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The Bling Bees

« Les suspects portaient des Louboutins » est le titre d’un article du magazine Vanity Fair paru en 2010 racontant les frasques d’un groupe d’ados obsédés par la jet set hollywoodienne au point de cambrioler les maisons de leurs stars préférées. Scrutant la vie des vedettes dans la presse people et repérant les villas grâce à Google Earth, ils dévalisèrent pour 3 millions de marchandises de luxe au cours de quelques mois.

De ce fait divers, Sofia Coppola a décidé de faire un film. Sans étonnement, la réalisatrice retrouve son thème de prédilection (l’adolescence féminine et ses affres) en dressant le portrait d’une génération fascinée par le bling-bling et souffrant de ne pas pouvoir acceder à l’idéal de vie standardisé par l’industrie du luxe. Si on ne peut pas s’offrir de Louboutin à 20 ans, est-ce qu’on a raté sa vie ?

Le point de départ du film est un ado (Marc) qui débarque dans un nouveau lycée. Plus ou moins mal dans ses baskets, il devient rapidement ami avec Rebecca et s’en sent flatté. Par amour pour elle ou par amour propre, il la suivra, elle et ses amies, dans des séances de shopping nocturnes : Paris Hilton, Lindsay Lohan, Orlando Bloom etc. Il ne s’agit pas seulement de pouvoir porter des fringues de luxe sans avoir à les payer, mais de pouvoir vivre l’once d’un instant une vie de faste et de glamour qui brille par sa vacuité.

Comme à son habitude, le film est servi par une esthétique très lisse, musique branchée et belles images. Mais loin de verser dans le conformisme propret, les plans léchés et sophistiqués ne font que renforcer le sentiment de vide dans lequel se languissent nos Arsène Lupin adolescents.

Sofia Coppola réussit habilement le pari de mettre en exergue l’absurdité de la culture de l’Image : photos prises avec l’iPhone, face caméra, bouche en cul de poule, postée sur facebook, un verre à la main. Et c’est par un détour genré fortement pertinent qu’elle met en lumière cette absurdité : la duckface n’est pas l’apanage des filles, Marc la fait aussi face à son Smartphone. Répétition d’une pratique rendue malheureusement célèbre par une myriade de starlettes de reality show ; le personnage de Marc illustre magistralement cette pratique aberrante.

De nombreuses scènes ont lieu derrière ou devant un écran, une caméra. Marc et ses amies devant leur webcam en noir et blanc, posent. La webcam c’est nous. Comme face à son miroir, Marc fait la moue et les yeux doux et nous assistons, mal à l’aise, à son intimité dans son reflet. Puis tout part sur Facebook et on sent Coppola, cynique, moquer doucement leur naïveté.

Enfin, et c’est en cela que Sofia Coppola est sans doute la plus fine ; elle dresse en un film le portrait de plusieurs couches sociales qui se rejoignent finalement sur un point : l’obsession de l’image médiatique et la fascination pour un monde intronisé par le complexe mode/beauté où bonheur rime avec It bag.

Faut-il se montrer pour être heureux ? N’existe-t-on que par l’image ?

Finalement, sont évoqués aussi la contradiction d’un pays à la fois fasciné par « faire le bien » et par des actes répréhensibles qui deviennent héroïques. Lorsque le personnage de Nicki se retrouve en prison avec Lindsay Lohan qui a elle-même volé un bijou à plus de 25 000$, c’est sur un plateau télé qu’elle s’en justifie. Rires en boite et applaudissements à la clé.

L’image, c’est aussi ce que nous offre internet : cette facilité déconcertante à avoir accès à des informations, l’illusion d’autres vies si proches et finalement si lointaines. C’est l’oiseau qui nous tend l’or, puis qui s’envole avec.

 

Sarah / Lubna

 

2 Comments

  1. Aurore says:

    Un très bel article (: On a la bonne surprise de voir Erin Daniels (Dana dans la série the L word) faire un petit rôle dans ce film . D’ailleurs c’est la semaine car dans La grande boucle on voit aussi Élodie Bouchez qui avait un petit rôle de journaliste dans deux épisodes de la série.

  2. timide says:

    “Faut-il se montrer pour être heureux ? N’existe-t-on que par l’image ?”

    c’est intéressant ce propos, car, je me suis posé la même question quant à la “visibilité à tout prix” comme revendication militante lors du “mariage pour tous”.

    sans même le comprendre, il est possible d’apprécier l’intérêt de l’article : celui de parler de la sortie de ce film.

    je viens de visionner the bling ring et que dire si ce n’est que sofia coppola, c’est l’incarnation du féminisme “sugar dad” à l’état snobe et net.

    une incarnation que je trouve agréable.

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