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Découverte de la semaine : Chinawoman

 Si vous pensiez que Berlin n’avait que de la musique électronique à offrir, vous vous trompiez. Berlin, vieille dame sensible aux gambettes adolescentes, attire depuis quelques années artistes de tous bords. Et une de ses dernières trouvailles n’est autre que Chinawoman et c’est un phénomène… en Russie. Découverte.

Une découverte musicale ce n’est pas toujours quelque chose de tout neuf, de frais, d’encore vierge. Une découverte, c’est parfois quelque chose que l’on sait le reste du monde avoir raté. C’est parfois revenir sur quelque chose, faire quelques pas en arrière et prendre le temps de se plonger dans un bassin d’eau chaude à côté duquel on était passé, les yeux et les sens fermés.

Chinawoman, c’est un peu ça. Chinawoman, c’est un collier de perles qu’un amoureux transit n’aurait pas acheté, par peur de se tromper. On a souvent peur de se tromper, aujourd’hui que la globalisation de la culture brasse, bâcle et passe sur tout comme un fer à lisser froid sur une mèche de cheveux bouclés. La globalisation, c’est bien, mais parfois, il faut réapprendre à prendre son temps.

“Avant il m’arrivait de pleurer, mais aujourd’hui je n’ai plus le temps. Avant j’étais fragile, aujourd’hui, je suis si sauvage“. Chinawoman, c’est une ballade mélancolique. Un sacré retour en arrière aussi, une carte postale de cabaret soviétique écrite par une fille d’émigrants russes récemment installée à Berlin.

Party Girl

Chinawoman, alias Michelle, originaire de Toronto, sort son premier album, Party Girl, en 2007. À l’époque, elle vit encore au Canada, Toronto, mais c’est en Europe que l’album est remarqué. Logique. Party Girl, c’est un vieux film en noir et blanc, une escapade à la mélancolie romantique, aux visages floutés et à la nonchalance cinématique. Chinawoman, c’est ce qu’on appelle, dans notre jargon (terrible) de journalistes, de la musique “slowcore”. On pense là à The Antlers, Chairlift ou encore James Blake, Warpaint. Mais Chinawoman a dans l’âme quelque chose d’un peu vieux, délavé, qui rappelle l’odeur d’endroits que nous n’avons même pas connus : de vieux fauteuils rouge, un parquet grinçant, des murs de moquette fleurie, l’Union Soviétuqe qu’elle même ne fait que deviner.

Fille de l’Est

Nom de scène choisi sur l’application Garage Band de la marque à la pomme, un peu pour rire, Chinawoman est un clin d’oeil aux origines asiatiques qu’on lui a toujours attribuées et non, comme on aurait pu penser, un hommage à la fameuse chanson de Bowie (ndlr : China Girl). Élevée dans des jupons russo-canadiens, aujourd’hui, sa musique est l’incontournable must-to-listen-to de tout l’Est européen. Russie, Pologne, Lituanie, Ukraine, Michelle fait fureur, avec ses mélodies tragi-comiques aux couleurs profondément européennes. Ce qui fait tout de suite tiquer, chez Chinawoman, avant même de se pencher sur une écoute assidue, ce sont les titres de ses chansons : Party Girl, Lovers Are Strangers, I’ll Be Your Woman, I Kiss The Hand Of My Destroyer. Autant d’appels à la nostalgie qui donnent envie d’aimer.

Quand on lui demande de définir sa musique, Michelle parle de tristesse et de célébration de la vie. “Une reconnaissance de ce moment passé ensemble, toi et moi, à boire un verre à cette table, tous les deux, ce que l’on ressent l’un pour l’autre, ce conflit, cette imperfection, ce sentiment si intense mais tellement tragique !“. C’est comme ça que Michelle décrit sa musique, le portrait d’un instant intense et paradoxal. En 2010, sort Show Me The Face, nouvel opus de cette “sentimentalité” musicale, enregistrée dans sa chambre à coucher. Dans sa poche, toute la pléiades des chanteurs de variété de l’Europe des années 1980, la même tristesse joyeuse que les Luz Casal, Nico, les Léonard Cohen. Beaucoup d’élégance, toujours, et cette sensualité comme retenue, cette pudeur dans la tristesse, arrachée de derrière son fauteuil par un texte franc, sans artifice.

Chinawoman, icône lesbienne ?

Michelle déménage à Berlin, là où le public l’attend et stratégiquement, meilleur spot de tournée. Côté public, justement, Michelle s’étonne de sa soudaine popularité chez “les filles”. “Avant d’arriver à Berlin, je ne pensais intéresser que les gens de l’Est, puis je me suis retrouvée sur scène, face à toutes ces filles d’une vingtaine d’année, j’ai été très surprise”. C’est étrangement ce qui semble marquer également les débuts de la suédoise Molly Nilsson, récemment installée à Berlin. Pour elle, la scène gay est plus à même d’accueillir de nouvelles choses mais également “l’image d’une femme qui n’est pas le reflet de ce que les hommes veulent qu’elle soit, quelqu’un qui s’affirme en tant qu’individu“. “Je crois que c’est quelque chose qui attire le milieu lesbien mais aussi les femmes en général” avait ajouté cette dernière.

Chinawoman, Molly Nilsson, même combat ? Il semblerait, étrangement, que les deux concitoyennes se retrouvent ici, oui, dans cette singularité cinématique et cette nonchalance à la sensualité comme retenue, cette pudeur dans la nostalgie, cette franchise d’avant-garde dans le texte et dans une tragédie intérieure complètement assumée. Une perle dont on ne pouvait pas ne pas vous parler. Un troisième album est en cours, et, nettement influencé par l’ambiance électronique dans laquelle elle baigne depuis qu’elle s’est installée à Berlin, Michelle prépare quelque chose de plus “optimiste” et de plus “entraînant”. À voir. On attend votre avis.

Adeline

 

 

One Comment

  1. timide says:

    fascinant d’obscurité et de réalisme. les textes me font d’autant plus apprécier son grain de voix.
    du coup, je “deeze” chinawoman.

    quant à la femme en tant qu”individu, ça se passe évidemment de tout commentaire ! :-)

    Adeline@Barbi(e)turix : You rock !

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