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Une sordide affaire de viol soulève l’indignation au Maroc

A l’image du viol collectif qui avait choqué l’Inde et soulevé l’émoi au-delà de ses frontières, c’est maintenant au tour du Maroc de vivre un tel drame. Dans un pays où les droits des femmes restent malheureusement cloisonnés dans un code civil aux allures franchement moyenâgeuses, il n’est pas rare qu’une jeune fille ou qu’une femme violée taise sa « mésaventure » jusqu’à la fin de sa vie. La honte, la «Hchouma » y est pour beaucoup. Cette fois-ci, pourtant, des voix citoyennes se sont élevées à l’appel des deux mères des victimes.

Viol sur mineurs, avec préméditation

Dans la nuit du 4 au 5 Juillet, Hiba et Jihane, 17 ans, décident de fêter l’obtention de leur baccalauréat en compagnie d’un ami de Jihane. Celui-ci vient les chercher chez les parents de la jeune fille avec son prétendu cousin de 33 ans. Après avoir tourné en rond dans toute la ville, ils échouent au niveau d’un terrain vague dans le quartier de Bir Kacem à Rabat. Dans un témoignage paru hier sur www.h24info .ma, Hiba livre sa version des faits: «Ils nous ont interdit l’usage de nos téléphones portables et nous ont séquestrées pendant des heures. On a essayé de s’échapper, mais ils nous ont rattrapées […] Ils nous ont insultées de tous les noms […] nous ont battus à coup de bâton de fer, menacé à l’arme blanche, m’ont à tour de rôle obligé à faire des choses qui touchent à ma dignité, ils ont abusé de mon corps… m’ont touché ici et là avec agressivité, obligé à les embrasser, à les toucher, ils m’ont souillé la peau».

Et les rumeurs de se répandre comme une traînée de poudre. Et certains de se demander sans gêne: Peut-on vraiment parler de cas de viol sans pénétration avérée ?! La réponse est je pense assez limpide pour qu’on n’ait pas à commenter sur dix lignes ce genre de connerie. Cela étant, Hiba a tenu expressément à se défendre : «il n’y a pas eu effectivement de pénétration oui, parce que j’ai dû supplier et pleurer et j’en passe, mais je ne pense pas que le viol s’accorde à l’hymen, mais au corps en tant qu’entité qui n’appartient qu’à moi, et quand un inconnu te touche le corps sans ton consentement, souille tes parties intimes de façon tout aussi répugnante que la pénétration, en t’obligeant et menaçant de mort, je pense que c’est ce qu’on appelle le viol».

Des agresseurs « fils de »

Là, on s’attaque à un gros volet d’une démocratie balbutiante : une justice à deux vitesses. Au Maroc, il y a une poignée de riches, beaucoup de pauvres et une rumeur de classe moyenne entre les deux. Restons caricaturaux jusqu’au bout : « les » riches peuvent s’adjuger le plus souvent les faveurs de la justice moyennant une somme d’argent ou une connaissance très bien placée. C’est donc en toute logique que les deux agresseurs -fils de haut gradé de l’armée et gendre d’un ancien très haut fonctionnaire- n’ont cessé tout au long de l’acte d’agression et de viol de mettre en avant un statut social qui à lui seul aurait dû leur garantir de s’en sortir en toute impunité. Oui, mais…

Deux mères courage

C’était sans compter sur le courage de deux mamans qui au lieu de camoufler l’affaire et de l’enterrer par peur de s’attirer les médisances de l’entourage, ont choisi de la faire éclater au grand jour. En rentrant, le soir du 5 Juillet, Jihane raconte tout à sa mère, Fatim Zahra Yaâcoubi. Aussitôt, cette dernière monte un dossier et porte plainte une semaine après. Mercredi dernier, devant le tribunal de première instance de Hay Riad à Rabat, les deux accusés ont tout avoué et même reconnu avoir prémédité tous les événements de la soirée. Ils sont inculpés de viol avec préméditation et tentative de meurtre sur mineurs, et mis en détention. La prochaine audience est prévue le 5 août prochain. En attendant, la mobilisation s’organise sur les réseaux sociaux : la page « En soutien à deux mères : Fatim Zahra Yaacoubi & Me Jamila Siouri » a réussi à réunir plus de 15000 personnes en 3 jours. Objectif affiché : faire de cette sordide affaire de viol un cas d’école judiciaire.

 

Rania

One Comment

  1. Modern Eyes says:

    ces faits rapportés désespèrent et laissent sans mots ni voix.

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