tumblr_mpf8h6avK31qabos9o1_500

Jeune et Jolie : Beaucoup de bruit pour peu de choses

Festival de Cannes, 2013. Lors d’une interview accordée à un magazine, le réalisateur  (“french provocateur” à ses heures perdues), François Ozon disait à propos de son nouveau film Jeune et Jolie : “Mon héroïne est très puissante. Je crois que les femmes la comprennent bien car c’est un fantasme de beaucoup de femmes de se prostituer. Ça ne veut pas dire qu’elles le font, mais le fait d’être payée pour une relation sexuelle revient dans la sexualité féminine.” Branle-bas de combat dans la presse (majoritairement féminine), réseaux sociaux et autres. Tout le monde criait au loup et chez Barbi(e)turix, nous étions les premières à faire nos griffes sur cette citation d’apparence misogyne et un peu trop sûre d’elle.

Seulement, après réflexion et visionnage du film, certaines choses me sont apparues différemment. Et s’il y avait une part de vérité dans les propos de François Ozon ? Je dis bien une part, car évidemment entre toutes autres choses, entendre ce cher François donner son avis sur les désirs intimes des femmes, en l’occurrence Isabelle, son héroïne de 17 ans et de ce qu’elle semble attendre de ses fantasmes (la prostitution) peut facilement faire grincer des dents. Cause à effet, beaucoup d’entre nous avait envie de lui rappeler que faire des films doté d’une forte concentration féminine à chaque plan ne faisait en rien de lui une Simone de Beauvoir du 7ème art. Calme-toi François. Quelques semaines plus tard, tout le monde avait oublié sa “maladresse verbale”et surtout, hormis certains festivaliers cannois, personne n’avait vu le film. Verdict, beaucoup de bruit pour finalement pas grand-chose.

Si l’on devait rapidement dire deux mots sur Ozon – pour celles qui ne le connaîtrait ni d’Eve, ni d’Adam -, il est issu d’une veine filmographique intello-bobo (mais pas trop) dans laquelle on retrouve des noms comme (Arnaud) Desplechin ou encore (Christophe) Honoré et dont la particularité est d’être doté d’un penchant prononcé pour le vice, la psychologie et des situations sexuellement dérangeantes (dans ses films bien sûr). Du coup, une fois que l’on a vu certains d’entre eux – tels que 8 Femmes, Le temps qui reste, 5×2, Goutte d’eau sur pierre brûlante ou plus récemment le très bon, Dans la Maison – on se dit que niveau synopsis, Jeune et Jolie ne se distingue en rien de ses prédécesseurs pour ce qui est d’une certaine provocation bien calculée. Comme Ludivine Sagnier en son temps, bronzée/bien gaulée (rappelez-vous le film Swimming Pool), Marine Vacth nous est livrée en une figure de femme-enfant ingénue à la fois terrible (plus par sa beauté que par son jeu d’actrice) censée nous exciter (et accessoirement nous émouvoir) tout en nous faisant culpabiliser de nos pensées indignes et rémunérées. Quoiqu’après coup, l’attirance physique que l’on peut ressentir envers ce personnage reste totalement subjectif car Marine Vacth possède un charisme aussi prononcé qu’il est inexistant.

Bon, et puis comme Catherine Deneuve avant elle dans Belle de Jour de Luis Bunuel, et plus récemment Déborah François dans Mes chères études d’Emmanuelle Bercot, le thème de la prostitution féminine consentie ne date pas d’aujourd’hui et le film, bien que traitant du sujet ne cherche visiblement pas à répondre à la question du pourquoi du comment. L’héroïne joue avec notre attente en se repliant dans un mutisme plus ou moins voulu (traduit à coup de chansons vintage, style Françoise Hardy) et pour le plus grand plaisir de sa mère – incarnée ici par la trop rare et excellente Géraldine Pailhas – qui ne cesse de se demander “pourquoi, pourquoi ? Qu’est-ce qu’on a raté dans ton éducation ?” ou encore “ma fille me dégoûte, elle le vice en elle”.

