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Gare du Nord : Une histoire de croisements

La Gare du Nord. On y passe. On la traverse. On y court pour ne pas manquer son dernier train. On y a peur. On attend, les jours de grève. On va en banlieue. On y arrive. On part à Londres, Bruxelles ou Amsterdam. On correspond vers une croisée d’arrondissements. On descend aux tréfonds de la Terre. On monte chercher de l’air, de la lumière. On fuit les odeurs, les pickpockets. On attend l’être chéri, sa mère ou sa meilleure amie. On lit Libé. On parcourt Les Cahiers. On engloutit un Parisien ou un Lyonnais (cornichons-rosette). Mais on n’y reste pas. On ne s’arrête pas pour profiter, Gare du Nord. Un endroit de passage comme un seul et unique couloir malgré le dédale.

Claire Simon a pourtant décidé de s’y arrêter et d’y poser ses caméras. Parallèlement au tournage de la fiction, Gare Du Nord, qui sort ce mercredi sur les écrans, elle a réalisé le documentaire Géographie Humaine. Ce dernier est un document sociologique dans lequel la réalisatrice avec des compagnons d’immersion plongent dans ce lieu de passage et découvrent jour après jour, ses personnages emblématiques, ses légendes urbaines et son fonctionnement.

Dans la fiction, Ismaël (Reda Kateb) est un jeune doctorant en sociologie dont le sujet de thèse est « Gare du Nord-Place du village global ». « C’est joli » lui répond Mathilde (Nicole Garcia), cinquantenaire, malade, chercheuse en histoire, que le jeune homme a rencontré à la sortie du RER en voulant l’interroger. Lui, vit là, Gare du Nord, de son ouverture vers 5h du matin à sa fermeture aux environs d’1h, scrutant le moindre détail, questionnant toutes ces populations qui se croisent, s’entremêlent : commerçants, dames pipi, usagers, bandes qui trainent, SDF… Il connait la gare comme sa poche, ses recoins, ses histoires. Ces deux personnages principaux vont alors croiser celles de Sacha (François Damiens, cette merveille d’acteur) et Joan (Monia Chokri , le «C’est spéciaaal ! » dans Laurence anyways, c’est elle). L’un cherche désespérément sa fille en fugue, du matin au soir, passant au peigne fin cette immensité qu’est la Gare du Nord. L’autre est une mère débordée, agent immobilier qui habite Lille et qui attend en permanence des clients ou son patron aux abords des quais. Surchargée de travail, elle subit aussi les pressions de son mari qui se plaint de son absence auprès de sa famille.

La palette des personnages masculins est sérieusement amochée et tombent sur leurs épaules, les pires défauts : lâcheté, ignorance, égoïsme, intransigeance, bêtise, impulsivité… Les femmes y apparaissent comme combatives, humbles, faisant face au renoncement et plutôt franches. Un manichéisme qui laisse un peu coi et manque de justifications.

Ces quatre identités prennent leur place au sein de ce village global et de ce film choral. Genre que Claire Simon aborde avec simplicité, ne nous embrouillant pas avec du rocambolesque. La gare est pour elle un « non-lieu » dont elle a saisi un passage avec ce caractère éphémère et fluctuant. 700 000 voyageurs par jour transitent par ce « non-lieu » où les sentiments sont invisibles et les émotions, inexistantes. C’est une machine aux rouages huilés qui explose en vol lorsqu’une grève ou une manifestation vient s’immiscer. Tout éclate. Ce flux de silhouettes s’arrête pour devenir paquet, on hurle, on téléphone, on pleure, on s’inquiète, on s’angoisse et le ressenti apparaît enfin sur les visages qui ont été arrêtés en pleine course.

A l’image des rails qui se croisent, ces destins vont se rencontrer avant de se séparer mais ce qui les lie, nous touche indubitablement.

Pour aller plus loin, regardez l’interview de Claire Simon ici.

Angie

Angie

Caution bisexuelle de BBX, Angie écrit sur le cinéma et les arts. Mais en vrai, elle aime surtout les paillettes et les sequins dorés. Twitter : @angelinaguiboud

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4 Comments

  1. samy says:

    je trouve qu’il n’y a plus beaucoup de commentaires en ce moment, tout le monde est encore en vacance ou quoi?! enfin bon, finalement, je ne sais pas quoi penser de ce film, j’avais lu une très mauvaise critique (sans forcément en chercher d’ailleurs) et là, celle-là qui dit “c’est bon mais ya du mauvais”, ou “c’est intéressant mais tout n’est pas bien”, et dire que je ne suis même pas sûre d’aller le voir!

  2. leflat says:

    “La palette des personnages masculins est sérieusement amochée et tombent sur leurs épaules, les pires défauts : lâcheté, ignorance, égoïsme, intransigeance, bêtise, impulsivité… Les femmes y apparaissent comme combatives, humbles, faisant face au renoncement et plutôt franches. Un manichéisme qui laisse un peu coi et manque de justifications.”

    Je suis amusée à la lecture de cette phrase, le manichéisme dont vous parlez est tant appliqué à l’inverse en général, et les personnages féminins pauvres, sans profondeur et souvent écrits pour “seconder” les personnages masculins. Cela mérite un peu d’analyse il me semble.

    Voici une série brilante et drôle sur le sujet !

    Cordialement.

    http://www.feministfrequency.com/2011/03/tropes-vs-women-1-the-manic-pixie-dream-girl/

  3. Lou says:

    “Monia Chokri , le «C’est spéciaaal ! » dans Les Amours Imaginaires, c’est elle”

    J’ai beau chercher dans ma mémoire, je ne vois pas de “C’est spéciaaal” dans Les Amours imaginaires.
    Hubert Minel (Xavier Dolan) le dit une première fois dans J’ai tué ma mère. Ensuite, Laurence (Melvil Poupaud) et Fred (Suzanne Clément) le disent également dans Laurence Anyways (lorsque la petite amie de Stef, alias Monia Chokri, lui demande ce qu’il entend le plus comme commentaire). Et là, effectivement, Monia Chokri réplique “C’est vrai que… “c’est spéciaal.”

    Enfin, voilà, ce n’est pas très important et je peux me tromper, mais je ne crois pas.

  4. Modern Eyes says:

    @ samy,

    un commentaire pour dire que je n’ai pas lu cet article.

    “azurian” était assurément une “jouisseur-euse précoce” (dommage), car il/elle était un peu en avance sur le temps.

    donc :

    trolling trolling trolling :-) (il paraît …)

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