Clea Duvall and Natasha Lyonne in BUT I'M A CHEERLEADER (1999, Jamie Babbit).

Oser en parler : le site chrétien qui veut guérir les ados de l’homosexualité

Avec son fond d’écran coucher de soleil super cheap, ses portraits d’ados mal dans leur peau et ses panneaux indicateurs « double vie », « refoulement », « choix »… le site Oser en parler, qui propose une « sexualité sans tabou », vend du rêve dès le premier clic.

Le portail est apparemment celui d’une association chrétienne du même nom, dont les membres se présentent ainsi : « Des chrétiens – dont certains ont vécu cette épreuve par le passé – se mettant au service de ceux et celles qui traversent des difficultés au niveau de leur identité sexuelle (dans l’hétérosexualité – la bisexualité – l’homosexualité – la porno-dépendance etc…) ». Quant à savoir ce que la porno-dépendance vient faire ici… Pas compris.

Petite promenade au hasard du site et de ses rubriques. La première, « hétérosexualité », comporte un onglet qui attire forcément l’attention : « les troubles dans l’hétérosexualité ».

Après une introduction vaseuse qui parle pêle-mêle de Freud, du porno et de la Rome antique, on trouve une liste qui catégorise ces différents « troubles » : « troubles de l’activité » ou « de l’acte sexuel », « anomalies du but sexuel », « anomalies – différences de l’objet sexuel ». Et là, bingo, en première position de cette sous-rubrique, l’homosexualité. Suivie de la gérontophilie (OH BAH OUI), de la prostitution (???), de l’inceste et de la pédophilie (presque un classique)… Mais aussi (on retient son souffle) de la nécrophilie, du frotteurisme (qui donc d’après ce site consiste à se frotter aux gens sans leur autorisation), et j’en passe.

La deuxième rubrique est consacrée à l’homosexualité, avec un onglet « homosexualité féminine ». On notera au passage que le site dans son ensemble évoque l’homosexualité masculine, alors que le « lesbianisme », comme ils le disent eux-mêmes, est relégué à un onglet. Passe encore. Mais le texte qui suit, censé décrire l’homosexualité au féminin, est un ramassis d’âneries et de clichés. Florilège :

« L’on peut distinguer en général deux catégories de femmes vivant dans l’homosexualité : les ‘viriles ou butch’, et les ‘féminines ou fems’. Le premier groupe est constitué de femmes qui ont généralement été élevées comme de véritables garçons manqués, ou ayant été entourées de certains modèles féminins très traumatisants, durant leur enfance… » Mais si, souvenez-vous, vous aussi vous avez rencontré un modèle féminin traumatisant, par exemple cette salope de reine dans Blanche-Neige, ou encore l’instit’ de CM1 qui vous humiliait quand vous n’arriviez pas à faire une soustraction au tableau.

« Elles (les butch, donc) ont alors une mentalité que l’on pourrait qualifier de masculine : elles se maquillent très peu ou pas du tout, ont souvent une coiffure et un habillement plutôt masculin, concurrencent les hommes en étant volontaires, combatives, dominatrices. » Cliché du jour, bonjour. C’est vrai que le but d’une lesbienne dans la vie, c’est de concurrencer les hommes. Bah oui, pour mettre toutes les femmes dans son lit. Où l’on apprend donc que seuls les hommes sont combatifs et volontaires.

« Le second groupe (les « féminines ou fems ») est au contraire constitué de femmes plutôt féminines dans leur apparence et leur comportement avec l’entourage ; elles sont souvent passives et soumises, et parfois bisexuelles. » Bienvenu-e-s en 1800, où être une femme c’est être soumise ET passive. Dévouée comme un gros toutou et fée du logis aussi tant qu’on y est ?

Alors ensuite, les auteurs se lancent dans la psychologie de la gouine, et ça vaut son pesant de cacahuètes : « Notons qu’à l’intérieur du couple lesbien, il y a une forte tendance à la fusion et à la surprotection. Les deux partenaires se sentent obligées de tout se raconter et de tout partager, sans qu’il ne puisse subsister aucun secret ». Et le sexe entre femmes c’est doux et intuitif, non ?