C’est donc via cette relation mère-fille légèrement perverse (elle-aussi) et aux réactions de mon entourage, que j’en suis venue à me remettre en question sur cette histoire de prostitution fantasmée. Sans donner une totale légitimité aux propos d’Ozon, il est vrai que le sexe tarifé peut être un fantasme féminin au même titre que le bondage, le viol (consenti), le triolisme ou un transfert incestueux. Vaste programme que la sexualité humaine.
Une idée savamment souligné par les propos du personnage de Charlotte Rampling (à qui Ozon réussit mieux que la série Dexter) et dont je cite “se serait bien faîte payée par des hommes pendant sa jeunesse”. Un fantasme un peu bourgeois que certaines personnes murmurent du bout des lèvres vouloir essayer, celui-ci restant un tabou majeur dans notre société. Un fantasme qui hérisse également certaines personnes principalement concernées par la chose et qui dans la vraie vie rigolent amèrement de cette envie de se vendre consciemment pour le plaisir.

Jeune et Jolie est, du coup, assez déconcertant. Bien au-dessus des quelques films français calamiteux sorti ces derniers temps, il reste néanmoins un sacré coup médiatique grâce à l’addition de Marina Vacth, présentée comme l’espoir féminin du cinéma français/ Laetitia Casta en devenir et de sa ‘puce [téléphonique] de pute’ (sous-entendu l’iPhone à clients de plus de cinquante ans) comme j’ai pu l’entendre de certaines spectatrices avec bien sûr, la polémique cannoise. Quant aux fameuses scènes de sexes censées nous faire détourner les yeux et monter le rose aux joues, vous pourrez les attendre longtemps, sauf si vous souhaitez réviser votre Kama-Sutra par plan de 5 secondes. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose (bis) donc.

An Si

Be Sociable, Share!

7 Comments

  1. Modern Eyes says:

    comme la plupart des dramagouines de toutes façon.

  2. emma says:

    “il est vrai que le sexe tarifé peut être un fantasme féminin au même titre que le bondage, le viol (consenti), le triolisme ou un transfert incestueux.” Oui, mais cela peut tout aussi être des fantasmes d’homme. Et c’est pourquoi les citations d’Ozon étaient complètement cons…

  3. An Si says:

    Ce n’est pas “complètement” con. La prostitution reste autant un fantasme féminin que masculin chez certaines personnes, on est d’accord. C’est donc légèrement hypocrite finalement de dire le contraire.
    Et encore, si c’était l’une des actrices qui avait sorti ça, j”imagine même pas le tollé. La chose la plus agaçante dans l’histoire c’est qu’Ozon avait balancé ça, fidèle à lui-même, d’un ton pédant comme si la pensée/sexualité féminine n’avait aucun secret pour lui.

  4. Zoé says:

    “le viol (consenti)” ?
    La définition du viol n’est-elle pas précisément une relation non consentie ? Cette parenthèse me semble bien problématique et dangereuse… voire très choquante.
    Si vous parlez de fantasmes de viol, càd d’une relation forcée et non consentie, et bien dites le ! On parle de fantasme, ce n’est donc pas censé être un problème (même si ce fantasme est effectivement assez tabou)
    Mais ne disons pas n’importe quoi, si on se met à parler de viol consenti (même entre parenthèses) on glisse vers des choses dangereuses. Et fausses, car le viol n’est par définition jamais consenti. Merci d’être plus rigoureu-se-x sur un sujet si important.

  5. jef says:

    Et quid de la construction sociale du fantasme ?

  6. Marsim says:

    En vrai ton article au delà de la critique du film, pose l’éternelle question de ce qu’on conçoit être de la sexualité. moi personnellement quand tu parles de prostitution ou de viol (je souscris à ce qu’a dit Zoé un viol n’est jamais consenti!) pour moi c’est pas de la sexualité. C’est dans un cas une relation tarifiée ou celui qui paie décide, et dans le cas du viol il s’agit d’une relation non consentie. Je pense que c’est bcp ça que posait la polémique sur Ozon au moment de Cannes.

    je ne pense pas qu’on ait besoin d’un énième film français où on romantise la prostitution en l’incarnant par une jolie actrice ingénue, c’est du réchauffé et du too much.

  7. timide says:

    au delà de la polémique, “jeune et jolie” actuellement au festival international du film à san sebastian/donostia en espagne basque et présenté sous la section “perles”.

Leave a Comment

*