir vraiment trouvé l’occasion.

Cette semaine l’occasion s’est présentée puisque vendredi est sortie une bande dessinée parfaite à mon tremplin sur le sujet : il s’agit de la BD Gisèle et Béatrice de Feroumont dont vous avez sans doute déjà entendu parlé.

Elle raconte l’histoire de Béatrice, une employée d’une grande entreprise, entourée d’autres employés machistes qui lui barrent la route à toute promotion et toute augmentation de salaire. Son patron, Georges,  qui la harcèle sexuellement au quotidien, lui propose un marché : il la promouvra si elle couche avec lui. Elle accepte.

Ainsi, elle le ramène chez elle, lui fait boire une potion et peu à peu, Georges devient Gisèle, une jeune femme blonde sans passé et sans papiers. Béatrice, quant à elle, se voit doter d’un pénis. Gisèle, qui n’a pas de papiers, est ainsi obligée de servir de femme de ménage et d’objet sexuel à Béatrice.

A la lecture de cette bande dessinée (classée érotique), un malaise profond s’est emparé de moi. Je me dis qu’il s’agit là d’un des objectifs de l’auteur Feroumont : nous mettre mal à l’aise pour mettre en avant l’absurdité des rapports de pouvoir entre les hommes et les femmes. Il fait un dur constat de la société et de la place des femmes dans celle-ci via des scènes de cul. Béatrice  qui, désormais dotée d’un phallus peut enfin dominer Georges, devenue Gisèle.

Oui, il s’agit d’un constat qui met fortement mal à l’aise lorsqu’on croise le regard finement dessiné de Gisèle. Mais ce malaise ressenti n’est pas dû à la simple observation de ces rapports qui se créent entre ce phallus, qui représente le pouvoir, et la femme soumise sans papiers.

Non, je ressens un vif malaise parce que cette simple mise en lumière des rapports de genre me dérange, et ne me suffit pas :

Pour que Georges expérimente la position sociale des femmes (un temps, et pas entièrement) il devient une femme soumise, et certes, en devenant une femme, le regard que les gens posent sur lui change et c’est dans ces regards là qu’il peut également expérimenter cette position.

Cependant, là où ce changement de sexe me dérange c’est que pour expérimenter la soumission, il devient une femme. Je doute que l’auteur ait voulu sa BD subversive, mais cela aurait été beaucoup plus pertinent – je crois, et intéressant si Georges était devenu un homme soumis. Là où c’est gênant également, c’est qu’il fait non seulement de cet un homme une femme soumise, mais aussi sans papiers, immigrée parlant un français « petit nègre ».

Puis, quelque chose est dit dans cette bande dessinée qui ne me plait pas forcement. Si Béatrice a besoin d’un phallus pour dominer Gisèle, cela stipule que le pouvoir, c’est le phallus. Cette vision finalement essentialiste et binaire des rapports de pouvoir – même s’il s’agit pour l’auteur d’un constat – perpétue l’idée que le dominant est toujours le pénétrant, et le dominé, la pénétrée.

Enfin, la BD étant une satire sociale, je doute que cela ait été judicieux de la classer érotique malgré les scènes de cul.

Je n’ai personnellement pas assez de culture en bande dessinée (érotique ou pas) pour affirmer qu’il manque à la bande dessinée et à l’art en général, une représentation des rapports de genre et de sexe qui ne perpétue pas des clichés.

Même si cette bande dessinée met en lumière, et de manière très évidente comment les rapports de pouvoir s’exercent, je pense qu’il aurait été plus intéressant de voir comment ces rapports s’inversent réellement sans que l’un n’ait besoin de changer de sexe. Cette vision binaire du pouvoir, du sexe et du genre reproduit des stéréotypes.

Il aurait été plus pertinent de faire un travail plus subversif.

Et en parlant de subversion, Eric Stanton avait fait un travail qui l’était sans doute plus.

Enfin, mon questionnement n’étant pas arrêté, je suis ouverte à toute suggestion ou remarque.

 

Sarah

Photo de couv: Scarlett Johansson et Dita Von Teese par James White

Sarah

Sarah ne parle plus trop de cul ni d'amour d'ailleurs mais ses passions demeurent : féminisme, antispécisme, santé mentale et gingembre.

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2 Comments

  1. timide says:

    wouai c’est intéressant.
    je vais aller chercher la bd.

    @Sarah, quelle bd de eric stanton me conseille-tu pour opposer les deux lectures? merci pour ta réponse.

  2. Bertram says:

    La fin est éclatante de normalité patriarcale : Gisèle, qui tente plusieurs fois de se libérer, ne retrouve la liberté… que par son retour à l’état masculin. Tout est dit…
    Je trouve cette BD limite BDSMophobe (on peut s’interroger aussi sur sa transphobie : le trans MTF reste avant tout un mâle dominant les femmes) . Feroumont ne comprend rien aux rapports de domination/soumission, à leur dimension subversive de déconstruction des rapports de genre, pire il en livre une vision hétérosexiste.

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