« Beaucoup de femmes à préférence homosexuelle ont été abusées par leur père ou un autre homme. Ces abus peuvent être de nature sexuelle, émotionnelle, mentale ou physique en sorte qu’elles ont été profondément traumatisées et déçues par les hommes. Comme elles ne désirent pas réveiller les souvenirs de ces abus, elles se tournent alors vers d’autres femmes pour recevoir réconfort, amour et compréhension. » #anévrisme #AAAAHHHH #vomi

« Le lien amoureux entre deux femmes contient des éléments de la relation primaire entre une mère et sa fille. L’une des femmes aura des attitudes maternelles, l’autre des attitudes infantiles. » Oh là Michel ! On tient une nouvelle théorie, même Freud l’avait pas tentée celle-là. D’ailleurs, moi-même je tète souvent ma meuf pendant qu’elle me raconte une histoire et me caresse les cheveux.

« Les comportements à risque, liés au fait qu’une femme lesbienne veut s’affirmer, soutenir certaines revendications, et parfois même s’autodétruire à cause d’un désespoir intérieur, ne sont pas rares : consommation abusive de tabac, d’alcool, de médicaments et de produits psycho-actifs illicites, relations sexuelles non protégées, conduites suicidaires, etc. » Moi j’ajouterais consommation abusive de Nutella et de minimale. Tout le monde sait que c’est un suicide symbolique. 

« La peur du sida, ainsi que le désir de ‘tout connaître’  a conduit nombre de jeunes filles ou de femmes à avoir des relations homosexuelles. Mais parfois aussi un séjour en prison. » BEST. CHUTE. EVER.

Bon jusque-là on se marre, mais le plus flippant c’est que le site, qui parle en plusieurs endroits de « revenir » vers l’hétérosexualité (voir notamment rubrique « spiritualité ») propose un « suivi personnalisé » d’un an, par téléphone. L’article “Evoluer et changer” donne le ton : “L’homosexualité n’est pas innée : elle est une adaptation consciente ou inconsciente, et bien souvent involontaire, qui se développe sur le fondement d’un inachèvement de la sphère psychosexuelle.” L’association se veut rassurante, mais bizarrement ça ne convainc pas : « Notre but n’est pas de vous changer. Nous ne pourrons d’ailleurs jamais le faire ! Nous vous accompagnons, marchons à vos côtés, en vous donnant des conseils : c’est vous qui faites ou non les pas nécessaires à votre restructuration (…) Ce processus pourrait s’apparenter à un ‘retour aux sources de l’identité’ “. Pas de changement donc, mais une RE-STRUC-TU-RA-TION. Amen.

Charlie

17 Comments

  1. Léa says:

    Moi je trouve ça assez inquiétant ce genre de sites, parce que certain(e)s jeunes (ou moins jeunes) qui se posent des questions sur leur sexualité pourrait croire ces inepties….

    Et puis je suis allée voir ce site et il y a même un test pour savoir si on est porno-dépendant …
    #décadencehumaine

  2. Emmabloup says:

    OMG!
    à vomir!

    Les malades, qui auraient bien besoin de restructuration, ce sont les auteurs de ce site!!

  3. timide says:

    déjà “je tète souvent ma meuf”, @Charlie : mdr !!!

    à côté de la prison, on me dit : ils ont oublié l’internat de filles.

  4. Adline says:

    Je n’ai jamais autant ris… Débilité sur débilité ce site :o
    Ils prétendent que nous devons nous soigner sans savoir que ce sont eux les pires.

  5. Lynz says:

    Ce site raconte vraiment n’importe quoi mais j’ai bien ri aussi ^^… Et la chute avec le séjour en prison est tout en finesse :P ! Enorme !

  6. Mariane says:

    J’avoue que moi ça ne me fait pas rire du tout… ça m’effraye totalement. Je me demande dans quel monde nous vivons. Ces personnes ont tellement peur de l’inconnu et de la différence qu’elles essayent de tout expliquer et de tout justifier. Quel manque d’humanité, quel manque de tolérance et de compréhension. C’est infâme.. ce n’est pas l’homosexualité qui pousse au suicide, c’est ce genre de connerie et ces personnes prêchant la sois disant bonté qui tuent.

