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« Française et lesbienne, je n’ai pas le droit d’épouser ma compagne Polonaise »

 Depuis 3 ans, Lise, 25 ans, vit avec sa compagne polonaise à Berlin. Agnieszka, 27 ans, « la femme de [sa] vie », pour laquelle elle a eu une véritable coup de foudre. Depuis son ordinateur, Lise a suivi avec attention les débats sur le mariage pour tous à l’Assemblée et au Sénat. Se marier ? Petit à petit, l’idée a fait son chemin dans sa tête.

Le mariage est, dit-elle, « un document officiel qui [lui] simplifierait la vie au quotidien ». « Un papier qui légitimerait mon couple vis-à-vis des institutions : la banque, la Sécurité sociale, ou encore l’hôpital si ma compagne avait un souci de santé. » Les parents de Lise n’ont jamais été mariés. « Ça ne leur a posé aucun problème. Mais quand on n’est pas considéré par la société comme un couple ‘normal’, il faut y penser… »

Pour Agnieszka, qui a reçu une éducation polonaise catholique traditionnelle, le mariage revêt un caractère hautement symbolique qui va au-delà de la reconnaissance sociale. « Pour elle, lorsqu’on décide de s’engager auprès d’une personne, se marier apparaît comme quelque chose de logique : à la vie à la mort, jusqu’à ce que la mort vous sépare », explique Lise.

Quand la loi sur le mariage pour tous a définitivement été adoptée, le 23 avril, Lise a surtout éprouvé du « soulagement » : « Les ‘débats’ – comment qualifier de débats ces déferlements de haine et de conneries ? – ont été douloureux. On a été traité de pédophiles, de polygames, de contre-nature… J’ai eu honte de mon pays. J’ai toujours refusé de me définir comme homosexuelle, mais ces débats m’ont forcé à le faire ».

Lise pensait qu’elle et Agnieszka allaient pouvoir se dire « oui ». Qu’il s’agirait alors uniquement de « [leur] choix ». Mais tout s’est écroulé en juin, lorsqu’un ami a publié sur Facebook un article expliquant qu’une circulaire, signée Christiane Taubira, précise que les homosexuels français ne peuvent pas se marier avec les citoyens homos de 11 pays : Pologne, Slovénie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Serbie, Kosovo, Maroc, Tunisie, Algérie, Laos et Cambodge.

En cause : des accords bilatéraux signés pour la plupart dans les années 60 entre la France et ces 11 pays, où le mariage entre personnes de même sexe n’est pas autorisé. Des accords qui priment sur le droit français. Le ministère de la Justice a confirmé la disposition, mais a renvoyé la balle au quai d’Orsay : « La révision de ces accords relève du ministère des Affaires étrangères ».

Lise explique avoir été « choquée » et « très étonnée » : « Les ‘débats’ ont monopolisé l’attention des médias pendant des mois, mais personne n’a entendu parler de cette circulaire. C’est même le contraire : certains députés ont affirmé qu’avec le mariage pour tous, les étrangers allaient envahir la France ». « Moi, Française, je ne peux pas bénéficier des droits et des libertés que m’accorde mon pays, ajoute-elle. C’est la loi polonaise qui s’applique pour mon couple ! La loi discriminatoire d’un pays qui n’est pas entré de plain-pied dans le 21e siècle. »

Selon Thomas Fouquet-Lapar, de l’Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et transsexuelles à l’immigration et au séjour (Ardhis), des milliers de couples seraient concernés. Fin juin, Jacques De Noray, porte-parole adjoint au quai d’Orsay, a précisé qu’à « [sa] connaissance aucune procédure de modification de ces traités n’est en cours ». La porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem a de son côté indiqué que la renégociation de ces accords n’était pas à l’ordre du jour mais qu’elle n’était pas « exclue ».

Pour Lise et Agnieszka, le temps presse : l’accord entre la France et la Pologne, signé en 1967 et renouvelable tous les 5 ans, arrive à échéance en septembre prochain. Le couple espère qu’il ne sera pas reconduit par le ministère des Affaires étrangères et cherche, en attendant, à faire connaître sa « situation hallucinante ». Lise a publié une tribune sur Rue 89 et a notamment interpellé plusieurs associations LGBT, ainsi que Pierre-Yves Le Borgn’ (député PS de la 7e circonscription des Français de l’étranger).

« Le combat pour l’égalité est loin d’être terminé, soupire Lise. Notre situation est d’autant plus rageante quand on sait que ces accords ne sont pas toujours respectés lorsqu’il s’agit de couples hétéros : des dérogations existent et il arrive de voir une Algérienne épouser un Français non-musulman. » Alors que la France a signé des accords avec l’Algérie en 1962 interdisant de telles unions. Pour Lise et Agnieszka, privées de noces, le mariage pour tous a un goût bien amer.

Marie

 

 

 

 

 

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