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Les sorties ciné de la semaine

MAGIC MAGIC

Sur papier, Magic Magic avait tout pour plaire. Son réalisateur Sebastián Silva (ici, il crache sur Frigide Barjot, c’est un amour), son casting, ses nominations (Quinzaine des réalisateurs à Cannes, le fabuleux festival de Sundance) et surtout l’étrange atmosphère qui s’échappait de la bande-annonce. C’est beau, c’est bon, on n’avait qu’une envie, croquer dedans… Avant de se rendre compte que le fruit est pourri.
Il y a deux ans, Sebastián Silva sortait « Les vieux Chats », un film dans la veine d’Almodovar mais en légèrement plus grinçant. Cinématographiquement parlant donc, le gars n’en était pas à son premier coup d’essais. Quoi de mieux que le cinéma hispanique (ou la culture hispanique si l’on va par-là) pour faire dans l’exotisme indépendant ? D’Almodovar à Alexis Dos Santos (Glue, Unmade Beds) en passant par Lucia Puenzo (XXY, El Niño Pez) et Guillermo del Toro (Le labyrinthe de Pan), ou encore Beatriz Preciado ou Lucia Extebarria côté littérature, la scène arty hispanique nous offre depuis quelques années des chef d’oeuvres déroutants. Magic Magic en revanche, laisse perplexe.

Pourquoi ? Déjà parce que Michael Cera (Juno, Scott Pilgrim), jumeau maléfique d’Ellen Page et accessoirement figure de référence de tout bon hipster qui se respecte (« ce mec est trop putain de coooool ! ») fait flipper durant toute la totalité du film. Et quand je dis flipper, c’est FLIPPER. Doté d’une tête d’aiglon maléfique et d’un rictus sadique, Michael Cera (très loin de ses rôles habituels de petit rigolo torturé) entame les premières minutes du film à massacrer les paroles de « Pass this on » avec sa voix de petit pédé (qui ne s’assume pas) pré-pubère (cette chanson de The Knife étant devenu incasable depuis les Amours Imaginaires de Xavier Dolan), tue les oiseaux à la carabine sans aucun remord et passe son temps à faire des blagues libidineuses. Le genre de type à te regarder dormir en rigolant nerveusement une main dans le caleçon. Vision enchanteresse. Puis il y a Alicia/Juno Temple (Kaboom, le très lesbien Jack&Diane, Killer Joe) et Sara/Emily Browning (Sleeping beauty, Sucker Punch) dans la doublette des pisseuses gentiment barrées.Une Juno Temple fidèle à elle-même donc, en Manic Pixie Girl borderline et une Emily Browning aussi transparente que boudeuse.

Les deux personnages au format de poche (les actrices ne dépassant pas les 1m57, merci Wikipédia) séjournent donc au Chili chez le petit ami de Sara (le très méchu Agustin Silva), accompagné de la sœur de celui-ci, Barbara (Catalina Sandino Moreno), une chieuse qui passe son temps à étudier, bouffer des chips et râler contre le bruit, suivi du cinquième larron, Brink/Michael Cera.
L’intruse de la bande est donc Alicia/Juno Temple qui en bonne jeune fille 3.0 reste désespérant rivée à son portable (pour des raisons explicitées dans le film), se comporte comme une gamine capricieuse de 8 ans (mais qui néanmoins nous explosera les mirettes avec une danse/transe hypnotique caliente sur « Pass this on » (encore)), subira les assauts amoureux d’un chien (gros traumatisme animalier pendant tout le film), chouinera la majeure partie du film et puis finira par péter un câble, façon crise d’hystérie en ciré jaune.

Plutôt que d’opter pour des formules toutes faites de films d’horreur, le film distille le malaise en épisodes, laissant peu à peu la gêne et la peur s’immiscer dans l’esprit perdu du spectateur. Le film tourne lentement au cauchemar, sans que rien ne soit pour autant explicité. Est-elle folle ? Est-il pervers ? La maison est-elle hantée ? Les questions restent ouverte et laissent le sentiment d’une oeuvre hybride et dérangeante, bien que peu aboutie.

Pour résumer, Magic Magic aurait pu faire un merveilleux thriller psychologique, mais l’atmosphère nauséeuse et la conclusion bâclée font que si l’on devait rester sur cette fameuse île du chili (où l’on communique par talkie-walkie et dont le retour à la civilisation se fait en barque), passer du temps avec les Chtis à Ibiza apparaitrait comme un véritable nirvana pour les nerfs (et encore).

 

ALABAMA MONROE

A première vue on pourrait s’y laisser prendre, mais Alabama Monroe n’est ni le pseudonyme d’une obscure actrice en mal de reconnaissance, ni celui d’une chanteuse de folk/country un peu hasbeen, ni même celui d’une icône Pulp des 60’s. Alabama Monroe n’est purement et simplement que la collusion des prénoms des deux personnages du film : Alabama/Elise (Veerle Baetens) et Monroe/Didier (Johan Heldenbergh).

Elle, mère touchante et tatouée des pieds à la tête, lui, barbu, joueur de banjo et passionné d’Amérique tombent – au fil de flashbacks – amoureux l’un de l’autre. Ils rénovent leur future maison, font l’amour dans des pickups, chantent ensemble dans un groupe de bluegrass (équivalent de la country) et ont un enfant, Maybelle (référence à Maybelle Carter, musicienne américaine), une petite fille atteinte d’un cancer de la moelle épinière. On pense à La Guerre est déclarée  de Valérie Donzelli, qui narrait le combat de parents envers la maladie de leur enfant ou à Blue Valentine  de Derek Cianfrance. Réalisateur talentueux de La merditude des choses  (film malheureusement peu connu), Felix Van Groeningen arrive à filmer des situations dignes de reportages grolandais ou de feu l’émission Strip-tease avec une poésie décalée dont seul le cinéma Belge est capable. Agrémenté d’une bande son riche en banjos, mandolines et autres violons, Alabama Monroe nous parle avec férocité de la religion, responsable en grande partie des maux de notre société et de la mort, sentimentale et physique d’un couple et de leur enfant. Alabama Monroe, avec son duo aux allures de Johnny Cash et June Carter (en plus belge) n’est, certes, pas le genre de film où l’on se pête des côtes de joie, mais a de nombreux avantages dont un principalement : il est le film que vous risquez de voir incessamment sous peu sans avoir à regretter les 8€ de la place.

 

An Si

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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