  7. Elma says:

    Le pire dans tout ça, c’est que ces gens croient dur comme fer aux âneries qu’ils déblatèrent.
    C’est affligeant, et effrayant, sincèrement, de se dire que des jeunes paumés pourront tomber sur ce site en cherchant des réponses à leurs questions.

  8. Le Concombre Masqué says:

    Lisez un petit peu la partie “homosexualité”, j’ai pris quelques extraits au hasard et le site me semble pas pleins de préjugés dans cette partie là. Et croyez-moi, il est beaucoupo mieux que beaucoup de forum et de sites cathos qui existent.

  9. samy says:

    n’hésitez pas à innonder ce site de signalement https://www.internet-signalement.gouv.fr/PortailWeb/planets/Accueil!input.action

  10. Ce qui est tentant, c’est faire une contre-page, sur le même ton en apparence, à propos de l’homophobie.
    Avoir un balai coincé dans le cul empêchant la réflexion à ce point, ça fait peur.

  11. Duff says:

    Je suis jeune, m’habille de façons plutôt masculine, suis volontaire, ai une légère tendance à aimer l’alcool, et mon père a trompé ma mère… J’ai peur, il ont presque raison les salauds! (Par contre je suis pas allée en prison et je n’ai jamais tété ma copine, mais je vais m’y mettre promis!)

  12. Llily says:

    OMG
    Tellement ridicule que ça me fait plus rire qu’autre chose…
    Ca faisait quelques semaines que j’avais pas vu une grosse connerie catho.
    Même si sur le fond c’est carrément flippant.
    Bon je retourne me brosser les poils des pattes, pour faire concurrence aux hommes…

  13. Plume says:

    Ce qui m’angoisse depuis longtemps, parce que ça fait consensus négatif entre les lesbophobes et beaucoup d’assoces ltgb, c’est cette idée que nos socialités ne peuvent pas être un choix parce qu’alors, ce serait mal, ou pervers. Il faut que ce soit inexplicable, ou naturel (beurk!), en tout cas apolitique. Ben non, moi je trouve que c’est un super choix, de se passer de meclande, d’hétérolande, et de créer un monde de nanas.

  14. Visiteur masculin says:

    Bonjour,

    Je suis un homme, chrétien (protestant) et hétérosexuel. Je tiens à vous dire que je trouve ceci absolument honteux et je pense que Jésus doit avoir honte de ces fondamentalistes. Ni Dieu ni personne ne peut vous forcer à être homo ou hétéro et je pense que la liberté et le respect sont des fondements du christianisme. Dieu veut le bonheur de l’humanité et pas sa soumission comme veulent nous faire croire certains. Je suis attristé par l’homophobie de nombreux chrétiens (évangéliques et catholiques intégristes en particulier) qui conduit certain(e)s homosexuel(le)s à catégoriser les chrétiens comme conservateurs et réactionnaires.

    Je vous félicite d’avoir épinglé ce site et je vous soutiens dans vos luttes pour vos droits.

  15. sam says:

    Même s’il s’en défend, le site en question est très orienté “Droit chemin/Mauvais chemin”, ce qui influence en filigrane le ton de l’argumentaire, pourtant souvent très bon…mais qui manque cruellement d’une véritable neutralité et donc de hauteur de vue.

    Ce que les rédacteurs de ce site catho ne comprennent pas, c’est que le chemin pour devenir hétérosexuel est aussi très alambiqué en soi (ne dit-on pas que les hommes adultes recherchent leur mère à travers les femmes ?) et qu’au bout du compte homo ou hétéro nous recherchons tous inconsciemment une complémentarité masculine/féminine dans le contexte de nos sociétés patriarcales (qu’en serait-il dans une société matriarcale ?). Par exemple, dans nos sociétés, si un garçon est identifié à un certain niveau au féminin, il va rechercher le masculin et lui aussi suivra un cheminement de différentiation dont il bénéficiera sur le plan spirituel (ou de l’âme). Au bout du compte, nous cheminons tous vers l’unité et dans l’absolu, il n’y a pas de chemin meilleur qu’un autre. Chaque cheminement est unique, donc les jugements de valeur déguisés en idéologie me semblent bien dérisoires…

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